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Une tempête nommée COVID-19

Une tempête nommée COVID-19

[iStock.com / CentrallTAlliance]

Même si elle était chargée de cours à temps partiel pendant quelque 20 ans à l’Université Thompson Rivers, Teressa Fedorak en était venue à travailler à temps plein à raison d’une demi-douzaine de cours ou plus par année, elle a toujours été, malgré tout, très consciente de la précarité de sa situation.

Quand la COVID-19 s’est répandue d’un bout à l’autre du Canada en mars dernier, Teressa Fedorak s’est franchement inquiétée. Elle n’a obtenu, contre rémunération, qu’un seul contrat de huit heures pour produire un cours à distance, un travail dans lequel elle a dit avoir investi en réalité au moins 40 heures pour apprendre elle-même et ensuite concevoir le cours. Plus tard, comme d’autres chargés de cours à temps partiel de sa région, elle a reçu une lettre l’informant qu’il n’y aurait pas de travail pour elle dans la prochaine année.

« Personne n’a pensé à notre rendement supérieur. Après des années de loyaux services, j’ai trouvé très dur d’être traitée comme une quantité négligeable », explique-t-elle.

Pendant la session d’automne, Teressa Fedorak n’a obtenu qu’un seul cours, ce qui est loin de lui assurer un salaire digne de ce nom. Elle raconte que l’insécurité économique la mine comme elle mine ses collègues dans la même situation. « Elle nous habite. Nous vivons dans la crainte constante que l’Université ne protégera pas les membres du corps professoral comme nous, malgré nos longues années de service. Je passe des nuits entières sans dormir. »

Et elle n’est pas la seule.

Deux mois après la fermeture des campus, l’ACPPU a réalisé un sondage auprès de ses membres pour comprendre les conséquences de la pandémie sur la vie professionnelle du personnel académique. Plus de 4 300 personnes y ont répondu.

Comme Teressa Fedorak, environ un répondant sur 10 a perdu une partie ou la totalité de son travail depuis la pandémie et, pourtant, la transition très soudaine à l’enseignement à distance a entraîné une surcharge pour bien d’autres. Chose ironique, comme ce sont les membres du personnel académique contractuel qui enseignent le plus de cours, ce sont eux qui ont connu la plus forte augmentation de la charge de travail.  

De fait, la majorité des membres du personnel académique des universités et des collèges travaillent plus maintenant qu’avant la COVID-19. Près d’un tiers consacrent au moins 10 heures de plus par semaine au transfert de leurs cours en ligne et au soutien des étudiants dans ce nouveau cadre d’apprentissage. Pour le personnel contractuel, ce travail supplémentaire n’est pas rémunéré. Et, pour l’ensemble du personnel académique, les travaux de recherche ont ralenti ou sont carrément suspendus.

C’était prévisible, près de 85 % des répondants ont indiqué ressentir un stress légèrement supérieur ou bien supérieur pendant la pandémie, alors qu’ils essaient d’équilibrer leurs responsabilités professionnelles et les soins aux personnes à leur charge, tout en cherchant des moyens de surmonter les obstacles à l’enseignement et à la recherche et en redoutant de perdre leur travail.

« Les membres du personnel académique s’inquiètent pour les étudiants, leurs travaux de recherche et leurs emplois. Et, à défaut d’obtenir un meilleur soutien des établissements et des gouvernements pour l’éducation postsecondaire, on ne sait trop quelles solutions apporter pour répondre à leurs préoccupations », explique la présidente de l’ACPPU, Brenda Austin-Smith.

Elle remarque qu’avec la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE), auxquelles se sont ajoutés 19 milliards de dollars de transferts fédéraux aux provinces pour la relance durable de l’économie et 2 milliards de dollars pour l’éducation, de la maternelle à la 12e année, les gouvernements ont réagi partiellement aux conséquences financières immédiates de la pandémie. Cependant, cela ne suffit pas et il faut plus pour le secteur de l’éducation postsecondaire.

« Les partenaires que sont les universités et les collèges ont, par leur travail d’enseignement et de recherche, un rôle essentiel à jouer dans l’issue de l’actuelle crise économique et sanitaire. Et pourtant, ils sont nombreux à battre de l’aile sous l’effet cumulatif des compressions budgétaires pratiquées par les gouvernements et de la pandémie. »

Le personnel académique et les étudiants se préparent pour une année complètement inédite. La plupart des établissements prévoient d’offrir la majorité des cours à distance et quelques cours sur les campus. D’autres, dont l’Université Carleton, l’Université du Manitoba, l’Université Mount Saint Vincent et Concordia, ne donneront les cours qu’en mode virtuel. Concordia ne rouvrira même pas ses résidences.

Quelques établissements vont à l’encontre de cette tendance. St. Francis Xavier, par exemple, veut offrir la majorité de ses cours en salle de classe; l’Université de Toronto et celle de la Colombie-Britannique comptaient faire de même pour les classes plus petites et offrir un enseignement en ligne pour les plus grosses.

Toutefois, ces plans ont soulevé des inquiétudes pour la santé et la sécurité du personnel académique obligé de travailler sur le campus, de sorte que l’association du personnel académique de l’Université de Toronto, le SCFP 3902 et les autres syndicats présents sur le campus ont lancé ensemble une pétition contre le plan de réouverture parce qu’il ne garantit pas un retour sécuritaire au travail.

La pétition a recueilli 6 500 signatures et, à la fin du mois d’août, les administrateurs ont annoncé que, pour l’automne 2020, les professeurs et chargés de cours auront le droit d’enseigner à distance.

À St. Francis Xavier, à ces mêmes préoccupations s’est ajoutée l’inquiétude provoquée par l’exonération de responsabilité que les étudiants devront signer au cas où ils contracteraient la COVID-19 dans les cours ou pendant des activités à l’Université.

Le président de l’association du personnel académique de l’université St. Francis Xavier (StFXAUT), Martin van Bommel, a dénoncé « un manque évident de communication et de consultation avec les syndicats du campus à propos de cette exigence ». 

« Implicitement, l’exonération signifie que l’Université n’est pas sûre de prendre toutes les précautions nécessaires pour protéger les étudiants, le personnel et les membres de la communauté. L’administration a affirmé que la sécurité des étudiants et du personnel venait au premier rang de ses préoccupations, mais le document d’exonération de responsabilité envoie un message très différent », fait valoir Martin van Bommel. 

« En outre, les membres trouvent agaçante l’absence de précisions sur l’aménagement des salles de classe et les protocoles à observer pendant les cours, ajoute-t-il. Il a été question de masques, d’écrans faciaux et de Plexiglass, mais pour le moment, rien n’a été confirmé. »

Les frustrations exprimées par les membres de la StFXAUT trouvent des échos dans tout le pays. Les résultats du sondage de l’ACPPU indiquent qu’un participant sur quatre seulement a le sentiment d’être consulté avant que ne soient prises des décisions le concernant.

Malgré toutes ces préoccupations, de toute évidence, les membres du personnel académique et les étudiants sont généralement impatients de revenir à la « normale ».

« Nos membres font preuve d’un optimisme prudent. Nous sommes heureux de savoir que la sécurité et le bien-être des étudiants, du personnel académique et des autres membres du personnel sont au premier rang des priorités et espérons que les mesures prises réussiront à limiter la propagation de la COVID-19, conclut Martin van Bommel. Nos membres sont impatients de revoir leurs étudiants et leurs collègues et que le campus reprenne vie. Malheureusement, ceux qui, parmi nous, sont immunosupprimés ou ceux qui doivent s’occuper de personnes à charge ou qui vivent avec des personnes fragiles, devront attendre encore un peu avant de revenir.

Âgé de 24 ans, Liam Keller, un étudiant diplômé de l’école de génie de l’Université de Toronto qui prévoyait de poursuivre ses études en droit à Winnipeg cet automne, explique qu’il va déménager au Manitoba, même si sa nouvelle université n’offrira ses cours qu’à distance au moins jusqu’en janvier.

Comme d’autres étudiants, il veut avoir la possibilité de découvrir la ville et de participer aux rencontres officieuses organisées par des étudiants en dehors du contexte universitaire. Il redoute un peu d’être séparé de ses anciens amis et de sa famille, mais pense que d’aller de l’avant est l’un des seuls moyens de vraiment établir dès maintenant des contacts avec d’autres étudiants. « C’est une chose de suivre des classes sur Zoom dans une université où on connaît déjà des gens et une autre, beaucoup plus solitaire, de le faire quand on ne connaît personne, raconte Liam Keller. La seule vraie possibilité de rencontrer des gens est d’être là, en chair et en os. »

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