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Entrevue / Maria Popova

Entrevue / Maria Popova

[Photo / EUROL Chair]

Maria Popova est professeure agrégée au département de science politique de l’Université McGill, où elle est titulaire de la Chaire Jean Monnet. Dans son travail, elle explore l’intersection de la politique, du droit et de la gouvernance en Russie, en Ukraine et dans d’autres pays de la région postcommuniste de l’Europe. Son ouvrage Politicized Justice in Emerging Democracies: A Study of Courts in Russia and Ukraine a été nommé, en 2012-2013, meilleur livre sur l’histoire, la politique, la langue la littérature et la culture ukrainiennes par l’American Association for Ukrainian Studies.

Quelle a été votre réaction lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie a commencé​

De nombreuses personnes qui observent la situation en Ukraine s’attendaient à cette invasion depuis quelques semaines. C’était quand même bouleversant de la voir se produire, en particulier parce que certains croyaient qu’il ne s’agirait que d’une invasion limitée de territoires ukrainiens de l’ouest. Mais il est immédiatement devenu clair que le but de la Russie était de s’emparer de tout le pays. Au 21e siècle, après des années de travail sur la norme de l’inviolabilité territoriale, ce fut un choc de voir la Russie tenter de s’emparer d’un pays voisin souverain.

Quelles sont les conséquences pour les communautés universitaires ukrainiennes et russes?

Les conséquences sont sérieuses des deux côtés. Des universitaires ukrainiens sont déplacés et leurs recherches subissent les contrecoups de la guerre. Certains sont déplacés à l’intérieur du pays, d’autres sont maintenant réfugiés en Europe et en Amérique du Nord. Et, bien sûr, certains luttent et meurent pour l’indépendance de leur pays. Lorsque la guerre sera terminée, la communauté universitaire ukrainienne aura forgé des liens plus solides avec les universitaires européens et nord-américains. Avec l’aide de ces communautés, elle se reconstruira.

Quant à la communauté universitaire russe, elle est confrontée à un défi d’un autre ordre. Les établissements universitaires russes se sont officiellement prononcés en faveur de la guerre. Résultat, les universitaires de la Russie qui s’opposent à la guerre se retrouvent dans une situation d’emploi très précaire et leur gagne-pain et même leur liberté personnelle sont menacés.

La Russie est un régime hautement répressif qui n’a pas accordé une grande liberté académique et de parole depuis au moins dix ans. La guerre en cours exacerbe la situation parce que toute personne qui s’éloigne du discours de l’État sur la guerre risque 15 ans de prison. Il n’existe présentement ni liberté académique, ni liberté de parole en Russie, point final.

Que pensez-vous de la décision du Canada de geler ses liens de recherche avec la Russie?

Les institutions russes se sont clairement prononcées en faveur du gouvernement de Poutine. La collaboration officielle entre les institutions russes et canadiennes doit donc être coupée. Rien ne justifie le maintien d’une collaboration avec des institutions qui appuient officiellement une guerre illégale et, en ce moment, des crimes de guerre et un génocide potentiels perpétrés par la Russie en Ukraine. On devrait toutefois appuyer individuellement les chercheurs russes qui souhaitent quitter la Russie parce qu’ils n’appuient ni la guerre, ni leur gouvernement.

Quel rôle peuvent jouer les associations et les syndicats de personnel académique?​

Les associations et les syndicats de personnel académique, ainsi que les établissements d’enseignement postsecondaire doivent trouver des façons d’envoyer des fonds et des ressources pour soutenir les chercheurs ukrainiens maintenant, pendant qu’ils sont toujours en Ukraine. Beaucoup d’universitaires ukrainiens sont restés au pays pour essayer de continuer leur travail, et ils le font dans des circonstances très difficiles.

L'approche pourrait être double. D’un côté, ou pourrait mettre de côté des fonds pour appuyer les universitaires, les chercheurs et les étudiants de troisième cycle qui sont réfugiés. Les programmes Scholars at Risk (Universitaires menacés) soutiennent très bien les réfugiés. Mais d’un autre côté, on pourrait envoyer des fonds pour soutenir les universitaires sur le terrain. Les universités ukrainiennes tentent, par exemple, de déplacer leurs activités vers des villes plus sûres et de continuer à fonctionner à l’intérieur du pays. Et elles ont besoin de fonds pour ce faire.

À l’Université McGill, nous avons amorcé une collaboration avec la Kyiv School of Economics, une institution dont le leadership et les membres sont toujours en Ukraine et travaillent sur le terrain. Nous préparons un protocole d’accord entre les deux établissements. Les membres de la communauté de McGill qui sont d’origine ukrainienne tentent de mobiliser les efforts d’aide humanitaire et l’appui aux universitaires ukrainiens.

Prévoyez-vous des effets à long terme de cette guerre pour la communauté universitaire mondiale?

Si la Russie subit une solide défaite militaire en Ukraine et que le régime russe s’effondre pour être remplacé par un autre, peut-être y aura-t-il des efforts de reconstruction et peut-être l’impact de la guerre ne durera-t-il pas très longtemps. Mais, bien entendu, il y aura beaucoup de reconstruction à faire en Ukraine et la communauté universitaire ukrainienne aura besoin d’aide pour rebâtir.

Si la Russie continue sur la même voie que maintenant, les effets durables de la guerre seront un nouveau type de guerre froide dans laquelle la communauté universitaire russe sera isolée du monde et de la communauté universitaire internationale. Il n’y a pas d’issue si le régime russe demeure aussi répressif, impérialiste et expansionniste qu’il l’est maintenant.

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