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Entrevue / Jesse Levine

Entrevue / Jesse Levine

Jesse Levine est le responsable principal du plaidoyer au sein du réseau Scholars at Risk (SAR). Il dirige les activités de plaidoyer international de SAR auprès des Nations unies et de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, ainsi que d’autres organismes internationaux et régionaux. Avocat américain expérimenté, il possède une vaste expérience en matière de droit et de droits de la personne, acquise notamment dans des cabinets d’avocats new-yorkais et au sein de la société civile.

Quel est l'impact de la détérioration de la démocratie dans le monde sur la liberté académique?

La vague mondiale d’autoritarisme de ces dernières années a engendré de nouveaux modèles de violations et de pressions. Un exemple est l’érosion générale de l’autonomie des universités, dans le but de remodeler les établissements d’enseignement à l’image du gouvernement en place. Cela peut se produire par des moyens manifestes, comme la fermeture pure et simple d’universités, mais il est plus courant — et tout aussi inquiétant — que les dirigeants autoritaires utilisent de plus en plus des outils subtils, comme la tendance à installer des alliés politiques à des postes de pouvoir au sein d’une université, en leur donnant le contrôle des programmes, des embauches et des licenciements, des budgets et d’autres questions politiques essentielles. Cela se fait souvent au mépris des objections des universitaires et des autres membres de la communauté de l’enseignement supérieur, qui ont tout à fait le droit d’exiger d’être impliqués de manière significative dans le processus de sélection des dirigeants de l’université, et que ces nominations soient fondées sur les compétences, plutôt que sur des alliances politiques.

Quels sont les défis en matière de droits de la personne auxquels sont confrontés les universitaires?​

Il existe d’innombrables façons dont les acteurs étatiques et non étatiques cherchent à faire taire les universitaires, allant de la violence ouverte et de l’emprisonnement à des pressions plus subtiles. Le SAR documente les principaux incidents dans le cadre du Academic Freedom Monitoring Project (projet de surveillance de la liberté académique) et dans les rapports annuels de Free to Think (Libre de penser). Le fil conducteur de tous ces incidents est l’intention de réduire au silence ou d’altérer l’espace universitaire. L’un de nos principaux domaines d’action actuels consiste à faire comprendre ce qu’est la liberté académique, et son importance fondamentale pour une démocratie.

Comment les syndicats universitaires canadiens peuvent-ils défendre le droit des universitaires à la liberté d’expression? 

Il est important que tous ceux qui luttent pour la liberté académique et le droit du personnel académique à la liberté d’expression réfléchissent aux différents types de menaces qui pèsent sur la liberté académique et à la manière dont les réponses changent en fonction de la nature et de la source de l’attaque. Une violation perpétrée par l’État, par exemple, peut être traitée par la voie judiciaire; la réponse à une violation perpétrée par un établissement universitaire peut utiliser les ressources locales de l’établissement; les menaces provenant du public peuvent être traitées par le biais d’un plaidoyer politique axé sur le public. Mais le plus important est que les syndicats universitaires — qui connaissent mieux que quiconque les ressources dont ils disposent — contribuent à mettre ces ressources à la disposition de leurs membres, communiquent efficacement sur les droits des membres et sur ce que le droit national et international a à dire à ce sujet.

Que souhaiteriez-vous voir se produire en matière de liberté académique au niveau mondial?

Nous poursuivons des objectifs à court terme, qui visent à donner aux universitaires, aux étudiantes et étudiants et à d’autres personnes les moyens de protéger, de promouvoir et de défendre la liberté académique. Nous visons également à concrétiser les principes juridiques existants qui protègent la liberté académique, en outils de changement concret sur le terrain. Par exemple, Scholars at Risk, en collaboration avec l’Université d’Ottawa et l’Université de Monterrey (Mexique), dirige la Coalition for Academic Freedom in the Americas (Coalition pour la liberté académique dans les Amériques) qui s’efforce d’établir des partenariats avec des universitaires, des étudiantes et étudiants et des institutions afin de susciter une prise de conscience et un plaidoyer, et de faire en sorte que le débat sur la liberté académique occupe une place beaucoup plus importante dans la vie des campus dans les Amériques. Nous travaillons également avec des collègues du monde entier à l’élaboration d’un ensemble de principes faisant autorité pour la mise en œuvre du droit à la liberté académique. Le projet de principes a été discuté en détail lors d’un évènement parallèle au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en juillet.

Quel est votre message aux universitaires dont les droits de la personne sont menacés?

Solidarité et soutien — toujours! Nous savons par expérience que, pour les universitaires confrontés aux menaces les plus graves, il est très important de savoir que leurs collègues du monde entier ne se contentent pas de penser à eux, mais qu’ils s’efforcent de les libérer ou de les protéger. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est si important que Scholars at Risk travaille avec un réseau :  cela permet aux universitaires menacés d’apprendre de leurs collègues dans des centaines d’institutions à travers le monde qu’ils ne sont pas seuls.

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la liberté académique?

Oui. Nous avons constaté une mobilisation généralisée à tous les niveaux pour protéger la liberté académique à travers le réseau SAR, qui comprend maintenant plus de 650 institutions dans plus de 40 pays, et avec des partenaires dans le monde entier. Dans les Amériques, cette mobilisation se reflète dans des documents tels que les Principes interaméricains sur la liberté académique et l’autonomie des universités, publiés en 2021. Nous sommes inspirés par l’énergie consacrée à la liberté académique par le rapporteur spécial des Nations Unies pour la protection et la promotion de la liberté d’opinion et d’expression, le rapporteur spécial sur le droit à l’éducation et le rapporteur spécial dans le domaine des droits culturels. Tout cela jette les bases des progrès à réaliser dans les années à venir.

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