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Tribune Libre / La privatisation des collèges de l'Ontario :partie intégrante du programme néolibéral provincial

Tribune Libre / La privatisation des collèges de l'Ontario :partie intégrante du programme néolibéral provincial

Par Diane Meaghan

Les collèges de l'Ontario sont chroniquement sous-financés depuis des décennies. Le financement provincial des dépenses de fonctionnement, qui est passé de 75 % en 1967 à 30 % en 2020 (Statistique Canada, 2021), remet en question le caractère public des collèges. Non seulement la composante communautaire a été substantiellement retirée du mandat des collèges, mais une description plus exacte des collèges de l'Ontario pourrait actuellement les classifier comme des établissements privés-publics.

Le sous-financement des collèges de l'Ontario a récemment été dénoncé par la vérificatrice générale de la province, Bonnie Lysyk, dans son rapport annuel. Elle estime à 1,6 milliard de dollars le financement par subvention pour 2020, alors que les frais de scolarité, les services auxiliaires et les dons s’élevaient à 5,1 milliards de dollars. Il est particulièrement important de noter que les collèges de l'Ontario comptent sur les frais de scolarité des étudiants étrangers pour financer les étudiants locaux, les coûts administratifs et les dépenses en immobilisations. Mme Lysyk a fait remarquer qu'en 2020, les étudiants étrangers représentaient 30 % de l’effectif étudiant dans les collèges de l'Ontario, mais acquittaient 68 % des frais de scolarité, qui se chiffraient à 1,7 million de dollars (Lysyk, 2021:20). La vérificatrice générale a souligné qu’il était risqué pour les collèges de l'Ontario de dépendre à 62 % des étudiants étrangers originaires d'un seul pays : l'Inde. Mme Lysyk soutient que si cette source de financement devait diminuer, les collèges de l'Ontario se retrouveraient dans une situation financière précaire.

Le rapport de la vérificatrice générale est éloquent quant aux priorités du gouvernement provincial actuel, et il est clair que les collèges n'en font pas partie. L’importante diminution du financement fait partie des plus récentes tentatives de la province de privatiser les collèges sur la base d'un modèle commercial. La privatisation des collèges a détourné l'attention des fonctions intellectuelles, sociales et culturelles au profit des impératifs financiers. La réduction du financement et la hausse de l’effectif étudiant ont entraîné une crise financière pour les collèges, qui ont dû trouver du financement auprès d'autres sources que le gouvernement provincial.

Les tactiques de privatisation ne se limitent pas aux établissements postsecondaires ni à la COVID-19 : avant la pandémie, la restructuration néolibérale a suscité une augmentation considérable des investissements dans des projets d'apprentissage en ligne dans les collèges de l'Ontario, en partie en raison de l'intérêt du gouvernement pour la réduction des coûts. En 2019, la porte-parole du NPD en matière d'éducation, Marit Stiles, a parlé de la fascination du gouvernement provincial pour l'apprentissage en ligne ainsi que du projet de rendre obligatoires quatre cours en ligne dans l'enseignement secondaire et de retirer 10 000 enseignants des salles de classe d’écoles publiques. La ministre de l'Éducation de l'époque, Lisa Thompson, a fait remarquer que « l'Ontario montre déjà la voie avec des cours en ligne...devant ce besoin d’adopter la technologie pour de bon. » (Blog Toronto, mars 2019).

De même, le fait de recourir à du personnel enseignant vacataire dans les collèges de l'Ontario est un autre exemple du processus de privatisation qui s’opère depuis quelques décennies. Le néolibéralisme a eu pour conséquence de placer le personnel enseignant vacataire au bas de l'échelle d'une main-d'œuvre très stratifiée dans les collèges. Le personnel enseignant à temps partiel et à charge partielle ainsi que les chargés de cours sont les trois groupes d'auxiliaires qui composent le corps enseignant des collèges de l'Ontario. Bien qu’il ne soit pas à l'origine de la pratique consistant à remplacer le personnel enseignant à temps plein par du personnel enseignant vacataire, le gouvernement actuel ne met en place aucune mesure substantielle pour remédier à ce problème. Actuellement, le ratio entre le corps enseignant à temps plein et le corps enseignant vacataire est d’environ 1:4 dans les grands collèges urbains (Muzzin et Meaghan, 2019).

Les membres du Syndicat des employées et employés de la fonction publique de l'Ontario (SEFPO), qui représente 15 000 membres du personnel enseignant, conseillers et bibliothécaires de 24 collèges de l'Ontario, ont voté en mars 2022 en faveur d'une action de grève, puis d'un règlement par arbitrage, afin d'attirer l'attention sur un certain nombre de griefs. Les heures supplémentaires non rémunérées, le travail non rémunéré et la sécurité d'emploi du corps enseignant à charge partielle figurent au premier rang de leurs préoccupations. Selon JP Hornick, alors qu’il était président de l'équipe de négociation des Collèges d'arts appliqués et de technologie (CAAT), le système collégial a bénéficié de ces tendances au cours des cinq dernières années, réalisant des profits de 1,65 milliard de dollars (Akrit et Chong, 2021). Face aux changements organisationnels, ce segment précaire de la main-d'œuvre académique a été utilisé pour atténuer le sous-financement gouvernemental.

Enfin, bien qu’il semble favoriser les promoteurs, en particulier ceux qui construisent des autoroutes, le budget préélectoral de l'Ontario promet des dépenses supplémentaires pour les collèges (montant indéterminé pour l’instant) en raison de la situation précaire des étudiants étrangers qui subviennent à leurs besoins au Canada pendant leurs études collégiales. Un certain nombre de rapports publiés par des collèges de l'Ontario font état d'étudiants étrangers qui ne parviennent pas à trouver un emploi ou qui occupent des emplois dont le salaire est inférieur au salaire minimum, ce qui les place dans une situation économique précaire et les empêche de se consacrer pleinement à leurs études.


Diane Meaghan est professeure de sociologie et d'études féminines (RET) au Seneca College of Applied Arts and Technology.La version originale de ce commentaire est parue dans le numéro été/automne 2022 de The Monitor.​

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