Le budget fédéral 2025 a été déposé le 4 novembre. Intitulé « Un Canada fort » et illustré d'un brise-glace sur la couverture pour souligner la souveraineté et la capacité à naviguer en eaux tumultueuses, il offre peu de bouées de sauvetage à la population étudiante, au personnel académique et aux employées et employés des établissements d'enseignement postsecondaire canadiens.
La science et la recherche sont reconnues comme fondamentales, les coupes budgétaires dans les trois conseils subventionnaires étant limitées à 2 %. Les investissements importants consentis dans le budget 2024 pour les bourses d'études, les bourses de recherche et les subventions semblent être protégés. Le gouvernement a également promis 1,7 milliard de dollars dans le cadre d'une stratégie internationale d'attraction des talents visant à recruter des chercheurs internationaux dans les universités canadiennes.
Cependant, le contexte dans lequel s'inscrit cette stratégie est de plus en plus difficile. Les chercheurs et le personnel enseignant canadiens sont confrontés à des pertes d'emploi sans précédent, à des coupes dans les programmes et à une charge de travail accrue en raison d'un financement public insuffisant, aggravé par le plafonnement fédéral des visas d'étudiants étrangers. Par exemple, parmi les établissements du regroupement U15, partenaires clés de la réussite de la stratégie, plus de la moitié font état de déficits et certains ont gelé les embauches.
Le budget 2025 limitera le nombre de nouveaux permis d'études internationaux à 155 000 en 2026, puis à 150 000 en 2027 et 2028, sans mentionner de plan visant à soutenir les talents locaux touchés par la crise financière latente qui touche l’éducation postsecondaire et la recherche.
Il est urgent d'associer le recrutement international de talents à une stratégie canadienne de rétention des talents afin de développer nos capacités en matière de science et de recherche et de garantir une éducation postsecondaire publique de haute qualité et abordable.
Points saillants du financement de la science et de la recherche
- Réduction de 2 % du budget de base des organismes subventionnaires, comparativement à une réduction de 15 % pour les autres ministères et organismes. Le budget ne précise pas comment ces réductions seront mises en œuvre au sein des conseils.
- 1 milliard de dollars sur 13 ans, à compter de 2025-2026, au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, au Conseil de recherches en sciences humaines et aux Instituts de recherche en santé du Canada pour lancer une initiative accélérée de chaires de recherche visant à recruter des chercheurs internationaux exceptionnels dans les universités canadiennes.
- 133,6 millions de dollars sur trois ans, à compter de 2026-2027, aux conseils subventionnaires afin de permettre aux meilleurs doctorants et postdoctorants internationaux de s'installer au Canada.
- Jusqu'à 120 millions de dollars sur 12 ans, à compter de 2026-2027, aux conseils subventionnaires afin d'aider les universités à recruter des professeurs adjoints internationaux, s’il y a lieu.
- 400 millions de dollars sur sept ans, à compter de 2025-2026, à la Fondation canadienne pour l'innovation afin de mettre en place un volet complémentaire de soutien à l'infrastructure de recherche afin de garantir que les titulaires de chaire recrutés disposent de l'équipement nécessaire pour mener leurs recherches au Canada.
- La Fondation canadienne pour l'innovation verra certains de ses programmes prendre fin, avec une baisse de financement d'environ 80 millions de dollars sur cinq ans.
- Travailler à la création de l’organisme-cadre annoncé dans le budget 2024 pour le financement de la recherche. Aucun autre détail n'est fourni.
- Examiner si l'écosystème de recherche du Canada a besoin d'un soutien supplémentaire pour retenir les talents.
Programme des étudiants étrangers
- Un plafond de 155 000 nouveaux permis d'études par an en 2026, qui passera à 150 000 en 2027 et 2028.
- Une mesure ponctuelle permettra à jusqu'à 33 000 titulaires de permis de travail d'obtenir le statut de résident permanent en 2026-2027, ce qui pourrait favoriser l'intégration des étudiants et des diplômés actuels.
- À la suite du budget, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a précisé qu'il avait levé les restrictions sur le recrutement d’étudiants étrangers des cycles supérieurs.
Étudiants et apprentis
- Pendant la pandémie, la bourse maximale accordée aux étudiants est passée de 3 000 dollars à 6 000 dollars, ce qui reste inférieur au coût moyen des frais de scolarité de premier cycle. Après la pandémie, le montant maximal de la bourse est de 4 200 dollars, et cette mesure a été prolongée d'un an dans le présent budget.
- Le budget 2025 supprime l'admissibilité aux bourses pour les étudiants des établissements privés à but lucratif. Les programmes suivants destinés aux jeunes ont été renouvelés :
- Programme de stages pratiques pour les étudiants, avec un financement de 635,2 millions de dollars sur trois ans;
- Emplois d'été Canada, avec un financement de 594,7 millions de dollars sur deux ans;
- Stratégie emploi et compétences jeunesse, avec un financement de 307,9 millions de dollars sur deux ans à compter de 2026-2027 pour la formation, le mentorat et le soutien global.
- La création d’un nouveau Groupe de jeunes pour le climat d'une valeur de 40 millions de dollars sur deux ans a été annoncée, à compter de 2026-2027.
- Le Programme pour la formation et l’innovation en milieu syndical, qui soutient la formation en apprentissage syndicale dans les métiers Sceau rouge, a reçu 75 millions de dollars sur trois ans. La plateforme promise des libéraux d'augmenter les subventions pour l'apprentissage à 8 000 dollars ne figure pas dans le budget.
Éducation autochtone
Le budget prévoit une réduction de 2 % pour les Services aux Autochtones Canada et les Relations Couronne-Autochtones et les Affaires du Nord, ce qui est inférieur à la réduction générale de 15 % imposée aux autres ministères. Il n'y a pas de nouveaux investissements dans les infrastructures sociales, telles que les aides à l'éducation postsecondaire des Autochtones, qui souffre d'un grave sous-financement.
Infrastructure des campus
Les infrastructures des universités et des collèges pourraient bénéficier du nouveau Fonds pour le développement des collectivités, qui sera géré par le ministère Logement, Infrastructures et Collectivités Canada.
Une enveloppe de 17,2 milliards de dollars sur dix ans a été allouée pour soutenir les projets et les priorités des provinces et des territoires en matière d'infrastructures. Pour accéder à ces fonds, les provinces et les territoires doivent accepter de verser une contribution équivalente à celle du gouvernement fédéral, de réduire considérablement les redevances d'aménagement et de ne pas prélever d'autres taxes qui entravent l'offre de logements.
Parmi les projets mentionnés dans le budget, citons le nouveau bâtiment destiné aux étudiants de la Faculté de médecine de l'Université métropolitaine de Toronto sur le campus de Brampton, la création de cliniques d'enseignement des soins primaires dans les communautés environnantes et l'Université Inuit Nunangat.
Statistique Canada
Afin d'atteindre ses objectifs d'économies de 15 % sur trois ans, Statistique Canada ajustera la fréquence et le niveau de détail des données recueillies pour les ensembles de données qui présentent moins d'intérêt pour les Canadiennes et Canadiens.
L'ACPPU communiquera avec Statistique Canada afin de connaître l'incidence que cela pourrait avoir sur les ensembles de données essentiels liés à l’éducation postsecondaire au Canada.
Le budget 2025 propose de réaffecter 25 millions de dollars sur six ans à Statistique Canada pour la mise en œuvre du Programme TechStat de mesure des technologies et de l’intelligence artificielle (IA). TechStat utilisera des données et des informations pour mesurer la façon dont l'IA est utilisée par les organisations et comprendre son impact sur la société canadienne, la main-d'œuvre et l'économie.
Recherche menée par l’industrie
- 925,6 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir une infrastructure publique souveraine à grande échelle dans le domaine de l'IA;
- 334,3 millions de dollars sur cinq ans pour renforcer l'écosystème quantique du Canada;
- 68,2 millions de dollars sur trois ans pour créer le Bureau de recherche, d’ingénierie et de leadership avancé en matière d’innovation et de science (BOREALIS) afin de coordonner la recherche avancée dans le domaine des technologies de défense;
- Augmentation supplémentaire du plafond annuel des dépenses pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) donnant droit à de meilleurs encouragements fiscaux, qui passent de 4,5 millions de dollars (comme annoncé précédemment) à 6 millions de dollars.
Conclusion
Le budget 2025 réaffecte les ressources vers des dépenses record en matière de défense, des réductions d'impôt et des incitatifs, tout en accordant peu d'investissements opérationnels de base aux services publics dont dépendent les Canadiennes et Canadiens. Ces choix minent la capacité nécessaire pour soutenir l'éducation, les soins de santé et d'autres infrastructures sociales essentielles. Les initiatives ciblées visant à attirer les talents internationaux sont les bienvenues. Cependant, elles ne peuvent remplacer les investissements réguliers et à long terme nécessaires pour développer et retenir les talents canadiens et renforcer notre base nationale de connaissances, fondée sur une éducation postsecondaire de haute qualité, abordable et accessible.