Back to top

Coin des livres / Liberté surveillée – Quelques essais sur la parole à l’intérieur et à l’extérieur du cadre académique

Coin des livres / Liberté surveillée – Quelques essais sur la parole à l’intérieur et à l’extérieur du cadre académique

Normand Baillargeon.
Leméac Éditeur, 2019; 268 pages;
ISBN: 978-2-76091-232-8.

Par Kamel Khiari

En — 399, Socrate est condamné à mort par le tribunal de l’Héliée pour avoir exprimé des idées jugées contraires à celles en cours à l’époque à Athènes. Plus de 2 millénaires plus tard, en 2014, l’écrivain et blogueur saoudien Raif Badaoui est condamné en appel à 10 ans de prison et 1000 coups de fouets pour avoir émis des opinions différentes de celles du régime en place dans son pays, l’Arabie Saoudite. Entre-temps, et notamment, en 1633, Galilée est condamné par l’Inquisition pour avoir soutenu les théories de Copernic affirmant que c’est la Terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse. L’histoire se répétant, la question est donc bien loin d’être nouvelle, elle a traversé les siècles et continue, dans des contextes différents, à susciter la réflexion de nombreux penseurs. De Confucius à Stuart Mill en passant par Platon, Aristote, Cicéron, Hobbes, Kant… et jusqu’à nos jours, la question de la liberté d’expression a été analysée et appréciée diversement, mais toujours avec beaucoup de passion. Malgré qu’elle soit désormais inscrite comme un droit fondamental dans les législations nationales et les textes internationaux, la censure n’a pas pour autant disparu, loin de là ! On assiste plutôt à la multiplication de ses sources, nous disent les auteurs du livre Liberté surveillée — Quelques essais sur la parole à l’intérieur et à l’extérieur du cadre académique paru en 2019 chez Leméac sous la direction de l’essayiste et chroniqueur Normand Baillargeon. L’exclusivité de cette entreprise de prohibition des opinions différentes ne relève donc plus du seul ressort des institutions, mais est désormais partagée par les groupes de pression et les réseaux sociaux qui « réclament avec une insistance grandissante que se taisent ceux qui les contredisent ».

Comment, dès lors, dans ce contexte, « repenser la liberté d’expression, et pour-quoi ? » Telles sont les interrogations auxquelles s’est chargé de répondre cet ouvrage collectif. Dans les neuf textes qu’il regroupe, douze auteurs et autrices analysent sous différents angles et beaucoup de rigueur ce qui constitue, avec ses multiples balises, l’un des fondements essentiels d’une démocratie. Le sujet est soumis à différentes approches : philosophique, juridique, sociologique, féministe, historique. Si la situation au Québec est souvent prise en exemple, ces études vont au-delà de ce seul cas pour analyser le concept dans sa généralité « à l’intérieur et à l’extérieur du cadre académique » soit, la liberté d’expression et à son corollaire, la liberté académique.

Si la première a été, notamment, définie par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 comme impliquant « le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répondre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit », la seconde, quelle que soit sa variante nationale, s’appuie, nous précise-t-on dans l’un des chapitres du livre précité, sur deux piliers essentiels : « 1) elle s’inscrit dans la poursuite d’une activité de recherche professionnelle à l’intérieur d’une matrice de normes propres à chaque discipline, définies et appliquées par les pairs, seules personnes compétentes pour ce faire; 2) elle sert certes la communauté universitaire, mais plus largement la société, ce qui justifie ce privilège. »

Les textes composant cet ouvrage sont de qualité et apportent une contribution certaine à l’analyse d’un sujet qui n’a pas fini d’être d’actualité.

__________________________________
Kamel Khiari est professeur agrégé d’économie, de droit et de commerce international à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse.

En relation

/sites/default/files/styles/responsive_low_constrict/public/b._austin-smith.png?itok=4I330HeI
avril, 2020

Le mot de la présidente / Recyclage de mauvaises idées

Par Brenda Austin-Smith Comment se fait-il que les mauvaises idées, telles les mesures... Lire la suite
/sites/default/files/styles/responsive_low_constrict/public/graphic.png?itok=O026DpDW
avril, 2020

La montée du financement fondé sur le rendement

Le financement fondé sur le rendement (FFR) des établissements d’enseignement postsecondaire... Lire la suite
/sites/default/files/styles/responsive_low_constrict/public/interview_-_louise_briand.png?itok=8UHcuyER
avril, 2020

Entretien / Louise Briand

Louise Briand est professeure au Département des sciences sociales de l’Université du Québec en... Lire la suite