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Entrevue / Risa Lieberwitz

Entrevue / Risa Lieberwitz

Risa Lieberwitz est l'avocate générale de l’American Association of University Professors (AAUP). Elle est également professeure de droit du travail et de l'emploi à la School of Industrial and Labor Relations de l'Université Cornell. En avril, elle s'est adressée au Conseil de l'ACPPU au sujet des menaces législatives qui pèsent sur la liberté académique aux États-Unis.

Aux États-Unis, on assiste à une augmentation spectaculaire des tentatives politiques partisanes visant à présenter l'enseignement de l'esclavage et du racisme comme un mal social. Que se passe-t-il?

Ce qui se passe découle en grande partie de l’héritage de l'administration Trump. Il y a eu des tentatives politiques, y compris législatives, par le biais de projets de loi et de lois, pour interdire certains types de programmes d'études ou pour restreindre la façon dont l'enseignement peut se dérouler, en particulier sur les questions d'inégalité sociale. Cela inclut l'histoire et les réalités actuelles du racisme aux États-Unis, y compris l'inégalité raciale systémique et l'inégalité entre les genres.

Avec l'administration Biden, les choses se sont déplacées au niveau des États, où les législateurs conservateurs ont proposé des projets de loi ou promulgué des lois qui imposent ce type de restrictions. Certaines de ces lois sont connues sous le nom de « lois sur les concepts qui divisent ». L'idée est que l'enseignement du racisme divise les étudiants et les professeurs, il divise les gens entre eux; les étudiants ne devraient pas se sentir mal à l'aise lorsqu'ils entendent parler des questions de racisme.

Pourquoi tant de politiciens essaient-ils aussi de restreindre l'enseignement au sujet d’Israël?

En Floride, une loi a été adoptée en 2019 sur les définitions de l'antisémitisme. Cette disposition de la loi de Floride définit l'antisémitisme non seulement comme concernant les déclarations ou les actions antisémites réelles qui sont fondées sur la haine des Juifs, mais elle confond l'antisémitisme réel avec les critiques politiques de l'État d'Israël et du sionisme.

Ces deux tendances—les lois traitant de l'enseignement de la race et celles traitant des questions de critique politique de l'État d'Israël et du sionisme—ont en commun une tentative des États d'imposer cette orthodoxie politique et idéologique à l'éducation. Cela sape notre capacité à avoir une liberté académique totale et une éducation qui sert le bien commun.

Comment l'AAUP travaille-t-elle pour répondre à ces attaques législatives contre la liberté académique?

L'AAUP a émis des déclarations publiques qui s'opposent à ces textes de loi étatiques qui restreignent l'enseignement de la théorie critique de la race ou d'autres programmes sur la race. Nous nous sommes joints à d'autres syndicats et à des organisations de défense des droits civiques pour examiner plus largement les moyens de riposter par des procédures judiciaires, en déposant des mémoires devant les tribunaux, ainsi que par le biais du travail que nous pouvons accomplir au niveau législatif, tant au niveau fédéral qu'au niveau des États, pour unir nos forces afin de nous opposer à ces lois et de promouvoir un programme d'éducation positif pour le bien commun.

L'AAUP a récemment pris la mesure inhabituelle de prononcer un blâme contre le système universitaire de Géorgie en raison de sa décision de supprimer la permanence. Quel est le lien entre les attaques contre l'enseignement de la théorie critique des races et l'attaque contre la permanence?

Il est très important pour nous de reconnaître qu'ils sont liés. Pour que l'éducation soit au service du bien commun, la liberté académique est indispensable pour que les professeurs puissent utiliser leur expertise de manière à dispenser une éducation honnête et de haute qualité. Nous avons besoin de la sécurité d'emploi pour ne pas être toujours à la merci des politiciens qui veulent s'immiscer dans les universités ou des administrations universitaires qui n'aiment pas ce que nous disons.

Les attaques [contre nous] se font non seulement par le biais de ces lois qui définissent des interdictions d'enseigner sur certains sujets, mais aussi par le biais de systèmes étatiques qui attaquent la permanence elle-même. L’État de Géorgie en est un exemple : les législateurs ont réagi en sapant et en éliminant pratiquement le statut de permanence. L'AAUP a prononcé un blâme contre le système de l'État de Géorgie parce qu'il s'agissait vraiment d'une attaque en règle contre la capacité du personnel académique à exercer son indépendance et sa liberté académique.

Lorsque le Conseil de la faculté de l'Université du Texas à Austin a émis une déclaration affirmant le droit d'enseigner en toute liberté académique les questions raciales, le lieutenant-gouverneur du Texas a réagi dans les jours qui ont suivi en attaquant la permanence et en la reliant à l'agenda politique visant à restreindre l'enseignement des questions raciales. La lutte contre ces lois d'État doit être considérée comme faisant partie intégrante de la lutte pour la protection de la permanence.

Comment les universitaires canadiens se protègent-ils des défis que vous rencontrez aux États-Unis?

La syndicalisation est toujours la clé. Je peux vous dire que nous admirons l'ACPPU pour la solidarité dont elle fait preuve en matière de syndicalisation, en ce qui concerne le rôle des syndicats dans la représentation du personnel de l’enseignement supérieur et l’importance de ce rôle.

La mobilisation syndicale est essentielle à la solidarité pour que nous puissions non seulement lutter contre les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, mais aussi pour que nous puissions envisager ce qui pourrait arriver et nous unir pour dire « Non, cela n'arrivera pas ». En tant que membres du personnel académique faisant partie du mouvement syndical, nous devons présenter un front solide lorsque les administrations universitaires et les politiciens cherchent à intervenir dans notre liberté académique.

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