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Entretien / Carlos Zambrano Escamilla

Entretien / Carlos Zambrano Escamilla

Carlos Zambrano Escamilla

Carlos Zambrano Escamilla est l’ancien président du Sindicato de Profesores de la Fundación Universidad Autónoma de Colombia (SINPROFUAC), le syndicat des professeures et professeurs de l’université autonome de Colombie. Comme l'a expliqué le professeur Zambrano aux délégués du Conseil de l'ACPPU en mai dernier, il a reçu des menaces de mort émanant de groupes paramilitaires en Colombie et a été victime d'une tentative d'assassinat à cause de ses activités syndicales dans ce pays. Il a fait une demande d’asile et demeure au Canada en attendant son audience.

Pouvez-vous nous décrire votre vie avant de devenir professeur à l'université autonome de Colombie ?

J'ai étudié le génie forestier en Colombie et l'économie de l'environnement à l'université du Maryland. En 2002, après avoir dirigé un projet d’aménagement forestier durable en Colombie, j’ai été exposé aux défis sociaux et politiques auxquels étaient confrontées les communautés et les personnes engagées dans ce projet. J'ai réalisé que j'avais la responsabilité d’apporter un soutien et j'ai commencé à m'engager politiquement.

Votre engagement vous a valu des ennemis. Comment cela a-t-il perturbé votre vie?

J’avais mobilisé des agriculteurs locaux et leur avais enseigné la gestion durable des exploitations agricoles de manière à combiner la sylviculture aux pratiques de pâturage afin d’accroître l'autosuffisance des populations. Durant la même période, des membres du groupe paramilitaire Botalon se livraient à des activités illégales dans la région, notamment en générant des revenus par l'extorsion, l'exploitation illégale de forêts naturelles et le vol de gaz des gazoducs nationaux. Ils ont commencé à nous accuser et à nous harceler, et à exiger un paiement en échange d'une «  protection ». Leurs tactiques se sont intensifiées au point où, en 2005, leur chef m'a menacé de mort. Ma femme, qui était enceinte, a également été menacée. Nous avons fui au Venezuela.

Vous êtes finalement retourné en Colombie. Pourquoi ?

En 2007, un processus de démobilisation et de désarmement des groupes paramilitaires a commencé et, au début de 2008, nous sommes rentrés dans notre pays pour reprendre nos vies. En 2009, j'ai commencé à travailler à l'université autonome en tant que chargé de cours en économie de l'environnement et en histoire économique et j'ai rejoint le syndicat des professeures et professeurs d’université. J'ai gravi les échelons du syndicat jusqu’à devenir le président du SINPROFUAC en 2017.

En tant que chef du syndicat, quels problèmes avez-vous observés à l’université ?

Les frais de scolarité étaient très élevés pour les étudiants, alors que les salaires étaient très bas et parfois impayés pendant des mois, en plus de la suspension d'autres avantages. Les professeurs étaient congédiés de façon injuste et ces conditions sont maintenues en raison de la mauvaise gestion administrative et de l’exploitation. Les membres du corps professoral sont en grève depuis mai dernier, après avoir tenté à maintes reprises de porter plainte auprès des diverses autorités, en plus des collectes de signatures de pétitions, de l’organisation de manifestations pacifiques et de l’obtention d’une bonne couverture médiatique de la situation.

Selon la Confédération syndicale internationale, plus de 500 militants syndicaux auraient été assassinés par des groupes paramilitaires colombiens au cours de la dernière année seulement. Avez-vous été menacé de nouveau ?

Malheureusement, j'ai reçu de nouvelles menaces. En 2018, une lettre du groupe paramilitaire Águilas Negras contenant des menaces de mort dirigées contre trois collègues et moi-même a été remise au président de l'Université. Deux membres d'Águilas Negras m'ont menacé avec une arme à feu et, encore une fois, bien que j'aie signalé cet incident et demandé de l'aide, aucune mesure n'a été prise par les autorités. Enfin, en mars dernier, j'ai été attaqué par deux hommes armés d’un couteau et je me suis échappé parce que j'avais crié à l’aide. Les gens autour de moi dans la rue sont venus à ma rescousse et ont arrêté mes agresseurs. Ils ont livré les deux hommes à la police qui les a libérés sans accusation.

Comment est votre vie au Canada jusqu'à présent ?

Ma demande d’asile est en cours d’évaluation. Ma vie ici est très calme et confortable comparée à la vie en Colombie. Je dois remercier l’ACPPU et l’Association canadienne des avocats du mouvement syndical qui m'accordent leur soutien.

__________________________________
L’ACPPU lance un appel aux associations du personnel académique et à leurs membres à faire un don à la Fondation pour les réfugiés de l’ACPPU (dénommée officiellement
« The CAUT Refugee Foundation », afin de faciliter la réinstallation de M. Zambrano. La Fondation, établie dans les années 1970, est un organisme de bienfaisance enregistré auprès de l'Agence de revenu du Canada et habilité à émettre des reçus officiels à des fins fiscales. Tous les dons reçus seront utilisés pour aider le professeur Zambrano à couvrir ses frais de subsistance en attendant l’audience sur son statut de réfugié. Les chèques peuvent être faits à l'ordre de : « CAUT Refugee Foundation » et envoyés à :

Fondation pour les réfugiés de l'ACPPU
2705, promenade Queensview
Ottawa (Ontario)
K2B 8K2

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