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Le mot de la présidente / L’internationalisation et la liberté académique

Le mot de la présidente / L’internationalisation et la liberté académique

Brenda Austin-Smith

Par Brenda Austin-Smith

En septembre dernier, l’Association des professeurs d’université de la Nouvelle-Écosse (ANSUT) organisait une conférence sur le thème de l’expérience des étudiants étrangers dans la province. Intitulé One World, l’événement a réuni plusieurs conférenciers autour de ce thème central, dont Beatrice Chiang, présidente de l’association des étudiants étrangers de l’Université Dalhousie, et Mary Asekome, vice-présidente nationale de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉÉ). Le recteur de l’Université Saint Mary’s à Halifax, Robert Summerby-Murray, a ouvert le bal sur un ton positif en racontant aux participants qu’il était venu lui-même étudier au Canada. Il a souligné que les étudiants étrangers ne se perçoivent assurément pas comme des marchandises, même si, quand on parle d’eux, on insiste souvent sur les retombées économiques de leur présence dans nos collèges et universités. 

Malgré cette entrée en matière optimiste, les conférenciers qui ont suivi ont démontré qu’effectivement, les étudiants étrangers sont souvent vus principale-ment comme des sources de profit, comme en témoignent les frais de scolarité élevés qu’ils doivent acquitter. Aux prises avec un sous-financement chronique, les établissements d’enseignement sont fortement incités à attirer des étudiants étrangers pour pallier l’insuffisance de leur budget de fonctionnement de base. Alors que le Canada devrait offrir une expérience de qualité aux personnes du monde entier venues fréquenter ses collèges et ses universités ‒ ce qu’il fait, trop souvent, il n’est pas à la hauteur si l’on considère les services que les provinces et les établissements leur offrent. Difficulté à se loger et moyens de transport inadéquats, surtout dans les petites localités, insécurité alimentaire et accès insuffisant aux soins de santé, voilà ce à quoi les étudiants étrangers sont fréquemment confrontés. À titre d’exemple, le gouvernement du Manitoba a mis fin, l’an dernier, à la couverture universelle des soins de santé jusque-là étendue aux étudiants étrangers.

À la conférence de l’ANSUT, j’ai moi-même brossé le portrait de la situation à l’université où j’enseigne. En 2007, l’Université du Manitoba a passé un contrat avec Navitas, une entreprise privée basée en Australie, afin qu’elle donne les cours propédeutiques et de première année aux étudiants étrangers. Les modalités du contrat n’ont pas été communiquées au Sénat à cette époque et ce n’est qu’après le dépôt d’une demande d’accès à l’information et d’un appel à l’ombudsman provincial qu’une version caviardée du contrat a été rendue publique. L’Université a renouvelé son entente avec Navitas, faisant fi d’une forte opposition au principe de l’impartition de services publics d’éducation à une entreprise à but lucratif, de même qu’au processus d’attribution du contrat. À mes yeux, le modèle d’éducation appliqué par ces entités à but lucratif sent le colonialisme, par sa propension à exploiter le désir des étudiants étrangers à recevoir une éducation de qualité et le dévouement des enseignants.

Mais les étudiants étrangers ne sont pas les seuls à payer le prix de cette conception lucrative de l’éducation postsecondaire. Par exemple, les entreprises privées comme Navitas font un calcul gagnant en engrangeant la différence entre les frais de scolarité élevés des étudiants recrutés et les maigres salaires versés aux enseignants. Car au lieu d’engager des enseignants à temps plein pour donner les cours de leurs « parcours », les entreprises comme Navitas recrutent généralement des enseignants contractuels, qui ne bénéficient d’aucun des avantages ou des droits prévus dans une convention collective. Les enseignants embauchés par des sociétés comme INTO, Study Group ou Navitas pour donner des cours à la pièce nourrissent la déferlante du travail précaire, lequel menace leur liberté académique. Des enseignants contraints de plaire à leur employeur privé s’ils veulent être engagés session après session sont peu enclins à critiquer leurs conditions de travail et encore moins les procédés en affaires de leur employeur. Privés de la sécurité d’emploi garantie par une convention collective, ils ne jouissent pas non plus de l’autonomie dont leurs collègues syndiqués bénéficient dans leur enseignement.

L’ACPPU a pour principe que la liberté académique des effectifs enseignants des établissements postsecondaires comprend un droit capital, le droit à la liberté d’expression à l’intérieur et à l’extérieur des murs de leur établissement. Comme nos collègues employés par ces entreprises privées n’ont pas ce droit, ils ne disposent pas de tous les outils nécessaires pour faire leur travail. Ce déni de droit porte atteinte à l’intégrité du travail académique et nous en souffrons tous.

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