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Entretien / Carla Lipsig-Mummé

Entretien / Carla Lipsig-Mummé

Carla Lipsig-Mummé

Carla Lipsig-Mummé est professeure en études du travail et de la main d’œuvre à l'Université York. Elle est également la chercheure principale d’un projet de partenariat de recherche ayant reçu une subvention sur sept ans du CRSH sous le titre Adapter le milieu de travail canadien à la lutte contre les changements climatiques : le Canada dans une perspective internationale. Elle dirige le réseau international de partenariats universités-communautés sur le changement climatique, Work and Climate Change (WCC). Le WCC traite des questions à l'intersection du changement climatique et du monde du travail. Elle est également lauréate du prix Sefton-Williams de 2018 en relations industrielles et droits de la personne, ainsi que du prix Impact du CRSH de 2018 dans la catégorie partenariat de recherche.

Vous avez commencé votre vie professionnelle en tant qu’organisatrice du mouvement syndical en travaillant avec les ouvriers agricoles, les travailleurs de l’industrie du vêtement et les enseignants. Pouvez-vous nous donner des détails sur votre expérience ? 

Au début de ma carrière, j’ai travaillé pour l’International Ladies’ Garment Workers Union à San Francisco, ensuite, j’ai rejoint la campagne de César Chavez pour la mobilisation des ouvriers agricoles. Le syndicat a fini par envoyer cinq d'entre nous au Canada pour lancer une campagne de boycottage du vin, au Québec et en Ontario, qui a finalement été couronnée de succès.

Ensuite, je suis devenue membre du comité directeur du premier syndicat américain à organiser et à se mettre en grève pour la syndicalisation des étudiants de cycles supérieurs qui sont membres du personnel académique. Avec le soutien des Teamsters, nous avons pu tenir pendant dix-neuf jours avant d'être forcés à retourner au travail.

En tant qu’étudiante au doctorat à l'Université de Montréal, j'ai effectué des recherches pour la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Lorsque j'enseignais les relations industrielles à l’Université Laval, j'ai été libérée pendant un an pour travailler à la Centrale des enseignants du Québec (CSQ).

Au début des années 2000, j’ai été représentante nationale du Syndicat national de l’enseignement tertiaire (NTEU) d’Australie et l’ai aidé à se préparer à la négociation des premiers « plans verts » nationaux et universitaires. Certaines de ces clauses vertes sont encore en vigueur en Australie.

Pourquoi est-ce important d'amener les travailleurs et les milieux de travail canadiens vers l’économie verte ?

Dans les pays industrialisés, 80 % des gaz à effet de serre générés par l'activité humaine sont produits par le travail lui-même. La « mutation verte » de chaque aspect du monde du travail est essentielle pour ralentir le réchauffement de la planète. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU nous a prévenus en 2018 que si nous ne réduisions pas la vitesse à laquelle la planète se réchauffe dans les douze prochaines années, il deviendrait impossible de ralentir le réchauffement climatique. D’un point de vue réaliste, certaines industries vont fermer et d’autres vont continuer à fonctionner parce qu’elles ont découvert des sources d’énergie de remplacement plus propres.

Comment le travail et les milieux de travail canadiens pourraient-ils contribuer à ralentir le réchauffement climatique ?

Je réitère mon conseil : l’alphabétisation climatique. Rénovez chaque bâtiment du pays construit avant 1950. Repensez la conception du travail dans chaque province. Le transport de marchandises est aujourd’hui la deuxième source de pollution au travail au Canada. La plupart des industries ont divisé les étapes de production en plusieurs petites mini-usines, de sorte que des camions de toutes tailles se déplacent à l’intérieur d’une province, pour récupérer des pièces et en déposer d'autres; ce qui augmente considérablement la consommation de combustibles fossiles. Nous devrions plutôt réintégrer les processus de fabrication des usines afin que le transport soit minimisé; la majeure partie de la production se faisant dans une seule usine. Alternativement, on pourrait avoir du travail en grappes dans un éco-parc d'usines de fabrication de petites pièces.

Quelles peuvent être les contributions du milieu universitaire et des établissements d’enseignement postsecondaire ?

Maximiser la syndicalisation dans les universités, les cégeps et les collèges. Une pléthore de syndicats se font concurrence en ce moment pour obtenir de petits gains, et la collaboration entre syndicats d'université ou au sein des universités entre elles est très réduite; ce qui rend très difficile la capacité du secteur universitaire à s'engager dans une stratégie créative et avant-gardiste pour ralentir la crise climatique.

Vous enseignez un cours intitulé « Travailler dans un monde qui se réchauffe ». Comment vos étudiants réagissent-ils en classe ?

Les étudiants sont protecteurs et passionnés de la Terre et chaque année, le cours a une liste d'attente. Mais c’est clair qu'ils n’associent pas nécessairement la protection de la planète à la protection du droit des travailleurs à un travail. Je demande aux étudiants de remplir des questionnaires écologiques et de parler de leurs conditions de travail et de leurs craintes. J’ai constaté que cet engagement critique et ce processus de réflexion les avaient inopinément amenés à prendre conscience de la relation entre leur précarité et la lutte contre le changement climatique. 

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