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La politique du changement climatique

La politique du changement climatique

iStock.com/brytta

Le Canada donne l’impression d’être au fait des enjeux du changement climatique et des solutions pour le contrer. Au vu de l’actualité récente, non seulement notre pays manifeste-t-il une confiance absolue dans la véracité de la science des changements climatiques et un soutien indéfectible à l’accord de Paris, mais notre gouvernement a convenu de modifier en profondeur ses politiques climatiques en vertu du Cadre pan-canadien sur la croissance propre et les changements climatiques, publié en décembre dernier — un accord que le gouvernement fédéral a conclu avec les provinces et les territoires en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GEF).

Ajoutez à cela l’obstination quasi permanente de l’administration du président des États-Unis Donald Trump à nier l’existence des changements climatiques, le décret signé par ce dernier pour abroger la réglementation américaine sur le changement climatique adoptée sous Obama, le rejet de l’accord de Paris, et le fait que le terme « changement climatique » ait complètement disparu du site web de la Maison-Blanche, et on comprendrait votre petit air présomptueux.

En janvier dernier, le président Trump a même ordonné à l’Agence américaine de protection de l’environnement de « nettoyer » sa page web sur le changement climatique et de l’actualiser en fonction de son décret présidentiel sur l’indépendance énergétique.

Les frasques américaines peuvent certes paraître inquiétantes, mais le bilan du Canada à ce chapitre, lorsqu’on regarde de près, n’est pas tout à fait rassurant.

Prenons par exemple un rapport d’Environnement et Changement climatique Canada, l’organisme fédéral chargé de réduire les émissions de GEF au Canada. La conclusion récente de ce rapport selon laquelle nous ne ferons guère de progrès vers l’atteinte de nos objectifs de réduction, fixés par l’accord de Paris peut ne pas surprendre au moment où nous assistons à l’accroissement de la production des sables bitumineux en Alberta.

Et puis, par ailleurs, le Climate Change Performance Index — l’indice de protection du climat établi par l’ONG allemande Germanwatch qui évalue et compare les performances des nations qui sont collectivement responsables de plus de 90 % des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie — place actuellement le Canada au 52e rang des 58 pays émetteurs de CO2 les plus importants au monde.

Selon cet indice, « le Canada reste dans les groupes inférieurs dans la plupart des catégories de l’Indice de performance climatique (IPC). En regardant simplement le développement de ses émissions, le pays se situe dans la moyenne. Mais même là, il a perdu du terrain, une conséquence de la morosité de l’ancien gouvernement ».

De façon quelque peu ironique, le retard que nous accusons par rapport à des pays comme la Chine et les États-Unis n’aura pas échappé aux chercheurs du Sustainability and Education Policy Network (SEPN) qui ont publié dernièrement leurs conclusions sur le changement climatique et les établissements postsecondaires canadiens.

Ainsi que le soulignent les auteurs, les pays dotés d’économies fondées sur les ressources naturelles comme le Canada « ont mis en place des stratégies très perfectionnées pour éviter de moderniser leurs économies, pour les rendre plus efficaces, durables et respectueuses du climat en vue de protéger les formes de modernité industrielle moins durables ». À leurs observations, les auteurs en juxtaposent une autre : « Le changement climatique anthropique est une préoccupation émergente et pressante dont les répercussions se perpétueront dans le futur. »

Se posent alors des questions au sujet du système canadien d’enseignement supérieur : ce constat vaut-il aussi pour le microcosme des campus? Si oui, que faisons-nous à cet égard? Ces questions sont trop difficiles à résoudre de manière définitive. Les auteurs font valoir néanmoins que, « étant donné que de nombreux projets de recherche sur le climat sont mis en œuvre soit dans les établissements postsecondaires canadiens ou en partenariat avec ceux-ci, la gouvernance de la recherche dans le domaine de l’enseignement supérieur peut se révéler particulièrement vulnérable à un refus irréfléchi d’établir une politique en matière de changement climatique ».

Compte tenu de la rareté, à ce jour, des analyses systématiques du changement climatique dans les politiques éducatives, le groupe de recherche s’est penché sur cette lacune et s’est attaché à découvrir comment les établissements postsecondaires canadiens s’attaquent à la question du changement climatique par des mesures stratégiques.

Dans l’échantillon représentatif de 50 établissements, les principales constatations sont révélatrices : près de la moitié d’entre eux (44 %) sont dotés de politiques spécifiques au changement climatique; le plus souvent, ces politiques portent essentiellement sur le patrimoine immobilier bâti des campus et elles ne comportent que des « mesures d’intervention secondaires insuffisamment définies » par rapport aux politiques régissant la recherche, les programmes d’études, l’engagement communautaire et la gouvernance. Et les mesures « impressionnantes » prises pour modifier l’infrastructure et réduire la consommation d’énergie et la pollution, bien qu’importantes, risquent de masquer les dynamiques sociales et culturelles plus profondes qui doivent être prises en compte.

« Nous n’avons pas été particulièrement surpris de constater chez les établissements de l’échantillon l’importance disproportionnée accordée aux opérations dans les politiques de changement climatique », a indiqué la coauteure Marcia McKenzie, directrice du Sustainability Education Research Institute à l’Université de la Saskatchewan et chercheuse principale du projet SEPN financé par le CRSH.

« Les conclusions de l’étude attirent l’attention sur notre façon de conceptualiser la durabilité. Nos solutions à ce niveau tendent à miser sur la technologie, et nous avons tendance à faire abstraction du fait que les questions de durabilité sont souvent culturelles. »

Les établissements, fait-elle observer, « ont beaucoup plus de contrôle sur les modifications apportées aux installations. Il est beaucoup plus facile de moderniser les immeubles que de changer la culture de l’établissement dans son ensemble. Mais pour l’heure, nous ne pouvons pas nous contenter d’installer des toilettes à débit d’eau restreint ou des fenêtres plus écoénergétiques. Le secteur de l’enseignement supérieur pourrait exercer un impact beaucoup plus important sur les attitudes et les comportements s’il mettait davantage l’accent sur la durabilité dans ses activités de recherche, ses programmes d’études et son engagement communautaire ».

En tant qu’individus, toutefois, il peut nous sembler ardu de chercher à faire émerger le changement de mentalités radical nécessaire pour passer de l’approche profondément ancrée dans la culture et quelque peu tronquée, qui a été suivie jusqu’à présent, à une approche systémique de la durabilité qui met constamment en exergue le changement climatique, non seulement dans le contexte du patrimoine immobilier bâti des campus, mais aussi pour tout ce qui touche aux activités de recherche, aux programmes d’études, à l’engagement communautaire et aux politiques de gouvernance.

C’est peut-être le cas, mais les membres du personnel académique n’en demeurent pas moins les mieux placés pour jouer le rôle d’instigateurs de ce changement, affirme le directeur général de l’ACPPU, David Robinson.

« Le personnel académique, souligne-t-il, bénéficie d’une forte légitimité aux yeux des Canadiens. Et cette crédibilité lui confère à la fois le pouvoir et la responsabilité de défendre rigoureusement le dossier du changement climatique. »

« Notre planète souffre déjà des changements dont héritera la prochaine génération. Mais il se trouve des mesures concrètes à la portée des associations des employés et du personnel académique. Il nous incombe à tous d’agir rapidement. »

L’ACPPU conseille, comme première étape, de déterminer si des efforts sont déployés sur votre campus pour assurer la durabilité et si le changement climatique est pris en compte dans les plans stratégiques de l’établissement.

Marcia McKenzie et ses collègues chercheurs constatent dans leur étude que la majorité des plans stratégiques soit ne font aucune mention de la durabilité ou accordent peu d’attention à la question.

« Les cycles de planification stratégique sont pour les établissements une excellente occasion de passer en revue leurs activités courantes et de réenvisager leur avenir au regard de la durabilité, assure-t-elle. Nous recommandons que les établissements envisagent la mise en place d’actions transformatives qui réorientent leurs objectifs et paradigmes pédagogiques afin qu’ils soient en meilleure adéquation avec les valeurs de la durabilité, lesquelles devraient, au Canada, intégrer les perspectives autochtones. »

Selon Mme Mackenzie, réussir à intégrer la durabilité à tous les principaux secteurs d’activité de l’établissement — la gouvernance, les programmes d’études, les opérations, la recherche et l’engagement communautaire, c’est faire en sorte que la durabilité devienne une nouvelle propriété des activités de l’établissement.

Quelques établissements canadiens vont de l’avant dans des domaines autres que celui des opérations. Mme Mackenzie cite en exemple le plan d’action en matière de climat de l’Université de la Saskatchewan dont la démarche novatrice permet d’intégrer la durabilité aux programmes d’études grâce à des activités comme l’établissement d’un répertoire des cours portant sur le changement climatique et d’examiner comment les questions liées à la durabilité sont intégrés aux programmes d’études dans l’ensemble de l’établissement.

« Cependant, nous n’avons pas encore vraiment vu d’établissements se démarquer par la mise en œuvre de politiques qui s’inscrivent dans des approches de durabilité holistiques et transformatives. Il existe encore une marge de progression pour tous », conclut-elle.

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