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Le mot du président / Le passé épineux du milieu académique et des services de sécurité canadiens

Le mot du président / Le passé épineux du milieu académique et des services de sécurité canadiens

Par Peter McInnis​

Les récentes querelles politiques concernant l’ingérence présumée de gouvernements d’États hostiles dans les élections fédérales et la menace que constituent ces gouvernements ont mené à l’élaboration de remèdes législatifs. Le registre proposé sur la transparence en matière d’influence étrangère obligerait l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens, y compris le milieu académique, à déclarer leurs collaborations avec des homologues étrangers. Bien que les consultations sur le registre ne pointent aucun pays du doigt, il est clair que la Chine est le gros méchant panda dont on parle.

En plus d’exiger des membres de l’ACPPU qu’ils fassent preuve de « transparence » à l’égard de toute « ingérence » éventuelle, le gouvernement a mis ses espions sur le coup. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) mène des enquêtes sur les menaces qui planent sur notre pays et nos forces armées. Il n’y a rien de surprenant à cela, puisqu’il s’agit du mandat central du SCRS. Mais gardons-nous bien d’adopter une attitude complaisante et replaçons dans leur contexte historique les entraves aux droits civils et la poursuite d’« étrangers ennemis ».

Sous le régime autoritaire de Xi Jinping, la Chine a posé des gestes agressifs non seulement pour consolider sa sphère d’influence géographique — on pense immédiatement à Taïwan et à Hong Kong — mais aussi pour montrer qu’elle est effectivement une superpuissance d’envergure mondiale. Bien qu’il faille tenir compte des questions de sécurité nationale, on doit reconnaître que la coopération sino-canadienne donne depuis longtemps des résultats positifs.

En clair, tout ce qui est associé à la Chine n’est pas nécessairement négatif. Nous avons bénéficié d’une coopération intellectuelle continue, comme nous le faisons plus généralement avec de nombreuses autres nations. Les membres sino-canadiens du milieu académique ont également grandement contribué à la recherche et à l’enseignement.

Les relations entre le milieu académique canadien et l’appareil de sécurité de l’État étaient déjà tendues des décennies avant la création du SCRS. Pendant toute la période de la guerre froide, la GRC a surveillé le milieu académique avec un zèle déterminé. Des dossiers d’archives provenant d’une demande d’accès à l’information et de protection de la vie privée font état de cas d’infiltration de la GRC dans les campus universitaires. Les agents transmettaient des rapports alarmants sur des éléments subversifs radicaux, allant de groupes de « pouvoir aux étudiants » et de « mouvements indiens » au soutien des Black Panthers et du Front de libération du Québec.

C’est dans ce bourbier d’instabilité que s’est aventurée l’ACPPU.

Les rapports de la GRC des années 1960 et 1970 faisaient état de préoccupations relatives au risque que les efforts déployés par l’ACPPU pour défendre la liberté académique arrachent aux administrations des universités et collèges la gouvernance de leurs établissements. L’environnement postsecondaire traversait alors une période difficile de croissance rapide marquée par la revendication d’une plus grande autonomie du corps professoral et, éventuellement, de droits professionnels enchâssés dans des conventions collectives.

Les craintes actuelles d’influence étrangère et d’espionnage ne sont pas nouvelles. Dans un mémoire présenté en septembre 1967 à la Commission royale d’enquête sur la sécurité, l’ACPPU faisait remarquer que « de nombreux scientifiques membres du personnel enseignant d’universités font des recherches exigeant l’utilisation de documents classifiés... [par conséquent, en ce qui a trait à la sécurité nationale], leur carrière professionnelle est inévitablement touchée. »

Comme elle le fait encore, l’ACPPU demandait à l’époque que toute agente ou tout agent des services de sécurité menant des enquêtes sur un campus en informe la haute direction et que les professeurs visés soient également dûment informés de l’enquête et de leurs droits constitutionnels.

Cette demande reposait sur bien plus qu’une simple préoccupation abstraite compte tenu du fait que les membres du milieu académique soumis à des enquêtes pour espionnage pouvaient se voir qualifiés de « canadiens indignes », renvoyés sommairement et bannis de la profession. Sur la couverture des dossiers de la GRC figurait généralement la mention « renseignements évalués et jugés véridiques ». Pourtant, dans bien des cas, les détails étaient erronés et les insinuations, non validées.

Quel que soit le contexte géopolitique, nous ne devrions jamais en revenir au temps où l’on était jugé coupable jusqu’à preuve du contraire. Nous devons également nous attendre à ce que les administrations de nos universités et collèges abordent la question avec prudence puisque l’histoire enseigne qu’il ne faut jamais obéir à l’avance et céder nos droits civiques.

Où cela nous mène-t-il donc en cette période de malaise vis-à-vis des collaborations internationales et de soupçons croissants d’espionnage commercial et militaire? Ironiquement, les délibérations sur la proposition de registre n’abordent aucunement les craintes antérieures d’une influence américaine excessive. Le milieu académique canadien devrait-il s’isoler pour protéger ses recherches délicates ou maintenir les liens internationaux qu’il a soigneusement entretenus en ayant confiance qu’un bon jugement et qu’une certaine prudence suffiront à protéger l’intérêt national?

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