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Le mot du président // Réflexions des mines de charbon académiques

Le mot du président // Réflexions des mines de charbon académiques

par James Compton

La condition des membres du personnel académique contractuel (PAC) s’apparente-t-elle à celle des canaris dans les mines de charbon? Il est de plus en plus connu que ces enseignants sont loin d’avoir une vie de rêve dans un « jardin d’Éden », comme le clament les détracteurs de l’autonomie des universités. Les membres du PAC touchent une fraction des salaires du personnel académique régulier, sont surtout engagés pour enseigner sur de courtes périodes un point c’est tout, et se démènent pour maintenir à niveau leur profil de recherche en ne comptant plus les heures de travail. Et ils prolifèrent. Au Royaume-Uni, seulement 51 % du personnel académique dans les universités est permanent et combine l’enseignement et la recherche. Au Canada, nous disposons de peu de statistiques sur le PAC dans les universités, mais nous savons qu’il grossit à vue d’œil. Il est encore plus présent dans le réseau collégial. Vous ne verrez pas de membres du PAC dans les salons des professeurs en train de papoter tranquillement. Ils sont trop occupés et n’ont certainement pas la tête à cela.

Comme l’ont affirmé Vinnie Mosco et Catherine McKercher, « le contrat psychologique entre l’employeur et les travailleurs a été récrit », avec pour conséquence la précarité ou, pour reprendre l’expression de Zygmunt Bauman, « l’incertitude existentielle ». Cependant, même si les membres du PAC sont moins payés que leurs collè-gues réguliers et plus tenaillés par l’incertitude des lendemains, ils n’ont pas le monopole de l’anxiété. Un sondage mené en 2016 par Times Higher Education auprès du personnel académique a révélé que 39 % des répondants voulaient quitter la profession. Pourquoi? La réponse se trouve dans la surcharge de travail et les problèmes de santé dus au stress professionnel. La plupart des répondants ont jugé leur travail gratifiant, mais comme Ruth Barcan nous le signale, « à partir du moment où près de 40 % des membres de professions spécialisées et ayant un poids économique important veulent changer de travail, la majorité de ces professions sont en crise ». Pour emprunter l’expression de Stanley Aronowitz, quel est aujourd’hui « le dernier bon emploi » au Canada?

En 2010, l’ACPPU a commandé la tenue d’un sondage auprès du personnel académique du Canada. La conclusion : une majorité, et dans la plupart des cas, un pour-centage important de répondants ont dit ressentir un niveau relativement élevé de stress par rapport à cinq des huit facteurs examinés : charge de travail, conflit de rôles, l’équilibre travail-vie personnelle, injustice-administration et injustice-récompenses.

Il est également intéressant de noter que les répondants n’ont pas retenu dans les principaux facteurs de stress au travail d’autres facteurs connus, comme le manque de contrôle sur son travail et l’imprécision du rôle. Ce n’est pas si étonnant que cela si l’on songe que les membres du personnel académique qui, par chance, ont un poste permanent jouissent encore d’une auto-nomie relative en matière d’enseignement et de recherche.

Il y a vingt ans, Gary Rhoades et Sheila Slaughter ont inventé l’expression « capitalisme académique » pour qualifier la con-coction inégale et contradictoire d’entrepreneuriat, de gestion descendante et de culture de l’audit imposée subrepticement aux universités. Ils ont identifié trois « inversions » : 1) pour mieux servir l’intérêt public, il ne faut pas séparer les entités publiques et les entités privées, mais plutôt privatiser le secteur public; 2) pour mieux servir l’intérêt public, il ne faut pas se reposer sur le libre jugement d’experts et de professionnels, mais sur l’encadrement flexible des professionnels; et 3) il faut réacheminer les ressources affectées à l’éducation libérale pour « limiter les disparités » entre les disciplines vers les disciplines perçues comme liées de près aux marchés des entreprises, au détriment de l’équilibre des ressources. Les auteurs ont appelé cela la théorie du « Robin Hood à l’envers ». Vingt ans plus tard, on ne peut nier qu’ils avaient raison.

L’adoption de ces orientations a entraîné l’augmentation et la précarisation de l’effectif académique contractuel. En même temps, la communauté académique tout entière a vu son niveau de stress et d’anxiété grimper. Soyons clairs : dans ce système, certains s’en tirent très bien, mais pour beaucoup, la vie professionnelle se résume souvent à trois mots : incertitude, surmenage et anxiété.

Dans son dernier essai intitulé « Academic Labor in the Age of Anxiety », Elissa Foster illustre bien cette contradiction : « plus j’avance professionnellement, plus je me rends compte que l’émotion qui teinte chaque instant de mon quotidien est l’anxiété. Je reconnais que le travail d’enseignant et de chercheur vaut le coup en raison de la joie, du plaisir, de la curiosité, de la découverte et du sentiment de réalisation que l’on y trouve, mais je considère aussi que le milieu de travail académique ressemble plus à une usine qu’à un champ fertile ».

Alors que nous tentons d’atténuer les effets de « l’université toxique », selon les mots de John Smyth, nous ferions bien de nous rappeler que ce n’est pas par charité que nous nous efforçons d’améliorer les conditions de travail de nos collègues contractuels. C’est plutôt parce que nous sommes tous dans le même bateau.

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