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Tribune Libre / Liberté d’expression et double standard

Tribune Libre / Liberté d’expression et double standard

[iStock.com / TravelPics]

Par REBECCA RUTH GOULD

Le 1er octobre dernier, David Miller a été congédié par l’Université de Bristol pour ses déclarations controversées sur Israël. Pour expliquer ce congédiement, l’Université a affirmé que « le professeur Miller n’a pas respecté les normes de comportement que nous attendons de notre personnel ». Le comportement en question consistait en des mots : des mots litigieux avec lesquels beaucoup ne seraient pas d’accord, mais des mots néanmoins. Des mots qui n’étaient pas dirigés contre une personne en particulier et qui ne correspondaient à aucune définition conventionnelle du harcèlement, bien que des collègues respectés aient soutenu le contraire.

En 2017, alors que j’enseignais à l’Université de Bristol, j’ai été accusée d’antisémitisme après qu’un étudiant a déterré un article que j’avais écrit pour Counterpunch quatre ans avant de me joindre au corps enseignant de l’Université. En tant qu’Américaine, l’un des aspects les plus attrayants de mon déménagement au Royaume-Uni était la possibilité de prendre part à un débat moins polarisé sur l’occupation de la Palestine. À l’Université de Columbia, où j’ai obtenu mon doctorat, une polémique avait éclaté à propos de la titularisation de l’anthropologue palestinienne Nadia Abu El-Haj en 2007. Elle avait été titularisée deux mois plus tard, mais cette querelle avait laissé une marque indélébile sur la politique du campus, notamment en ce qui concerne les études sur le Moyen-Orient.

Au Royaume-Uni, l’adoption de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (AIMH) par le gouvernement de Theresa May en 2016 a enhardi ceux qui cherchent à amalgamer la critique d’Israël à l’antisémitisme. La définition de l’AIMH a été citée par l’étudiant qui s’est plaint de mon article.

L’enquête de l’Université a traîné pendant des mois, période au cours de laquelle j’ai appris que les institutions étaient sollicitées de toutes parts lorsqu’un membre de leur personnel était accusé d’antisémitisme. Le mandat éthique qui consiste à s’opposer à l’antisémitisme et aux autres formes de racisme est loin de figurer aussi haut dans la liste de leurs préoccupations que les pressions exercées par le gouvernement, les médias et les étudiants. La plainte déposée contre moi a été rejetée, mais j’ai quitté l’Université de Bristol peu après avec la nette impression que justice n’avait pas été rendue. Les perspectives palestiniennes ont été ignorées dans mon cas, et la suppression des voix palestiniennes n’a fait que s’intensifier après mon départ.

Quatre ans plus tard, l’activisme anti-israélien n’est pas le seul sujet de controverse sur le campus. La société islamique de l’Université de Bristol s’est plainte que Steve Greer, professeur en droits de la personne, encourageait l’islamophobie dans le cadre de ses enseignements. La semaine suivant le renvoi de M. Miller – bien qu’un rapport indépendant ait conclu que ses commentaires « ne constituaient pas un discours illicite » – l’Université a rejeté la plainte contre M. Greer. Toute l’attention étant portée sur le cas de M. Miller, les étudiants musulmans ont vu leur mécontentement relégué au second plan et leurs préoccupations ignorées.

Au milieu de ces efforts déployés par les administrateurs de l’enseignement libéral, les juifs, les musulmans et les polémistes de toutes obédiences pour protéger leur territoire idéologique, un fait crucial est négligé. Lorsqu’un universitaire, qui a été embauché pour poursuivre ses recherches et exposer, publiquement et sans crainte, les conséquences de ses recherches, est renvoyé pour avoir précisément fait ce pour quoi il a été engagé, tout le monde y perd. Le renvoi de M. Miller ne fait qu’encourager les autres universités à agir comme l’a fait l’Université de Bristol, même si elles le font pour des raisons idéologiques différentes. Tout le monde est perdant lorsque les universités punissent leurs employés pour avoir dit ce qu’ils considèrent être la vérité.

De ce point de vue, il importe peu de savoir qui a raison ou tort dans le débat sur l’antisémitisme de gauche, ou si la pensée de M. Miller présente des tendances conspirationnistes. Ce sur quoi nous devons porter notre attention, c’est le fait qu’un libre penseur a perdu son gagne-pain pour avoir exprimé ses opinions. Cette situation est problématique et nuit non seulement à la lutte contre l’antisémitisme, mais à l’idée même de la démocratie.
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Rebecca Ruth Gould est l’autrice de Writers and Rebels: The Literature of Insurgency in the Caucasus. Ce commentaire a d’abord été publié dans le London Review of Books le 12 octobre 2021. Les points de vue exprimés sont ceux de l’autrice et pas nécessairement ceux de l’ACPPU.

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