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Entretien / Louise Briand

Entretien / Louise Briand

Louise Briand est professeure au Département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Elle est également vice-présidente, secteur universitaire, de la Fédération des professionnèles (FP-CSN). Après avoir été présidente du Syndicat des professeures et professeurs de l'UQO (SPUQO) pendant six ans, elle continue d'occuper le poste de trésorière du syndicat. Avec ses collègues, elle se bat depuis dix ans pour protéger la gouvernance collégiale et la représentation efficace du personnel académique au conseil d’administration de son établissement.

Quel est l’historique de l'UQO et quelle est la structure de son assemblée des gouverneurs (AG)?

L’UQO fait partie du réseau de l'Université du Québec (UQ), qui comprend six universités, trois « écoles supérieures » et un institut de recherche. L'UQ a été créée il y a 50 ans avec la promesse que ces universités seraient ouvertes à la communauté. Les universités de l'UQ ont pour principaux objectifs l'enseignement et la recherche aux cycles supérieurs, mais elles doivent également contribuer au développement social et économique des régions où elles sont situées.

Ces universités représentaient également une rupture avec la hiérarchie en s'engageant à ce que la collégialité soit une valeur directrice qui se reflète dans le déroulement des structures et des processus de gouvernance. Chacun des organes décisionnaires des universités comprend des administrateurs, des professeurs, des enseignants à temps partiel et des étudiants. Certains incluent également des membres de la communauté externe. L’AG, par exemple, compte 16 sièges, dont celui du recteur de l'université et de deux personnes occupant un poste administratif, trois professeurs, deux étudiants, un enseignant à temps partiel et sept membres externes. Cette dernière catégorie comprend une personne représentant le cégep, cinq personnes représentant différents milieux socio-économiques et un étudiant des cycles supérieurs.

Cela semble démocratique et inclusif, mais quels problèmes avez-vous observés dans le fonctionnement de votre AG?

Au fil des ans, il y a eu des détournements de ses objectifs initiaux. Les membres externes sont cooptés par les administrateurs principaux qui ne recrutent pas de personnes ayant un esprit critique. Les gouverneurs externes finissent par avaliser les décisions prises par les cadres supérieurs. Depuis 2013, à l'UQO, il n'est jamais arrivé qu’un gouverneur externe vote contre une résolution déposée par l'un des trois membres de la direction qui siègent à l’AG. Pis encore, les décisions du Comité académique (l’équivalent du sénat) — notre plus haute instance académique — avec lesquelles le recteur n'était pas d'accord, ont été infirmées par les membres externes de l’AG. La collégialité de l'ensemble de la structure est affaiblie par ce pouvoir de représentation.

La collégialité est également affaiblie parce que les membres du corps professoral qui siègent à l’AG se voient systématiquement refuser le droit de parole. Nous sommes arbitrairement exclus ou expulsés des réunions. Une disposition de la Loi sur l'Université du Québec exige qu'un membre quitte toute séance pendant la durée des délibérations et du vote sur toute question concernant les négociations relatives à la convention collective. Au début de 2010, à deux reprises, des professeurs ont été exclus des séances de l’AG parce que l'ordre du jour indiquait des « relations de travail », mais aucune négociation n'était en cours. Le syndicat a déposé un grief. L'arbitre s'est prononcé en faveur du syndicat et a conclu que « la disposition de la Loi qui limite les droits d'un membre ou d'une catégorie de membres doit être interprétée de manière restrictive afin de limiter la violation du principe d'égalité ».

La décision a-t-elle été utile?

Les exclusions et les expulsions ont continué. Leur stratégie est désormais fondée sur la notion de conflit d'intérêts, que l'on retrouve également dans la Loi sur l'Université du Québec, et sur un concept inventé de toutes pièces, le « conflit de rôles ». Imaginez un peu : Au milieu d'une discussion, quelqu'un dit : « Je pense que le professeur X est en conflit de rôles. » Dès lors, il n’est pas pertinent que le professeur soit ou non réellement en conflit. La question est soumise au vote et l'expulsion a lieu. Lorsque le professeur revient dans la salle, il est difficile de s'exprimer. Les professeurs membres de l’AG ont pris l’habitude de se rencontrer avant la réunion, afin d'élaborer une stratégie et de trouver le moyen de ne pas être expulsé. Nous avons déposé de nombreux griefs et nous les avons presque tous gagnés.

Quel a été l'effet sur votre établissement?

Les décisions sont prises rapidement, sans discussion ni débat. L’AG ne remplit pas correctement son mandat de surveillance. Finalement, c'est l'établissement qui perd. Pour les professeurs, c'est intimidant et épuisant, car nous devons constamment nous battre afin de participer à la discussion.

Pourquoi pensez-vous que cela se produit dans les universités du pays?

Les universités ne sont pas censées être gérées comme des entreprises. Nous assistons à la montée de gestionnaires de plus en plus autoritaires. Les administrateurs des universités veulent prendre les décisions seuls. Il ne semble plus y avoir de honte à expulser ou à intimider les professeurs ou tout autre membre de la communauté universitaire ayant un esprit critique. Je crois sincèrement que tous les membres de l'AG doivent être traités sur un pied d'égalité et avec respect. Je continuerai de me battre pour une gouvernance collégiale.

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