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Le mot de la présidente / Les limites de l’action volontaire

Le mot de la présidente / Les limites de l’action volontaire

Brenda Austin-Smith

Par Brenda Austin-Smith

Quelques semaines à peine ont passé depuis la grève mondiale pour le climat du 27 septembre et depuis que les manifestants d’Extinction Rébellion Canada, qui réclament une réduction des émissions mondiales de carbone, ont bloqué la circulation dans des villes comme Toronto et Halifax. Nous sommes plus nombreux que jamais à être saisis par le sentiment d'une urgence climatique marquée, d’ailleurs devenue un enjeu central des récentes élections fédérales. Ce qui est important, c’est l’aspect collectif de chacune de ces actions publiques largement médiatisées qui ont rassemblé les gens dans des espaces publics pour exprimer leurs craintes pour l’avenir de la planète et leurs espoirs de changement. Et c'est ce type d’action collective, plutôt que de simples changements de comportement individuels, qui est essentiel pour lutter contre la crise climatique.

Cette dernière observation mérite d’être soulignée, car les initiatives prises pour freiner les effets de la croissance des émissions nous ciblent souvent en tant qu’acteurs individuels plutôt que collectifs dans un paysage en dégradation. Réduire la consommation en milieu de travail et prendre des mesures personnelles pour la protection de l’environnement sont des objectifs louables, mais laisser entendre que recycler dans la salle commune, éteindre la lumière dans la bibliothèque, baisser le chauffage dans nos salles de classe ou enseigner en ligne plus souvent fera toute la différence passe complètement à côté du message d’un point de vue général. D'abord, l'empreinte carbone des centres de données Internet pourrait bientôt dépasser celle de l'ensemble de l'industrie aéronautique. Mais de façon beaucoup plus urgente, ce dont nous avons besoin, c'est d'une politique publique cohérente et compréhensible qui confronte honnêtement les changements de circonstances autour de notre travail et de notre vie et qui le fait à une échelle beaucoup plus grande que celle de l'individu.

À titre d’illustration, j’aimerais faire référence à un article récent paru dans The Guardian au début d’octobre. Cet article parle d’une étude du Climate Accountability Institute, basé aux États-Unis, qui démontre que, sur les vingt entreprises responsables de la production de plus d’un tiers des gaz à effet de serre de l’ère moderne, douze appartiennent à l’État. Quatre-vingt-dix pour cent des émissions associées aux activités de ces sociétés provenaient de leur utilisation du charbon, du gaz naturel et du carburant d’aviation. Face aux dommages considérables que causent les entreprises aux niveaux national et international, les appels lancés aux membres du personnel académique pour qu’ils renoncent à entretenir des contacts directs avec les étudiants, s’abstiennent de rencontrer des collègues lors de conférences et réduisent leur présence publique en général sont perçus comme étant à la fois fallacieux et teintés du cynisme néolibéral. Nous ne sommes pas le problème.

La brochure S’attaquer au changement climatique sur les campus, publiée en 2019 par l’ACPPU, décrit le rôle central que joue le secteur postsecondaire de part et d’autre des deux pôles de la question du changement climatique. D'un côté, nos établissements sont d'importants consommateurs d'énergie et producteurs d'émissions. De l'autre, les collèges et les universités sont des lieux où la recherche, l'enseignement et les services dispensés par les membres de l'ACPPU sont axés sur les solutions aux effets dévastateurs du changement climatique. Les universitaires sont en quête de réponses technologiques, politiques et surtout culturelles à notre crise. Nous élaborons, analysons et enseignons des politiques liées à la durabilité du climat. Certains d’entre nous sont également engagés dans la transformation des structures de gouvernance, des programmes d’études et des activités de sensibilisation de nos départements et facultés, ce qui va bien au-delà du réaménagement nécessaire — mais insuffisant — de l’infrastructure des campus. Comme l'indiquait un article du Bulletin de l'ACPPU en 2017 intitulé La politique du changement climatique, notre secteur est particulièrement bien placé pour relever ce défi grâce à son expertise dans de nombreuses disciplines et à son engagement envers le service public. Nous serons plus efficaces dans ce travail lorsque nous nous engagerons publiquement en tant que militants, en occupant ensemble des espaces partagés au nom de la durabilité.

Le risque que nous nous retirions sans critiques dans nos bureaux ou nos maisons pour économiser l’énergie à tout prix est de céder des espaces démocratiques à d’autres. Après tout, les monarques et les régimes autoritaires consomment beaucoup moins d'énergie que les parlements et les démocraties. Afin de libérer la bonne énergie de notre secteur pour faire face à l'urgence collective à laquelle nous sommes confrontés, nous devons agir collectivement. La tendance à se tourner vers l’action volontaire comme premier et meilleur moyen de réagir à cette crise transfère la responsabilité de la correction du changement climatique à l'individu plutôt que de responsabiliser les gouvernements et l'industrie. Plus que jamais, le personnel académique doit revendiquer la sphère publique et ne pas s’en retirer par fausse culpabilité. Rencontrer nos étudiants, dialoguer avec nos communautés, approfondir notre militantisme au sein et en dehors de nos associations de personnel académique, des sénats et d'autres instances collégiales, est la voie à suivre.

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