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Tribune libre / L’enseignement supérieur doit réduire ses rations de Zoom

Tribune libre / L’enseignement supérieur doit réduire ses rations de Zoom

Trois raisons pour lesquelles c’est une très mauvaise idée de transposer les cours offerts en classe sur Zoom.

Par Joshua Kim

L’enseignement supérieur se gave de Zoom. Il est temps qu’il diminue ses rations.

Je parle de l’université Zoom. Ou de la classe Zoom. Ou de la stratégie d’enseignement, quel qu’en soit le nom, qui consiste à offrir sur Zoom les cours préparés pour être donnés en classe.

Notre communauté de l’apprentissage à distance n’avait jamais envisagé la possibilité que le personnel enseignant remplace des heures de cours prévues en classe par des heures de cours à distance sur Zoom. D’inciter les étudiants à assister à des visioconférences de plusieurs heures semblait une très mauvaise idée. Jamais nous n’aurions pu imaginer que cela arriverait un jour.

Nous étions bien naïfs. Après tout, nous sommes en 2020. Nous vivons à l’heure de la concrétisation des mauvaises idées. Bien que le basculement complet de l’enseignement en face à face vers l’enseignement à distance sur Zoom soit aussi insensé que la tenue d’un événement super-propagateur dans la Roseraie de la Maison-Blanche, nous en sommes là.

Mettons donc au clair certains points concernant l’enseignement, l’apprentissage et Zoom :

Zoom gruge de l’énergie

Participer à un cours en ligne synchrone et assister à un cours en classe sont deux choses différentes. La participation sur Zoom est beaucoup plus fatigante. L’énergie mentale et, partant, la capacité d’apprentissage baissent plus rapidement sur Zoom qu’en personne. Les raisons pour lesquelles Zoom (et toutes les plateformes de réunion et d’enseignement synchrone en ligne) gruge autant d’énergie ne sont pas totalement élucidées. Elles résident vraisemblablement dans la manière dont notre cerveau gère la présence virtuelle par rapport à la présence physique.

L’absence de déplacement entre les cours contribue probablement à la fatigue Zoom, tout comme l’incapacité de notre cerveau à faire la distinction entre les séances sur Zoom et toutes les autres activités que nous faisons devant un écran. Quelles que soient les raisons pour lesquelles Zoom nous épuise, nous devrions tous commencer à écouter notre corps et à apporter certains changements en conséquence.

Zoom ne convient pas pour l’exposé magistral

La meilleure façon de perdre l’attention des étudiants sur Zoom est d’y livrer un exposé magistral. Entendons-nous bien : s’il est limité à un bloc de 10 à 15 minutes au début d’un cours en ligne synchrone, l’exposé magistral est fort utile pour synthétiser l’information et éclaircir les points nébuleux. La majeure partie du cours sur Zoom doit cependant être interactive.

Les interactions ne peuvent pas se dérouler de la même manière sur Zoom qu’en classe. Il n’y a pas de transposition possible. Celles-ci doivent être soigneusement orchestrées et dirigées. Il est pratiquement impossible qu’une discussion libre impliquant de nombreux étudiants s’y déroule sans encombre. Quelques étudiants domineront inévitablement la conversation, alors que d’autres, moins volubiles, resteront en retrait. Je recommande au personnel enseignant de se montrer très directif sur Zoom. Expliquez clairement aux étudiants que vous allez donner vous-mêmes le droit de parole. Prévenez-les que vous leur demanderez de parler. Et n’hésitez pas à interrompre certains étudiants (avec tact) et à en inviter d’autres à prendre part à la discussion.

L’université Zoom : bonne pour le cours, mauvaise pour l’apprenant

Tous les professeurs le savent, l’utilisation de Zoom est source d’épuisement. Outre l’enseignement, la foule de réunions auxquelles ils doivent participer sur Zoom leur cause de la fatigue. La plupart d’entre eux savent aussi que Zoom est loin d’être l’outil parfait pour les exposés magistraux. Pourquoi alors l’université Zoom prend-elle autant d’ampleur? En fait, c’est que la transposition sur Zoom d’un cours normalement offert en classe est un choix raisonnable et valable sur le plan du cours lui-même. Tout bien considéré, plus on consacre de temps à un cours sur Zoom, plus les apprentissages seront importants. Cette relation de cause à effet ne tient cependant pas la route quand cette stratégie d’enseignement centrée sur Zoom est appliquée à tous (ou pratiquement tous) les cours. Ce qui est bon pour un cours (beaucoup de temps sur Zoom) devient dès lors mauvais pour l’apprenant (trop de temps passé sur Zoom au total).

Zoom incarne en quelque sorte la tragédie des biens communs dans le secteur universitaire. Les membres du personnel enseignant ont tout intérêt à offrir le plus de cours possible sur Zoom, mais si l’ensemble, voire la majorité, d’entre eux utilise cette stratégie, celle-ci devient contre-productive pour les étudiants. Il faut en quelque sorte une combinaison de moyens pédagogiques. Je conseille d’appliquer le principe du trois pour un : pour chaque cours de trois heures, tenir une séance d’une heure sur Zoom. Axer cette heure sur la conversation. Si vous enseignez à un groupe de 45 étudiants qui se réunit normalement trois fois par semaine à raison de 50 minutes à la fois, utilisez ces blocs de temps pour tenir trois séances distinctes sur Zoom. Invitez les étudiants à s’inscrire aux séances et répartissez-les en trois groupes, en exigeant la participation à une discussion par semaine.

Soyons réalistes, les apprentissages ne seront pas aussi importants cette année qu’en temps normal. Nous vivons une crise mondiale. Veillons simplement à la traverser sans trop de séquelles — inutile de chercher à optimiser quoi que ce soit en 2020.

Accepter le fait que la COVID-19 empoisonne actuellement notre existence, et qu’elle le fera pour encore quelques mois, peut nous libérer de certains fardeaux que nous nous imposons. Vous ne couvrirez pas autant de matière dans votre cours, mais vous pourriez traiter certains éléments plus en profondeur. Quand vous évaluerez vos étudiants cette année, veillez à souligner les points forts plutôt que les points à corriger.

Certes, cette stratégie ne sera pas applicable à tous les cours dans tous les domaines. De nombreux cours en STIM visent à fournir des acquis essentiels dans le champ d’études. Certains apprentissages doivent être faits et évalués. Si, toutefois, vous pouvez donner un peu de répit à vos étudiants cette année, n’hésitez pas à le faire. La meilleure façon de stimuler les apprentissages et de favoriser le bien-être de nos apprenants cette année est de mettre la pédale douce dans l’enseignement sur Zoom.

En ce qui concerne Zoom et l’enseignement, moins vaut plus.

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Joshua Kim est directeur des programmes et de la stratégie en ligne au Dartmouth Center for the Advancement of Learning (DCAL) et Senior Fellow for Academic Transformation, Learning, and Design au CNDLS de la Georgetown University.

Cette chronique est parue le 8 novembre 2020 dans Inside Higher Ed.

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