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La Francophonie universitaire face à la pandémie

Transcription du forum de l’ACPPU qui s'est tenu le 26 février 2021

Karl Bélanger: Merci de votre patience, merci d'être là. Je vous demanderais, s'il vous plait, de bien vous assurer que vos cameras soient éteintes, également vos micros. Ça facilite la qualité audio et la qualité vidéo pour tout le monde. Merci.

Bonjour tout le monde. Merci encore une fois d'être avec nous. Bienvenue à tous à ce forum de l'Association canadienne des professeures et professeurs d'université. Je m'appelle Karl Bélanger, je suis conseiller politique à l'ACPPU, et je suis ravi d'animer cette conversation aujourd'hui. Merci beaucoup de vous joindre à nous pour ce forum : « La francophonie universitaire face à la pandémie : de crise appréhendée à extrême urgence », avec nos invités spéciaux, Mme Stéphanie Chouinard, M. Jean-Charles Cachon, et M. Yves Frenette. Avant de présenter la session et nos conférenciers en bon et due forme, quelques instructions de participation. Veuillez noter, s'il vous plait, que vous devriez être en sourdine pour la durée de la conférence, jusqu'à la période des questions à tout le moins, pour assurer une bonne qualité sonore. Également, on vous demande de vouloir garder la caméra fermée jusqu'à ce que vous ayez la parole lors de la période de questions pour que nous puissions avoir une meilleure connexion vidéo pour tout le monde, une meilleure expérience pour tout le monde. Je vais demander à ce moment-ci à nos conférenciers de bien vouloir allumer leurs caméras, et pour lancer ce forum, je vais donner la parole au professeur Serge Jolicœur, qui est président du Comité des francophones de l'ACPPU. M. Jolicœur.

Serge Jolicœur: Merci Karl. Bonjour à toutes et à tous. Au nom du Comité des francophones de l'ACPPU, je vous remercie de vous joindre--

Karl: Activez votre micro M. Jolicœur.

Serge: Est-ce que maintenant, vous m'entendez?

Yves Frenette: Oui.

Serge: [rit] M'entendiez-vous tout à l'heure?

Stéphanie Chouinard: Oui.

Yves: Moi, oui.

Karl: Allez-y maintenant [rit]

Serge: Okay. Oui, je vous souhaite la bienvenue au nom du Comité des francophones de l'ACPPU, et d'autant qu'on est en nombre intéressant aujourd'hui. D'abord et avant tout, comme tous les événements qui sont tenus par l'ACPPU, et bien que la présente réunion soit virtuelle, je tiens à rappeler que nous accomplissons tous et toutes notre travail, académique ou autre, sur des territoires autochtones des Premières Nations, et des métisses. Si certains d'entre eux sont régis par des traités, d'autres n'ont jamais été cédés, et je vous demande donc de réfléchir aux conditions dans lesquelles nous occupons ces espaces aujourd'hui. Je tiens à remercier celles et ceux qui ont rendu possible ce forum. Évidemment, Stéphanie Chouinard, Jean-Charles Cachon et Yves Frenette, bien sûr, mais aussi le personnel de l'ACPPU, tout particulièrement Karl Bélanger et Marcel Roy, mais aussi tous les autres employés de l'ACPPU qui travaillent dans l'ombre. Les membres aussi du Comité des francophones qui ont entrepris avec enthousiasme la préparation de cet événement en décembre dernier, à l'invitation du directeur général David Robinson. Pour replacer finalement l'organisation de ce forum dans son contexte, rappelons que la pandémie, si elle n'était pas arrivée, nous serions aujourd'hui aux premiers jours de la quatrième conférence des francophones de l'ACPPU, dont le thème devait être « Comment assurer l'avenir du fait français dans nos universités et collèges ? » Malheureusement, c'est un thème d'actualité. Par ailleurs, depuis sa formation en 2005, le comité des francophones s'inquiète des conditions de travail des membres francophones de l'ACPPU, et plus largement des conditions dans lesquelles sont offertes les programmes collégiaux et universitaires en français, en contexte minoritaire, dans des universités francophones, dans des universités bilingues, mais aussi l'enseignement du français et les conditions de travail des membres francophones qui travaillent dans des universités anglophones. Ces termes devaient se retrouver dans la conférence, plus particulièrement la recherche d'action à prendre par les associations locales et provinciales pour assurer le maintien et la bonification de l'importance et de la qualité de l'offre postsecondaire en français au Canada. Lors de la réunion du Comité des francophones en août 2020, les nouvelles en provenance de Sudbury et d'Edmonton ont pris le dessus sur l'ordre du jour qui avait été prévu. Un sentiment d'urgence a été ressenti par le comité, et une série d'actions ont été proposées à l'exécutif de l'ACPPU, notamment la tenue d'un webinaire qui a eu lieu le 26 novembre sur la riposte des associations francophones dans le contexte d'adversités trop souvent vécues. À cette occasion, Guillaume Durou, du Campus Saint-Jean, et Roger Leblanc, de l'Université de Moncton avaient pris la parole. C'est en fait dans ce contexte d'urgence, voire d'incrédulité, étant donné l'évolution de certains des dossiers, que nous vous proposons dans ce forum aujourd'hui. Voilà Karl.

Karl: Merci Serge. La table est bien mise pour la discussion. J'aimerais d'abord accueillir tous les participants, ceux qui se joignent à nous. Il y a beaucoup de collègues du réseau universitaire à travers le pays, mais il y a également des gens qui viennent d'autres milieux-- Je souligne leur présence, des gens de la colline parlementaire, des gens de différents gouvernements, des gens du Commissariat aux langues officielles, et certains représentants des médias également. On vous souhaite la bienvenue à ce forum, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. La francophonie universitaire canadienne était déjà sur une trajectoire alarmante avant l'arrivée de la Covid-19. La pandémie a contribué à exacerber les pressions sur l'enseignement universitaire francophone, en milieu minoritaire particulièrement, la situation passant d'urgence à extrême urgence. Ce forum portera une analyse du contexte préliminaire qui a mené à cette situation, les impacts de la pandémie sur l'offre et la demande d'enseignement postsecondaires en français, ainsi que les perspectives d'avenir pour la francophonie universitaire canadienne, considérant l'ambiance politique volatile, les contextes budgétaires actuels à travers le pays.

Pour explorer cette problématique, aujourd'hui nous sommes ravis d'être rejoints par trois experts exceptionnellement qualifiés. M. Yves Frenette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les migrations, les circulations et les communautés francophones à l'Université de Saint-Boniface, M. Jean-Charles Cachon, secrétaire et trésorier de l'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne, professeur titulaire de stratégie des organisations à la faculté de gestion de l'Université Laurentienne de Sudbury, et Stéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal et à l'Université Queen's à Kingston. Spécialiste de politique canadienne, ses recherches portent sur les langues officielles, le fédéralisme et la politique judiciaire. Merci à nos panélistes d'avoir accepté notre invitation. Avant de passer à vos présentations, commençons par une petite question pour briser la glace. C'est le printemps qui s'en vient, alors brisons cette glace. À tour de rôle, je vous demanderais une courte réponse sur la question suivante : « Au cours de cette pandémie, qu'est-ce qui a été le plus décourageant, et qu'est-ce qui a été le plus encourageant ? » Je commencerais peut-être d'abord avec vous, Mme Chouinard.

Stéphanie: Bonjour et merci d'être là tout le monde. Je suis très heureuse de vous voir, puis merci pour cette question. La chose la plus décourageante, d'un point de vue de prof, ça serait d'enseigner à des boîtes noires, surtout dans mes grands cours, où tous mes étudiants ne pouvaient pas allumer leurs caméras, donc le plus décourageant, c'est à quel point je m'ennuie d'enseigner en classe et d'avoir l'énergie des étudiants avec moi quand j'enseigne. Le plus encourageant-- D'un point de vue personnel, habituellement, je faisais la route entre Kingston et Toronto au moins deux fois par semaine puisque ma famille est à Toronto, mais mon travail est à Kingston. Donc ça a été très encourageant de voir que mon mariage tient bon après un an de vivre ensemble 24 heures par jour, 365 jours ou presque par année, parce qu'habituellement on n'a pas la chance de se voir autant.

Karl: [rit] Merci, Mme Chouinard. M. Yves Frenette, à votre tour.

Yves: Ce qui a été le plus décourageant pour moi, ça a été de voir des gouvernements-- Je pense à deux gouvernements de l'Ouest, en Alberta et au Manitoba qui, en dépit de cette pandémie, de cette catastrophe-- C'est une catastrophe je pense, qui ont utilisé la pandémie comme prétexte pour essayer d'avancer leur agenda anti-intellectuel, anti-universitaire de vouloir transformer les universités en écoles de métiers. Par contre, ce qui a largement compensé ça, c'est la résilience, l'imagination de mes collègues-- Pas seulement mes collègues de Saint-Boniface, mais mes collègues d'ailleurs, qui ont relevé le défi avec brio. Je savais que collectivement, on relèverait le défi au début de la pandémie, mais je ne pensais pas qu'on aurait à le relever si longtemps, et je ne pensais pas qu'on leur relèverait si bien. Je pense particulièrement à mes collègues qui ont de jeunes familles, qui sont obligés de concilier travail/famille à la maison avec le télétravail, qui enseignent deux ou trois cours. On a montré beaucoup de résilience et ça, c'est très encourageant.

Karl: Merci Yves. Maintenant à votre tour, Jean-Charles Cachon. Qu'est-ce qui a été le plus encourageant et le plus décourageant au cours de cette pandémie ?

Jean-Charles Cachon: Le plus encourageant, j'avoue que ça a été le comportement des étudiants dans les cours. J'ai eu l'occasion d'avoir des classes où j'avais des gens qui étaient dans l'Océan indien, en Afrique, un peu partout au Canada, et c'était de voir la présence des étudiants. Je craignais d'avoir des classes peu fréquentées et en réalité, les gens venaient en classe. Sur une classe de 34 par exemple, dans un cours de stratégie, j'ai presque toujours entre 28 et 32 personnes présentes à chaque séance de cours, ce que j'ai trouvé assez impressionnant et les gens participent. Je m'étais dit : « Si j'arrive à en faire une conversation, ça va fonctionner. » et c'est exactement ça qui se passe. Vraiment, c'est un plaisir de travailler avec eux. Ce que j'ai regretté un peu, c'est que dans un cours où j'ai beaucoup de premières années, là c'est plus difficile parce que c'est leur premier contact avec l'université. Je trouve ça un peu-- Pour moi en tout cas, là encore, j'ai eu une bonne participation mais —

Maintenant, je rejoins ce que vient de dire Yves Frenette, le comportement du personnel gouvernemental que j'ai eu l'occasion de rencontrer pas plus tard que ce dernier lundi est absolument lamentable. Ce sont des gens qui se comportent vraiment de façon tout à fait inacceptable donc on va évidemment prendre les mesures qu'il faut. Ça, bien sûr c'est au-delà du fait que nous avons des administrateurs universitaires qui ont tiré un trait sur la francophonie il y a déjà longtemps, mais je pourrais m'étendre beaucoup plus là-dessus tout à l'heure.

Karl: Merci Jean-Charles Cachon. Voilà, la glace est brisée. Nous pouvons amorcer cette discussion qui sera, à mon avis, fort intéressante. Je laisse immédiatement la place aux présentations de nos panélistes. Vous êtes venus les entendre. Nous allons commencer avec M. Yves Frenette, qui est de la Chaire de recherche du Canada sur les migrations, les circulations et les communautés francophones à l'Université de Saint-Boniface. Yves Frenette, c'est à vous.

Yves: Merci de m'avoir invité. On m'a donné le rôle de faire un survol de la situation. Déjà, on a amorcé cette discussion avec ce qu'ont dit mes collègues, ce qu'a dit Serge, ce qu'a dit Karl, ce qu'on dit M. Cachon et Mme Chouinard. Je rappelle-- Et je m'excuse si je vous rappelle des choses que vous vous connaissez. D'abord, il faut rappeler que les francophonies canadiennes à l'extérieur du Québec sont desservies par 15 institutions universitaires, dont seulement cinq sont autonomes et entièrement de langue française. La pandémie, Karl l'a dit tout à l'heure, ça a exacerbé les problèmes présents, les attaques croissantes contre les missions des universités, l'autonomie des universités, le manque de transparence des administrations, l'indifférence et l'hostilité croissante je pense. On est dans un moment difficile, au Canada contre le fait français et je rappelle qu'à l'exception de l'Université d'Ottawa, les francophones sont desservis par de petites institutions, des institutions de petite taille qui doivent offrir une panoplie de cours et qui sont depuis très longtemps sous-financées. L'enjeu majeur, on en a parlé beaucoup dans les médias, c'est la question des étudiants internationaux. Ce n'est pas seulement dans les francophonies minoritaires, c'est au Québec, c'est au Canada anglais aussi. Peut-être qu'il en existe une ; je n'ai pas vu d'étude d'ensemble-- Ça va venir j'imagine, sur la situation. La situation, elle varie d'une institution à l'autre alors il faudra apporter beaucoup de nuances et peut-être certains d'entre vous auront des témoignages là-dessus tout à l'heure, lors de la période de discussion et de questions. On peut prendre pour acquis que dans la majorité des institutions francophones, le nombre d'étudiants internationaux a diminué, ce qui entraine un manque à gagner. Par exemple, ce sont les étudiants qui sont le plus souvent en résidence universitaire, qui fréquentent la cafétéria, et cetera. Donc c'est un problème majeur. Il est trop tôt pour évaluer l'impact de cette diminution d'étudiants internationaux sur les différentes communautés francophones. Comme vous le savez, depuis quelques années, il y a un lien entre la présence d'étudiants internationaux et l'immigration francophone dans les communautés en situation minoritaire. Il est trop tôt pour voir et pour constater quels sont les problèmes pour la diversification, la diversité dans ces communautés francophones. C'est quelque chose qu'on va être capable d'évaluer probablement seulement à la fin de la pandémie.

Un autre problème que j'ai noté-- Pas à mon institution, mais je l'ai noté dans d'autres institutions, c'est que certaines universités ont eu comme réflexe de couper dans les fonds pour la recherche. À court terme, ça paraît comme la solution idéale : la recherche, c'est le gras d'une institution, mais c'est un très mauvais réflexe. Toutes les institutions francophones sont présentement dans une situation de fragilité. Il y a quand même des points chauds. J'en ai identifié trois, points chauds, mais peut-être que si on se rencontrait dans un mois ou dans un mois et demi, il y aurait des points chauds qui s'ajouteraient.

Le premier point chaud c'est la Laurentienne, bien sûr et je ne commenterais pas. Je vais laisser M. Cachon en parler. On a évoqué tout à l'heure la situation au campus Saint-Jean d'Edmonton. Je vous le rappelle : compression budgétaire drastique à l'Université de l'Alberta dont le campus Saint-Jean est une faculté, coupure gouvernementale-- Les problèmes de l'Université de l'Alberta, c'est en grande partie les restrictions budgétaires et les coupures du gouvernement albertain.

Au printemps dernier, vous vous en souviendrez, l'association canadienne française de l'Alberta a lancé une campagne pour sauver Saint-Jean. Depuis ce temps-là, il y a eu restructuration à l'Université de l'Alberta, une restructuration qui a créé pendant l'été et pendant l'automne beaucoup d'angoisse et beaucoup d'incertitude. Finalement, en décembre, on a su quelle était en fait cette restructuration. On regroupe à l'Université de l'Alberta, grande université, on regroupe 13 facultés en trois grands collèges avec trois doyens exécutifs qu'on appelle couramment des « super-doyens ». Si eux sont « super », je ne sais pas ce que sont les autres doyens. Il y a trois petites facultés, dont le campus Saint-Jean, qui ne sont pas intégrées dans cette grande structure. À court terme, la bonne nouvelle c'est que le campus Saint-Jean conserve son autonomie mais il se pose encore beaucoup de questions. Est-ce que le campus Saint-Jean, étant à l'extérieur de cette nouvelle structure, va pouvoir se développer ? Est-ce que son existence est menacée ? Parce que dans cette super-structure avec les trois collèges regroupant les facultés, le campus va se retrouver à l'extérieur du budget et va se retrouver à l'extérieur de la structure de pouvoir. C'est intéressant que dans les consultations qui ont eu lieu tout l'automne, je pense que le campus Saint-Jean n'a pas été mentionné une fois lorsqu'il y avait des consultations à l'intérieur des autres facultés.

Finalement, le troisième point chaud, vous vous en doutez bien, c'est l'Université de l'Ontario français qui est née, mais qui n'a pas encore d'étudiants. On apprenait que-- Les chiffres qu'on nous a donné, qu'il y avait seulement 47 candidats qui avaient fait une demande d'admission pour septembre prochain. On en espérait 180. Pour des raisons personnelles, le recteur qui était en poste depuis six mois seulement, a démissionné. Il y a lieu de s'inquiéter de la situation à l'Université de l'Ontario français, mais je ne pense pas qu'il y ait lieu de paniquer dans ce cas-ci parce que les demandes d'admission ont augmenté un petit peu depuis ce temps-là. Il faut se rappeler qu’en raison de la décision du gouvernement Ford en 2018 de se retirer du dossier et de couper les fonds qui étaient promis à l'Université de l'Ontario français, ça a créé une crise de confiance d’abord-- Quand on a une université qui se retrouve dans les médias avec des problèmes comme ça et surtout, ça a ralenti beaucoup le processus de mise en œuvre. Le gouvernement fédéral est intervenu, mais il y a eu un retard énorme qui a été pris par l'Université de l'Ontario français. Pour emprunter une expression anglaise, l'Université en l'Ontario français a vu le jour avec un revolver sur la tempe. Ils n’ont pas eu le temps de faire une étude de marché pour savoir si les programmes qu'ils ont créés étaient des programmes qui auraient la cote chez les étudiants potentiels. Ces quatre programmes ont été approuvés seulement en octobre dernier, ce qui fait que l'université n'avait pas le droit d'annoncer ces programmes.

J'aimerais rappeler qu’en milieu minoritaire, une nouvelle institution, c'est rare. Il y a des exceptions, mais c'est rare que ça connaît un succès immédiat. Il faut vraiment donner la chance aux coureurs. Si l'année prochaine, on se retrouve dans la même situation, là, je pense qu'on aurait lieu de s'inquiéter beaucoup. On nous parle d'un programme en éducation à l'élémentaire en 2022. Ça, c'est à peu près certain que c'est un programme gagnant. Je pense que l'Université de l'Ontario français, présentement pourrait émerger de cette crise-là, mais le problème, c'est qu'il y a des gens-- Anglophones, mais il y a des francophones aussi, il y a des Franco-Ontariens, qui souhaitent que cette université ne voie pas le jour.

En terminant, que faire ? J'essaie seulement de vous donner une liste de quatre pistes de solution, et je pense que Stéphanie va vous en parler davantage tout à l’heure. D’abord, c'est à peu près évident qu'avec le problème des universités francophones qui a été exacerbé par la pandémie, il faut une intervention fédérale de l'enseignement supérieur en français au Canada, à l'extérieur du Québec. Je dirais que cette intervention fédérale devrait s'accompagner d'une incitation très forte pour les universités francophones pour qu'elles collaborent davantage, qu'elles établissent une véritable collaboration interuniversitaire. Il y a des choses qui sont faites, mais ce n'est pas assez et l'ACUFC a un rôle important à jouer. Il va falloir qu'il y ait un soutien du Québec à définir. En Ontario, si la Laurentienne sabre dans ses programmes en français, ils pourraient être récupérés par l'Université de l'Ontario français. Ce serait un pas de fait vers une université de langue française multi-campus en Ontario qui est demandée depuis longtemps. Finalement, nous avons besoin de leaders universitaires. Nous avons besoin de recteurs. Particulièrement dans le cas d'une nouvelle université comme l'Université de l'Ontario français, mais dans les autres institutions aussi. Nous avons besoin de recteurs et de rectrices qui ne sont pas de simples gestionnaires, qui sont vraiment des champions et des championnes de leur institution, qui vont être présents dans les médias, qui vont être présents dans les communautés, des visionnaires qui connaissent bien le milieu minoritaire. À la Laurentienne et à l’Université d'Ottawa, je pourrais vous nommer 10 ou 12 collègues qui correspondraient bien à ces critères. Merci beaucoup.

Karl: Merci Yves Frenette. Une présentation très intéressante, un survol très informatif de la situation. On voit déjà des solutions poindre à l'horizon, mais certainement beaucoup de questions qui demeurent. Pour aller peut-être plus en profondeur, on a pensé inviter quelqu'un qui vivait cette réalité-là présentement à l'Université Laurentienne, Jean-Charles Cachon, qui est trésorier de l'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne. Pour vous expliquer ce qui se passe là-bas et quels sont les impacts sur les professeurs, sur les étudiants, sur la communauté, je passe la parole à M. Cachon.

Jean-Charles: Merci bien. Je vais vous exposer brièvement ce qui s'est produit depuis l'année dernière. Je voudrais d'abord mentionner que je partage l'analyse que vient de faire M. Frenette. Cependant, la réalité des choses, telle que je l'ai vécue à l'Université Laurentienne où je suis depuis 1983-- Dans les années 80, on a cherché à réformer la situation lorsque la Loi sur les services en français a été promulguée en 86. Il y avait un certain nombre de rapports qui avaient été publiés à cette époque-là, aussi bien à l'Université d'Ottawa qu'à l'Université Laurentienne, où on préconisait une certaine autonomie des programmes en français et on recommandait également une autonomie budgétaire. Donc à la fois une autonomie du côté des programmes, mais aussi budgétaire.

Il y a un certain nombre de départements à l'Université Laurentienne qui ont commencé à fonctionner d'une manière bicamérale, francophone/anglophone. Ça a fonctionné dans un certain nombre de départements. Malheureusement, très rapidement, le bureau du recteur a repris la main, a repris le contrôle sur le plan budgétaire et finalement, à partir de l'époque 89-90, ce qui avait été un rêve relativement éphémère a été complètement balayé. Il y a eu à cette époque-là quand même un financement accru des programmes en français qui a fait qu’on a vu à la Laurentienne se développer des nouveaux programmes dans un certain nombre de départements, notamment dans les sciences. Je pense par exemple chimie, biochimie. Plus tard, lorsque la faculté de médecine a été créée et a servi d’ombrelle à la nouvelle École de médecine du Nord de l'Ontario qui a ouvert ses portes en 2005, on a maintenu un certain nombre de cours de biologie, de chimie et d'autres cours qui étaient exigés par la faculté de médecine. Par contre, il est devenu de plus en plus difficile, au fil des années, de terminer des programmes en français dans les domaines en particulier des sciences. On se retrouve dans la situation actuelle, c'est à dire où premièrement, l'année dernière, le vice-recteur de l'Université Laurentienne annonçait, sans consultation, du jour au lendemain, le 30 juillet, la suppression ou la suspension de 17 programmes et sur ses 17 programmes, neuf programmes en français. Pour ne pas les nommer on parle par exemple d'étude de l'environnement, on parle des trois programmes de mathématiques qui font partie du programme d’étude des gens qui étudient en éducation dans les domaines mathématiques et sciences, le programme de géographie, le programme de spécialisation en théâtre-- Ça veut dire qu’il reste encore un programme de théâtre, mais pas celui de spécialisation, un programme d’administration des ressources humaines, alors que la région de Sudbury regorge d’entreprises qui embauchent dans ce domaine-là, donc ça n’a absolument aucun sens, un programme de leadership de plein air qui aide à former notamment des enseignants en éducation physique pour le système scolaire et un programme de maîtrise en kinésie humaine qui, lui aussi, amène à des carrières dans les domaines de l’éducation en français, donc là encore une autre décision qui n’a ni queue ni tête.

Par ailleurs, sur le plan syndical, ça faisait déjà plusieurs années que l’administration attribuait au corps professoral la responsabilité de tous les problèmes financiers de l’Université Laurentienne. En particulier, une masse salariale trop importante, trop de postes, donc on a commencé au milieu des années 2010 à éliminer des postes par attrition au point où, à l’heure où nous nous parlons, nous avons 345 postes à temps plein qui nous restent sur les 396 que nous avions en 2008. Pour vous donner une idée, parallèlement, le nombre de postes avec des salaires supérieurs à 100 000 $ du côté des administrateurs universitaires est passé de 27 à 67 entre 2010 et 2019. Le nombre total de postes de cadres, donc de gestionnaires universitaires à l’Université Laurentienne est de 121 personnes et on a à peu près 276 membres du personnel de soutien, donc on a un peu plus de deux personnes de soutien qui correspondent à un administrateur gestionnaire. Si vous faites le total, évidemment, vous avez un nombre beaucoup plus élevé d’administrateurs et de personnels de soutien que de professeurs à l’Université Laurentienne.

Ce qui est intéressant, c’est qu’en réalité, quand on s’est réveillé le 1er février avec la bombe qui a été lancée par l’administration, qui consistait à nous placer en dessous de ce chemin de fer qui est la loi sur les accords avec les créditeurs, ce qu’on nous a révélé à ce moment-là, c’était qu’il n’y avait pas du tout le problème qui était mentionné avant. C'est-à-dire que ce n’était pas un problème de dette, c’était un problème de gestion de la trésorerie. La gestion de la trésorerie, dans les entreprises où j’ai eu l’occasion de travailler quand j’étais plus jeune-- J'ai notamment travaillé chez L’Oréal à une époque comme adjoint à la direction financière et je peux vous dire que la gestion de la trésorerie, c’est une activité qui est extrêmement technique, qui demande des compétences en finance assez particulières et je vous dis tout de suite, ce n’était pas moi qui m’occupait de la gestion de la trésorerie, [rit] sinon cette entreprise-là serait probablement plus là depuis longtemps. Essentiellement, il y a eu un problème de compétences très sérieux qu'on nous a caché pendant toute la période de la dernière année et, en réalité, c’est l’enquêteur, M. Harrison, qui a été nommé par le ministère à la fin janvier-- C’est ce M. Harrison qui a laissé couler dans la presse, par le biais de la presse canadienne, l’information selon laquelle la Laurentienne avait demandé 100 millions au gouvernement de l’Ontario en décembre 2020, en précisant que 50 millions allaient servir à payer des primes de départ. La réponse du gouvernement au mois de janvier avait été qu’on mettait 12 millions sur la table pour que la Laurentienne puisse essentiellement faire la paie en février-mars et payer la plupart de ses factures jusqu'à la fin mars. Pendant ce temps-là, le ministère attendrait d'avoir le rapport de M. Harrison pour prendre une décision fin mars ou quelque part au mois de mars pour décider quoi faire avec le financement de la Laurentienne.

L'administration de la Laurentienne a refusé cette offre d'après ce qu'on a compris. Il semblerait que ce refus a été associé à une recommandation qui aurait émané d'un certain nombre de personnes au gouvernement provincial, sans qu'on en sache plus. On continue nous-mêmes à essayer de savoir qu’est-ce qui se passe. On va probablement finir par le savoir. Toujours est-il que cette procédure est de toute évidence tout à fait antisyndicale puisqu’elle nous prive du droit de grève, premièrement. Deuxièmement, elle nous prive du droit de ratifier une convention collective. Ce que ça veut dire, c’est que nous avons des représentants qui sont en partie le président de l'APUL et la directrice générale de l'APUL qui nous représentent avec des avocats. Là, je remercie notamment l'ACPPU qui finance une équipe d'avocats spécialisés dans cette procédure d'insolvabilité, premièrement et deuxièmement, une équipe d'experts financiers dont le rôle est d'essayer d'arriver à obtenir l'information financière que nous n'arrivions pas à obtenir en tant que syndicat de la part de l'administration, donc, de nous appuyer, dans une négociation qui est secrète, qui se tient à huis clos, qui est assortie d'une clause de confidentialité absolue où nos négociateurs n'ont pas le droit de mentionner quoi que ce soit, même dans des réunions habituellement confidentielles du conseil d'administration ou encore du comité de direction du syndicat. Nous sommes assujettis à cette situation-là, alors que ce qui est très bizarre, c'est qu’hier on a reçu l'annonce que le Conseil des gouverneurs de la Laurentienne se réunit mardi 2 mars à 19 heures pour discuter de la procédure LACC. Ce qui nous a extrêmement surpris puisque nous n'avons pas le droit, en tant que syndicat, de tenir ce genre de réunion. Il semblerait que l'employeur encore une fois, a des droits que nous n'avons pas en dessous de cette procédure très particulière.

Voilà en gros où nous en sommes. Bien sûr, j’ai beaucoup d'autres informations s’il y a des questions plus précises par la suite. Merci.

Karl: Merci Jean-Charles Cachon. Vous avez eu droit maintenant à un portrait sur le terrain d’une situation très précise qui se déroule à l'Université Laurentienne. Vous avez eu le survol de ce qui se passait à travers le pays. Analysons ça plus en profondeur maintenant avec Stéphanie Chouinard, du Collège royal militaire et de l'Université Queen's de Kingston. Stéphanie Chouinard, qui va nous faire son analyse de ce qui se passe au niveau politique dans les provinces, mais également on va parler du fédéral peut-être, pour pouvoir en savoir plus sur ce qui pourrait être fait de la part du fédéral. Stéphanie Chouinard, à vous.

Stéphanie: Merci. Premièrement, merci à mes deux collègues pour leurs réflexions pertinentes. Que dire après ces deux collègues-là ? Il y a quand même quelques trucs sur lesquels j'aimerais m'appuyer, notamment certains des éléments qu'Yves a soulevé et certains ajouts sur lesquels j'aimerais revenir. La situation politique actuellement-- Vous savez que la question linguistique, première des choses, c’est une compétence accessoire dans la fédération canadienne. Ça veut dire qu'à la fois, le fédéral et le provincial peuvent se mêler des questions linguistiques dans leur propre domaine de compétence. Sauf qu’évidemment le gouvernement fédéral a toujours la carte supplémentaire dans sa manche, qui est le fameux « pouvoir de dépenser ». Donc on a une tension actuellement entre un gouvernement fédéral qui se veut généralement bienveillant envers les minorités de langues officielles-- On verra jusqu'à quel point et surtout jusqu'à quel point les poches sont profondes au sortir de la pandémie, je vais y revenir, mais un gouvernement qui se veut généralement bienveillant, qui veut à certains égards, on l'entend souvent se faire le champion des langues officielles et des minorités francophones et des provinces qui sont plus ou moins bienveillantes à l'égard de leurs minorités de langues officielles respectives. On fait face à un spectre sur le spectre de la bienveillance.

Pour revenir sur certaines provinces en particulier je vais commencer chez nous, en Ontario. La communauté franco-ontarienne est un peu un chat échaudé depuis 2018 et Yves en a parlé tout à l'heure, la fameuse crise de novembre 2018, « le jeudi noir » en Ontario français. Ce qu'on voit actuellement, ce que je vois depuis Toronto lorsque je regarde Queen's Park, c'est qu'on a un gouvernement qui tente de regagner la confiance de la communauté, qui s'est rendu compte très rapidement qu'il avait fait une énorme erreur en mettant la clé dans la porte d'une institution dont la communauté franco-ontarienne rêvait depuis les années 70 et qui a fait marche arrière jusqu'à un certain point. Il faut quand même se souvenir que dans le cas de l'Université de l'Ontario français, il y a certaines balises qui sont à considérer. D'une part, cette institution-là, elle est financée pour les quatre premières années de sa vie par le gouvernement fédéral. Est-ce que le provincial va tenir son bout de l'entente si la situation ne s'améliore pas du point de vue notamment des inscriptions ? Comme l'a mentionné Yves tout à l’heure, les quatre programmes qui ont été mis sur pied se sont fait donner le feu vert par le gouvernement sur le tard, mais il y a aussi eu-- Je suis dubitative du point de vue de ces programmes-là parce que leur compréhension, leur utilité, leur arrimage vis à vis de ce qu'espérait la communauté franco-ontarienne de cette institution-là manquent. À mon avis, ça ne répond pas nécessairement aux besoins ni aux souhaits de la communauté. D'un autre côté, il faut comprendre aussi que cette institution, qui est en train de voir le jour, à les mains liées et ne peut pas dédoubler des programmes qui existent déjà. Ça limite sérieusement sa capacité à créer des nouveaux programmes. On verra dans les prochaines années ce qui se passera avec l'UOF, avec ces inscriptions mais dans quelques années, si ce n'est pas le gouvernement libéral qui est toujours au pouvoir à Ottawa, je ne saurais dire ce que seraient les conséquences si le gouvernement de l'Ontario décide de mettre la clé dans la porte, de ne pas tenir son bout de l'entente de financer les quatre années qui suivent pour l'Université de l'Ontario français.

Comme on en a parlé, en Alberta, il y a l'argument économique qui est utilisé un peu partout au pays, on ne va pas se le cacher. On sait que les minorités de langues officielles, surtout la communauté francophone, fait souvent les frais des programmes d'austérité économique et en Alberta, on a franchement les deux pieds dedans. Je reviendrai sur la situation du campus Saint-Jean dans quelques minutes mais c'est vraiment ça l'argument sous-jacent à ce qui se passe en Alberta.

Au Nouveau-Brunswick, on en parle un peu moins, mais on sait que l'Université de Moncton, sans être dans une situation financière de l'ordre de celle qu'on retrouve à l'Université Laurentienne, on sait qu'il y a des inquiétudes. Du point de vue du gouvernement provincial, on fait face à de sérieux défis. On a un premier ministre, le premier ministre Blaine Higgs, qui est, pour ceux qui ne le sauraient peut-être pas déjà, un ancien membre d'un parti ayant comme seul élément d'une plateforme électorale l'abolition des deux langues officielles dans la province, le Confederation of Regions. Bien que M. Higgs ait renié ce passé politique qui est le sien, on se rend quand même compte de par ses actions et surtout par ses silences à certains égards, que la question des langues officielles, ça l'ennuie, voire que c'est une question qu'il méprise un peu. On l'a vu dans son traitement notamment des Jeux de la Francophonie internationale qui auraient dû être tenus à Moncton. On le voit dans son traitement de la modernisation de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick actuellement. Par contre-- Et ça, ça fait partie des bonnes nouvelles, parce qu'il en faut quand même un peu, le régime linguistique du Nouveau-Brunswick reste le plus fort au pays en termes de protection vis-à-vis de la communauté et de ses institutions. Le régime linguistique néo-brunswickois est plus fort même que le régime fédéral, ce qui veut dire que, à mon avis, le gouvernement provincial ne pourrait pas tout bonnement sabrer dans le budget de l'Université de Moncton, à moins de sabrer dans le budget de toutes les autres universités anglophones de la province par la même occasion. Sinon, il y aurait un sérieux cas à faire devant les tribunaux en vertu de la Loi sur l'égalité des communautés linguistiques.

D'autres bonnes nouvelles-- Et là on tombe un peu dans le registre du possible. Première des choses, j'aimerais revenir quelques minutes sur le litige entre l'ACFA et le gouvernement de l'Alberta à l'égard du campus Saint-Jean. Ce litige-là repose sur deux arguments de la part de la communauté franco-albertaine : d'une part, le contrat qui a été signé entre les Oblats, qui étaient à l'époque propriétaires du terrain et des édifices du campus Saint-Jean et qui ont géré le campus Saint-Jean pendant de nombreuses années et le gouvernement de l'Alberta selon lequel les Oblats acceptaient de transférer la propriété du campus Saint-Jean au gouvernement de l'Alberta tant et aussi longtemps que le gouvernement de l'Alberta prendrait bien soin de leur bébé qui était le campus Saint-Jean. Dans ce qui se passe actuellement, il y a un cas à faire sur une base contractuelle, c’est-à-dire que le gouvernement n'est pas en train de remplir ses obligations.

L'autre élément, le deuxième élément de l'argument qui va être présenté devant les tribunaux-- C'est là où ça peut devenir très intéressant, pas seulement pour le campus Saint-Jean, mais où ça pourrait avoir des répercussions un peu partout au pays, c'est l'argument qui sera bâti à partir de l'article 23. Pour ceux d'entre vous qui n'avaient pas entendu parler de cet argumentaire-là, vous allez peut-être sourciller un petit peu, en disant : « Attend un peu, fille, l'article 23, ça s'arrête après l'école secondaire. », mais l'argument qui pourrait être fait autour de l'article 23 de la Charte qui protège l'éducation, l'instruction dans la langue officielle de la minorité partout au pays depuis 1982, c'est que pour être en mesure d'assurer qu'il y ait des enseignants, qu'il y ait des professionnels qui donnent vie à nos institutions d'éducation en langue française, en francophonie canadienne, ça prend des institutions postsecondaires pour les former. Donc, il y aurait un argument à faire autour de l'article 23 comme quoi certains programmes universitaires qui seraient fondamentaux au bon fonctionnement du système scolaire de la maternelle à la douzième année, devraient être aussi couverts par l'article 23. On tente de tirer l'élastique de l'article 23 ici. On verra si le litige, si les juges décident de reconnaître cet argument-là comme étant valable. Si c'était le cas, ça donnerait une corde de plus à l'arc de plusieurs institutions postsecondaires francophones dans le pays. Donc ce qui se passe, le litige devant les tribunaux à l'égard du campus Saint-Jean, c'est important de le suivre, pas seulement parce qu'on veut évidemment préserver le campus Saint-Jean et s'assurer que son avenir sera meilleur que celui des dernières années, parce que la situation financière au campus Saint-Jean, elle ne date pas d'hier, mais parce qu'il pourrait y avoir un rayonnement de cette décision-là un peu partout au pays.

On n'est pas certains, par contre, de ce que ça voudrait dire pour les campus bilingues. Ça, c'est une question qui restera peut-être à élucider un peu plus tard. Ce point de vue de la Laurentienne, il y a aussi peut-être un argument légal à faire ici en vertu de la Loi sur les services en français de l'Ontario, puisque la Laurentienne s'est assujettie, s'est désignée en vertu de la Loi sur les services en français. Les programmes français de la Laurentienne pourraient être protégés en vertu de la LSF donc il faudra peut-être tester cet argument-là afin d'empêcher les programmes universitaires d'être abolis en vertu de cette désignation-là.

Ça m'amène au fédéral. Vous l'avez peut-être très certainement vu, depuis une semaine il y a un regain d'intérêt envers la question des langues officielles au fédéral, depuis que la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a déposé son plan de réforme des langues officielles. Un plan de réforme, ce n'est encore pas un projet de loi, il faut quand même rester réaliste, mais ça émet un certain nombre d'intentions de la part du gouvernement. On sait que le plan de réforme a l'aval du premier ministre donc ça semble quand même être de bon augure. À l'intérieur de ce plan de réforme, on parle de complétude institutionnelle dans le domaine de l'éducation. Ce qu'on entend de la part du gouvernement fédéral, c'est qu'on a l'intention de soutenir un élargissement du financement dans le domaine de l'éducation au-delà de la maternelle à la douzième année, ça veut vouloir dire d'étirer l'élastique vers la petite enfance dans le domaine où depuis de nombreuses années, il y a des demandes criantes pour qu'il y ait un soutien aux jeunes familles, mais ça veut aussi vouloir dire d'étirer dans le domaine postsecondaire et donc l'intention de la ministre, si j'ai bien compris le document, ce serait de s'assurer que le financement et l'investissement dans le postsecondaire du point de vue du gouvernement fédéral, seraient plus stables et qu'ils seraient enchâssés dans la loi, c’est-à-dire que des gouvernements subséquents ne pourraient pas simplement décider de se résoudre à ne plus financer le postsecondaire à l'avenir. Au lieu d'avoir des solutions à l'emporte pièce comme on l'a vu avec l'UOF, comme on l'a vu avec la main tendue de la ministre vers le gouvernement Kenney en Alberta, il y aurait des investissements supplémentaires parce qu'on le sait le fédéral investit déjà dans le postsecondaire en français mais des investissements supplémentaires sur le long terme dans le domaine du postsecondaire.

Par contre, ça reste à voir à quoi ces investissements-là vont ressembler. Dans un contexte post-pandémique au Canada, il ne faut pas se leurrer, il va y avoir des décisions difficiles à faire. La ministre Joly va devoir tirer assez fort sur la couverte avec ses collègues au sein du cabinet pour faire des langues officielles une priorité dans le plan de relance économique parce que des besoins il va en avoir beaucoup et comme on le sait, les finances publiques actuellement ne sont pas en très bon état. Ça ne risque pas d'aller mieux avant de nombreuses années.

Aussi la possibilité d'une élection ce printemps si les vaccins le veulent et donc ce plan de réforme-là pourrait éventuellement faire son chemin vers des promesses électorales et là, ça sera notre rôle à tout un chacun en francophonie de s'assurer que cet élément-là ne soit pas oublié dans une prochaine campagne électorale et de faire entendre nos voix pour s'assurer que ce plan de réforme-là ne fasse pas mousse finalement. En conclusion, la situation actuelle elle n'est pas nouvelle, mais elle est exacerbée par le contexte dans lequel on se trouve.

Il y a des tendances lourdes, tant du point de vue du gouvernement fédéral que des provinces, mais ces tendances de fond-là existent depuis longtemps. Il y a peut-être des bonnes nouvelles à l'horizon, mais il faudra rester vigilant. Merci.

Karl: Merci Stéphanie Chouinard. Vous avez eu ces présentations. Maintenant nous allons pouvoir passer à la période de questions. Il y a beaucoup d'éléments sur lesquels on pourrait s'attarder, je vais vous passer la parole dans quelques instants. On va utiliser la fonction « Main levée. » La fonction « Main levée » qui est au bas de votre écran, soit sous l'icône des participants, soit sous l'icône des réactions. Si vous êtes utilisateur Windows, vous pouvez utiliser la touche de raccourci « Alt + Y, » pour Mac c'est « Option + Y. » Trouvez l'option « Main levée » et nous allons passer à la période des questions.

Pendant que je vous laisse faire ça, moi, j'en ai des questions pour nos panélistes. Premièrement, Yves Frenette vous avez mentionné qu'il était trop tôt peut-être pour mesurer l'impact sur les communautés francophones, quand même si vous aviez une boule de cristal qu'est-ce qui vous fait peur dans la situation actuelle pour la survie de ces communautés francophones en milieu minoritaire?

Yves: Ce n'est peut-être pas une question de survie. C'est une question d'épanouissement et de développement, mais je pense c'est davantage dans certaines communautés. Plus les communautés sont de petite taille plus la venue d'immigrants francophones, elle est importante pour ces communautés. Moi, je ne pense pas que ce soit la panacée comme on le présente souvent, mais c'est un élément important. Pour utiliser une image que Stéphanie a utilisée, ça va dépendre des vaccins.

Le plus tôt on peut se sortir de cette pandémie le plus tôt les étudiants internationaux vont revenir parce que n'oublions pas que les étudiants internationaux ils ont des choix, ils ont beaucoup de choix et puis ce n'est pas seulement au Canada, ils ont des choix en Europe. J'hésite à le dire, heureusement pour nous, la situation, elle est dramatique en Europe et elle est peut-être pire dans certains pays, en France notamment, qu'au Canada. Il va falloir que nos institutions travaillent très, très fort pour aller rechercher ou aller chercher de nouveaux étudiants francophones à l'international, parce qu’ils jouent dans les communautés qui ne sont --, On ne parle pas de Toronto, mais dans des communautés qui sont en voie de diversification, mais où il y a encore beaucoup de place, leur rôle il est essentiel.

Karl: Merci beaucoup. Monsieur Jean Charles Cachon, il y a une question sur le clavardage qui vient de Laura Pelletier qui demande quelles mobilisations collectives à travers le Canada peuvent être faites en soutien à ce qui se passe à la Laurentienne est en lien avec leur sortie du document de réformes pour soutenir l'éducation postsecondaire français au Canada ? Monsieur Cachon, et si d'autres veulent intervenir je vais vous passer la parole également.

Jean-Charles: Je vous remercie d'abord de poser la question, j'étais sur le point de commencer à répondre dans le chat, mais ça va être beaucoup plus facile de vive voix. Hier, j'ai eu avec quelques collègues l'occasion d'avoir une conversation assez longue avec un de nos amis de longue date qui est organisateur et ancien organisateur syndical, on est en train de préparer un certain nombre de lettres modèles qui vont servir à alimenter une campagne qu'on va essayer de lancer tous azimuts dans l'ensemble du milieu syndical canadien.

À partir du Congrès du travail du Canada tout en haut, en passant par les fédérations provinciales comme la Fédération du travail de l'Ontario, dont nous sommes d'ailleurs membres. Nous sommes aussi membres du Conseil du travail du Canada via le SNACPPU, qui est le Syndicat National de l'ACPPU, qui regroupe toutes les associations syndiquées au pays. Nous avons l'intention de toucher l'ensemble des syndiqués canadiens et aussi l'ensemble des membres individuels de l'ACPPU, donc l'ensemble des professeurs, avec essentiellement le message selon lequel ce qui se passe à la Laurentienne ce n'est pas simplement le canari dans la mine.

C'est la cantine de la mine, c’est-à-dire la lunchroom qui est déjà en train de brûler. Essentiellement, on est tous dans cette mine et on est tous menacé de près ou de loin par ce qui se passe. Non seulement les institutions bilingues, mais ce sont toutes les institutions qui ont des problèmes financiers d'une nature ou d'une autre qui pourraient se retrouver dans une situation où l'usage de cette procédure peut amener, lorsqu'il échoue, à une situation de banqueroute. Ce que ça veut dire, c'est qu'on est au bord de la falaise, la prochaine étape, c'est ou bien qu'on va se retrouver avec des coupures énormes dans les budgets et dans les modes de fonctionnement.

On pourrait se retrouver également avec des situations où les droits syndicaux disparaissent, au moins en grande partie, pendant au moins la période où dure cette procédure, mais l'après procédure reste un point d'interrogation. L'autre réalité qu'il faut savoir, c'est que nos fonds de recherche, que ce soient les fonds des trois conseils, les fonds de recherche privés, les budgets de recherche individuelle des professeurs, les allocations professionnelles des professeurs, tout ça à la Laurentienne a disparu.

Il n'y a plus un compte de recherche qui est alimenté en ce moment, ça veut dire que j'ai des collègues en ce moment qui sont en train de payer de leur poche pour permettre à des doctorants d'envoyer leurs échantillons pour se faire analyser ailleurs parce qu'on n'a plus les moyens de payer le matériel ou d'acheter les produits et de payer les factures des produits. On est vraiment dans une situation où les fonds de recherche, les fonds qui sont disponibles pour le travail quotidien des professeurs au niveau de la recherche, ces fonds-là ont été pillés pour alimenter le manque de trésorerie de l'institution.

On ne parle pas simplement d'un risque éventuel. Le mal est déjà fait. Il y a déjà un certain nombre de gens en ce moment qui ne peuvent pas poursuivre un programme de recherche comme il était supposé d'arriver. Ça, c’est une autre chose. Pour revenir à la campagne, ce qu’on a l'intention de faire, c’est essentiellement de marteler auprès de tous nos collègues que ce n'est pas la Laurentienne et puis, il ne faut pas se dire : « La Laurentienne, okay, mais nous on est correct. On n'a pas à s'inquiéter. » Ce n'est pas le cas.

Nous pensons que ça peut aller beaucoup plus loin et donc on va demander aux gens de contacter leur conseil municipal, d'avoir des résolutions prises par des conseils municipaux, de contacter les membres du Parlement fédéral, les membres du Parlement provincial. Essentiellement, d'avoir une campagne la plus vaste possible qui puisse ramener le plus de monde possible de manière à ce qu'il y ait une prise de conscience dans le milieu post-secondaire en général et pas seulement universitaire, que notre système actuel, tel que nous le connaissons, est attaqué de façon majeure.

C'est un risque très important. Il vaut mieux tuer ça dans l'œuf. On peut encore dire qu'on est dans l'œuf en quelque sorte, donc le feu n'est pas partout dans la mine. On peut encore l’éteindre. Je pense qu'il faut qu'on se mette tous ensemble et je pense qu'il vaut mieux faire du overkill plutôt que laisser les choses se passer et se dire : « Moi, je ne suis pas à la Laurentienne, donc ça ne me touche pas. »

Karl: Merci Jean-Jacques Cachon. Stéphanie Chouinard, vous avez fait mention de deux choses. Premièrement, des propositions de réforme de la Loi sur les langues officielles d’une part, d'autre part d’une élection fédérale qui s'en vient éventuellement, on ne sait pas quand. Considérant que dans les quatre élections provinciales peut-être exception faite du Nouveau-Brunswick, mais la question des langues n’a pas vraiment fait partie des enjeux de campagne. Même au Nouveau-Brunswick, ce n'était pas vraiment un enjeu prioritaire. Évidemment, on est en pandémie.  Jusqu'à quel point les langues officielles pourraient être un enjeu électoral, particulièrement du point de vue de ce qui se passe au niveau des institutions post-secondaires?

Stéphanie: Une bonne question parce que la pandémie évidemment prend tout l’oxygène actuellement sur la scène politique et c'est extrêmement difficile d’entendre parler d'autre chose. Ça sera le cas s'il y a une élection avant que la pandémie soit terminée, il y aura probablement énormément de pression pour que le gouvernement et les partis de l'opposition émettent en campagne électorale surtout des idées pour un retour à l'équilibre budgétaire. Ça risque évidemment de poser de sérieuses embûches à faire entendre des doléances et des revendications à l'égard des langues officielles.

Cependant, la modernisation de la Loi sur les langues officielles, ça ne date pas d’hier qu’on en parle. C'était une promesse électorale en 2019. Ça faisait longtemps qu'on en parlait dans le premier mandat du gouvernement Trudeau, en 2015 et 2019. L'année 2019 ça a été vu comme un anniversaire manqué par le gouvernement. Je pense qu'il y aura quand même la possibilité de faire des langues officielles un enjeu. D'une part, parce que ça fait plusieurs fois que le gouvernement annonce qu'il procédera effectivement à la modernisation de la Loi sur les langues officielles et aussi parce qu’on a un certain consensus actuellement, du point de vue de la Chambre des communes.

C'est-à-dire que les conservateurs et les néo-démocrates sont d'accord qu'il devrait y avoir une modernisation de la Loi sur les langues officielles. D'ailleurs, dans un cas comme dans l'autre, il y a eu des propositions très concrètes qui, à plusieurs égards d'ailleurs, reprenaient plusieurs des grandes lignes des travaux de nos parlementaires. Je vois que le sénateur Cormier est ici, notamment du rapport de son comité sénatorial. Dans le contexte où il semble y avoir quand même un certain consensus, ça m’indique que ce sera possible de faire parler les partis politiques de cet enjeu-là. J'attends de rester optimiste malgré les circonstances.

Karl: Merci. Je vous rappelle que vous pouvez poser vos questions en levant la main, en utilisant l’icône au bas de votre écran. J'ai trois personnes qui ont demandé la parole dans l’ordre Le sénateur René Cormier, Éric Shrewsbury, et Serge Miville. Je vous demanderai d'identifier votre institution et allumer vos caméras s'il vous plaît pour qu'on puisse bien vous voir. Sénateur René Cormier était le premier élève discipliné à lever la main. Votre question Sénateur.

René Cormier: Je pense que j'étais un élève discipliné parce que les professeurs qui s'adressaient à moi étaient très pertinents et éloquents. Je vous remercie d'abord de l'invitation à assister à ce forum. C'est fort intéressant. Puis, sans parler au nom de mes collègues du Comité sénatorial permanent des langues officielles, je peux vous dire que la question du poste secondaire et des enjeux qui touchent les institutions post-secondaires est une question très importante pour nous en ce moment bien que le comité n'est pas en ce moment en mesure de se réunir encore, c'est une question qui nous concerne beaucoup.

Il y a beaucoup de questions qui surgissent de vos présentations, mais je voudrais axer ma question sur le positionnement des universités francophones. Quel est votre point de vue post-pandémie sur le positionnement des universités francophones dans le sens suivant, particulièrement au niveau de l'offre de programmes puis de la formation des professionnels ? Parce que vous avez parlé de différents secteurs, notamment la recherche qui va être post-pandémie un argument très important. Le Canada va devoir un peu entre guillemets se réinventer là, puis la question de la recherche universitaire va devenir essentielle pour le rétablissement post-pandémie.

La question, évidemment, du besoin de professeurs de français, de formation des professionnels professeurs en français qui puissent dispenser l'éducation et la formation un peu partout à travers le pays. Ça rejoint ce que disait docteur Chouinard, sur la question de la Charte 23, puis de l'élargissement de sa portée, et puis, la question de l'immigration aussi, qui est un enjeu pour le développement des classes. Ma question est la suivante, comment à votre avis, les universités francophones sont-elles positionnées actuellement pour agir, comme je dirais leader dans ces trois champs d'interventions-là afin aussi que soient reconnus leurs besoins évidemment financiers, leur soutien, tant le fédéral que par les provinces?

C'est un peu le sens de ma question, et comment vous comme prof à l'intérieur de ces institutions-là, vous percevez le positionnement de ces différents programmes qui viendraient aider au positionnement des universités francophones?

Jean-Charles: J'aimerais intervenir là-dessus sur deux ou trois points. D'abord, j'aimerais parler des bibliothèques et des archives et la manière dont on va conserver le vécu de la francophonie hors Québec dans les années qui viennent, dans un contexte où les budgets des bibliothèques ont été coupées à un tel point qu'on n'a même pas les moyens d'acheter les collections, qu'elles soient sur papier ou électronique, on n'a pas le moyen d'acheter des collections suffisantes pour soutenir les programmes qui existent en français présentement.

Deuxièmement, les budgets des archivistes sont également squelettiques au point où aujourd'hui, si je voulais donner 30 ans de mes archives à l'Université Laurentienne, il n'y aurait personne pour les traiter, il n'y aurait pas les moyens financiers pour traiter ces archives-là et donc, je vais être obligé éventuellement de me débarrasser de plusieurs caisses d'archives qui n'ont pas preneur et où je n'ai pas d'endroit où je pourrais les stocker moi-même donc je serai obligé de m'en débarrasser physiquement. Malheureusement, je suis sûr que c'est le cas de quantité d'archives dans le nord de l'Ontario pour lesquelles il n'y a pas de lieu qui soit dépositaire de cela.

Finalement, pour ce qui est de la formation des professeurs, et cetera, vous venez de voir les coupures dont je parlais tout à l'heure. Je pense que ça répond à la question pour ce qui est de ce que je connais dans ma région. Merci.

Karl: Yves Frenette, Stéphanie Chouinard peut-être?

Stéphanie: Oui.

Yves: Oui, peut-être. Vas-y s'il te plaît.

Stéphanie: Vas-y. [rit]

Yves: Vas-y.

Stéphanie: Okay. Une chose que je rajouterais par-dessus ce qui vient d'être dit, c'est que ça, c'est quelque chose qui prédate la pandémie, c'est la lutte constante, acharnée, pour s'assurer que la recherche en français ça demeure pertinent. On sait que dans le domaine des sciences sociales et ça je le vis au quotidien, au sein de l'institution bilingue ou mes collègues anglophones, ne connaissent pas, par exemple, les revues en français, parfois, ça crée des tensions, il faut constamment lutter contre l'anglicisation du domaine scientifique. Ça va se poursuivre après la pandémie, donc c'est un domaine, un chantier constant qui ne risque pas d'être terminé d’ici tôt.

Yves: Si je peux prendre la parole un instant, comme j'ai la parole, j'aimerais rebondir sur la question de la mobilisation. Je pense qu'on l'a vu en 2018 l'opinion publique québécoise c'est un élément très important. On l'a vu lorsqu'il y a eu la porte qui a été fermée à l'UOF, la question du Commissariat des services en français en Ontario, l'opinion québécoise s'est mobilisée, et ça si on parle de campagne électorale fédérale, je pense que c'est un élément très important. Vous posez au sénateur Cormier des questions essentielles.

D'abord, je pense que la question de l'éducation elle est importante, et la formation des enseignants et des enseignantes, mes collègues à l'Université de Saint-Boniface me corrigeront, mais nous, notre faculté d'éducation, elle est un moteur, une grande partie, un grand pourcentage et moi j'enseigne des cours d'histoire, et c'est la même chose pour mes collègues en géographie, en français, et en sciences aussi. La plus grande partie de nos étudiants se dirigent, font un bac chez nous en sciences humaines, et se dirigent ensuite de ça vers l'éducation. Ça, c'est fondamental et ce n'est pas seulement le cas chez nous, c'est le cas aussi au campus Saint-Jean.

C'est le cas surtout dans les petites universités. Il faut qu'on s'assure que ces étudiants-là ils viennent des écoles de langue française, mais ils viennent énormément des écoles d'immersion, de plus en plus, nous avons des étudiants internationaux aussi. Pas assez. Je ne suis pas sûr ce que les institutions peuvent faire, je pense que les institutions sont sensibles à cette question-là, et là ça rejoint, c'est la question de l'éducation, mais c'est la question de l'immigration aussi. Je pense que la réponse s'il y avait des administrateurs universitaires parmi nous, leur réponse c'était : « Donnez-nous les moyens, puis on va faire ce qu'il faut. »

René Cormier: Merci beaucoup, je dois malheureusement quitter pour une autre rencontre, mais je vous remercie beaucoup pour votre présentation, et pour votre travail. À la prochaine, au revoir.

Yves: Merci.

Karl: La prochaine question d'Éric Chevaucherie. Je vous rappelle de lever la main si vous avez des questions, et on viendra à vous, il nous reste une quinzaine de minutes pour cette conférence. Identifiez s'il-vous-plaît votre institution ou l'entreprise ou l'organisation que vous représentez ici.

Éric Chevaucherie: Oui, bonjour. Éric Chevaucherie du Collège des chaires de recherche sur le monde francophone de l'Université d'Ottawa. Une réflexion très rapide M. Frenette. Vous avez utilisé le mot multi-campus, et au sein actuellement si mes souvenirs sont bons de la francophonie canadienne il y a au moins 22 établissements post-secondaires, je pense entre 80 et 100 campus francophones hors-Québec. Or, dans le monde en tout cas, une partie du monde, au moins occidental on voit quand même un mouvement vers une forte concentration du post-secondaire en créant des très grosses universités pour être compétitif, pour être en haut de l'affiche.

Est-ce que la francophonie ou le post-secondaire en francophonie canadienne ne va pas un peu contre le cours de l'histoire? C'est juste une réflexion.

Yves: Justement, je ne pense pas parce que justement ce sont des universités qui desservent des minorités. Je pense que le modèle que vous évoquez ne peut pas fonctionner au sein des minorités. D'abord parce que les minorités et là, je ne parle pas nécessairement des diversités ethnoculturelles. Elles sont diverses en soi. Même en Acadie, la situation des acadiens du Nouveau-Brunswick n'est pas celle des acadiens de la Nouvelle-Écosse.

C'est pour ça que je veux dire qu’on ne pourrait pas penser qu'il y aurait une université francophone au Canada avec des multi-campus. Je pense qu'au niveau pancanadien, c'est des collaborations qui sont nécessaires. On fait des co-diplômations maintenant avec l’Europe, avec d'autres continents. On pourrait penser à des co-diplômations, on pourrait penser à des collaborations au niveau de la recherche aussi. Il y a beaucoup de collaborations qui se font. Quand je parlais de multi-campus, je parlais vraiment de l'Ontario encore une fois, en raison des-- Ce n’est pas seulement la diversité, mais de l'identité des francophones du nord de l'Ontario qui n’est pas la même de ceux du Sud.

C'est pour ça qu'il faudrait que même si on avait les moyens, on ne créerait pas une université à Toronto, où on espérerait que tous les francophones de la province puissent venir.

Karl: Merci pour la question. Est-ce qu’il y a un autre conférencier qui veut intervenir là-dessus ou on peut passer à la question suivante ? Serge Miville c’est à votre tour. Votre question, votre institution s’il vous plaît.

Serge: Serge Miville à l’Université Laurentienne. Merci beaucoup pour vos interventions très éclairantes, très intéressantes, très stimulantes. J'aimerais vous entendre, il me semble que je vois deux enjeux qui sont interreliés ici. Dans l'immédiat, on a un besoin criant de financement. Il me semble que c’est très clair au niveau de la Laurentienne. Ça devient de plus en plus clair du côté de Moncton, mais c'est aussi très clair à Saint-Jean.

Il me semble aussi que ce qui distingue peut-être la question du côté du campus Saint-Jean de la Laurentienne, qu’il y a aussi une question de gouvernance qui va là-dedans parce que rares sont les universités de gestion ou la majorité de langue anglaise gouverne, ou on imagine la croissance ou le progrès ou le développement à partir du français. Je vais parler surtout du côté de la Laurentienne. Ça fait seulement quatre ans que je suis là, mais ce que j'ai pu voir, c'est que l'expansion s’est pensée lorsqu’on a mis sur pied le campus Barrie.

Ça s'est pensé dans un campus unilingue anglais. On a eu beaucoup de misère à penser le recrutement international d'étudiants internationaux qui, je suis bien d'accord avec Yves, est vraiment une institution d'intégration d'universités. Pour ça, on n’a pas été capable de penser d'immersion en français à l'université Laurentienne. Le danger n'est-il pas si on demande un financement accru, qu’on retombe finalement dans les mêmes problèmes où tout est mis dans le même pot, on va dépenser pour quoi que ce soit, puis on va penser la croissance, non pas à partir d’une perspective de la minorité francophone, mais celle de la majorité ? Merci beaucoup.

Stéphanie: Serge, je pense que tu poses d'excellentes questions. D'une part, j'ai l'impression que si du financement est débloqué pour sortir la Laurentienne de la situation actuelle puis de remettre l'institution sur les rails, ce que je souhaite, je ne peux concevoir que ça sera avec une gestion financière, que ce soit la continuité avec la situation actuelle. Il y aura certainement un travail pour mettre des jalons afin de s'assurer que la situation actuelle où des fonds de recherche ont été utilisés pour payer le déménagement du parking, se reproduise.

Selon moi, ça va de soi, qu'il y ait une certaine restructuration. Ce qui ne veut pas dire de se débarrasser de programmes ou quoi que ce soit, mais que dans la gestion financière, il y ait des balises pour faire autrement. Pour ton autre question, c’est une question qui, je sais, te préoccupe parce qu'on s’en ai parlé. C'est une question je pense qui vaut la peine d'être soulignée, encore et encore que l’épanouissement pour la suite des choses de la Laurentienne ça doit absolument passer évidemment par les programmes en français.

J'imagine, je ne sais pas si on veut aller là aujourd’hui que la possibilité d'une autonomisation des programmes français de la Laurentienne que ça soit quelque chose qui soit particulièrement tentant à cette jonction critique dans laquelle on se trouve. Justement pour arrêter d'être obligé de se battre contre la majorité qui ne comprend pas toujours les intentions, les souhaits de la communauté francophone vis-à-vis de l'Université Laurentienne.

Karl: Merci Stéphanie. Monsieur Cachon, vous voulez intervenir?

Jean-Charles: Oui, juste un court commentaire. Lorsque je faisais partie du groupe qui avait milité pour la création du Collège Boréal dans les années 90-92, et à l'époque il y avait eu une réunion avec la municipalité pour décider où est-ce qu'on allait placer le Collège Boréal. Je me souviens d'avoir milité à l'époque et d'avoir proposé qu'on l'installe sur le campus de l'Université Laurentienne de manière à créer une masse critique d'institutions post-secondaires francophones, dans une crise comme celle qu'on connaît en ce moment, ça aurait été l'occasion idéale pour proposer justement, dans cette restructuration qui va avoir lieu de la Laurentienne, une sorte d'intégration des enseignements collégiaux et universitaires.

Cela aurait permis probablement aussi de sauver un certain nombre de services au niveau de la bibliothèque, des archives, et cetera. Malheureusement, nous n'avons pas été écoutés et on a placé le Collège Boréal à l'opposé de la Ville de Sudbury, à 12 ou 13 kilomètres du campus de l'Université, ce qui a été une erreur, une faute et une bêtise. Je pense que s'il doit y avoir des regroupements dans le sens que mentionnait M. Chevaucherie tout à l'heure, d'une part je pense qu'il y a des fédérations qui sont possibles au niveau de la recherche et autres.

Il y a aussi dans le cas particulier de l'Ontario, probablement de faire ce qui existe déjà dans certaines villes comme North Bay par exemple, où le campus universitaire est à côté du campus collégial, même si ça a pu poser certains problèmes au niveau du marketing.

Karl: Merci Jean-Charles. J'ai une question qui vient d'un collègue d’Yves Frenette de l'Université de Saint-Boniface, qui nous demande : « Étant donné le manque de leadership, nos recteurs et nos rectrices, quel devrait être le rôle des syndicats dans la présente conjoncture politique et une crise politique ? » Qui s'intéresse à cette question? Peut-être monsieur Cachon puisqu'on parle de syndicat, vous êtes peut-être celui qui est le mieux placé pour en parler?

Jean-Charles: Je dois vous rappeler que la dernière fois que les syndicats se sont mêlés de politique en Ontario, c'était à la fin 96, début 97 lorsque l'on a organisé le mouvement qui s'appelait la Résistance contre le gouvernement de Mike Harris. Ça s'est mal terminé dans le sens où il y a eu une grève des enseignants de l'Ontario qui a duré une semaine et demie ou deux, au moment où cette grève était sur le point de faire tomber le gouvernement parce qu'on était vraiment arrivé à ce stade-là, les dirigeants syndicaux des enseignants ont décidé d'attendre, et de laisser faire le processus électoral.

Il y a eu un choix stratégique qui a été fait par le milieu syndical à l'époque, qui était de ne pas aller jusqu'à renverser un gouvernement même si c'était possible, donc de laisser faire le processus électoral. Je crois que le mouvement syndical peut-être a changé d'avis maintenant, mais je dois dire qu’à cette époque historique, le mouvement syndical avait décidé de ne pas empiéter sur la politique au point de renverser un gouvernement, même s'il en avait le pouvoir, du moins une partie du mouvement syndical qui était critique à cette époque-là.

Karl: Yves Frenette vous en pensez quoi?

Yves: Quel beau fantasme, avoir le pouvoir de renverser un gouvernement [rit] comme universitaire. Moi, je pense dans certaines communautés, notamment au Manitoba, mes collègues de l'exécutif syndical le font déjà. Je pense qu'on a un rôle énorme à jouer, mais malheureusement, c'est encore beaucoup un rôle d'éducation auprès du public. Je dis malheureusement, parce que je pense que ça fait longtemps que les syndicats universitaires, M. Cachon le mentionnait, ça fait longtemps que les syndicats universitaires informent le public parce que comme universitaire, nous n'avons pas la côte.

Quand j'ai commencé dans le métier, il y a très longtemps, il y a 40 ans maintenant, les gens me trouvaient bien chanceux d'avoir trois mois de vacances. Ça n'a pas changé, on fait encore souvent ce commentaire-là. Je pense qu'il faut qu'on soit là syndicalement. Là, encore une fois, chaque communauté est différente, mais il faut qu'on soit là.

Moi, je pense que pour la question du financement, il faut que l'administration soit là, les recteurs et les rectrices soient là et que nous soyons là comme syndicat et puis dépendant des circonstances, parfois avec l'administration ou parfois séparément de l'administration.

Il faut qu'on ait un visage public. Parce que oui, ça fonctionne, des négociations dans les officines gouvernementales, mais il faut aussi qu'il y ait une image publique que l'on déploie.

Karl: Merci Yves Frenette. Je vais étirer la sauce un peu pour prendre les deux dernières questions. J'ai Mathieu et Marcel Martel. Mathieu pour commencer. Mathieu Lang à vous la parole.

Mathieu Lang: Merci beaucoup. Merci pour vos présentations madame Chouinard, monsieur Frenette, monsieur Cachon. C'est dommage, je pense que le sénateur Cormier est parti parce que j'ai trouvé que sa question était intéressante, mais [rit] parce qu’en parlant de positionnement je trouve que c'est un vocabulaire qui vient du domaine de l'entreprise et c'est une vision très restreinte du rôle des universités dans la francophonie canadienne mais en général dans le monde aussi.

Je vais parler de l'expérience de l'université de Moncton dans ses trois campus, dont deux campus qui sont dans des régions très rurales où il y a encore beaucoup d’acadiennes et acadiens et francophones qui ont accès à l'université par la proximité de ces campus-là, qui sont des étudiants de première génération. Je vais parler aussi de mes collègues de ces campus-là qui propagent la culture universitaire dans les conseils d'administration, dans les organisations à but non lucratif, dans des comités de citoyens et le drame que je constate avec cette façon de voir le positionnement, mais aussi tout ce qui vient avec, toute la question de la rentabilité des universités comme une entreprise qui produit des crayons à mine.

Le drame c'est de voir que les dépenses, ce sont les profs. Là où on est rendu à l'université de Moncton, dans les domaines où on est encore présent, on n'a pas deux ou trois profs experts dans un domaine. Quand on décide où on dit : « On peut se priver d'un domaine comme l'histoire ou la philosophie ou d'autres domaines des sciences humaines, des sciences fondamentales. » Chaque poste de prof qu'on perd, c'est un univers de sens que la communauté se prive. Les élus ou les sénateurs, les représentants des citoyens se privent d'informations et de connaissances dont ils ont besoin pour prendre des décisions puis faire des lois.

C'est un peu ce que je répète toujours aux élus que je rencontre : « Tu n'auras pas de connaissance ou tu n'auras pas d’informations sur la région Rogersville s'il n'y a pas de chercheurs de l'Université de Moncton qui s’intéressent à Rogersville parce que ça serait étonnant que des chercheurs des autres universités, que ce soit à Laval ou à McGill, ou à Simon Fraser qui vont s’intéresser à ce qui se passe dans Rogersville. Si tu veux prendre des bonnes décisions, des bonnes politiques publiques pour régler les problèmes, tu as besoin de la présence des universités en région et des régions francophones notamment. »

Ça, c'est un commentaire que j’aurais aimé faire si on enregistrait cette partie-là. Étant donné que c’est un sénateur de ma région, peut-être venir rencontrer le syndicat de l'Université de Moncton. Ma question vient d’une remarque que le recteur précédant m’a faite. On a parlé que l’université de Moncton est assez bien positionnée par rapport à-- Je pense que c'est Stéphanie Chouinard qui en a parlé par rapport à la protection provinciale sur la question de la dualité linguistique au Nouveau Brunswick.

Cependant, le gouvernement actuel a coupé dans des subventions restreintes, c'est-à-dire des subventions spéciales, le financement de base n'a pas été coupé puis, je pense que vous avez raison, à peu près sur toutes les universités. Il y a des subventions très spécifiques qui ont été coupées puisque c'est un peu comme un cheval de Troie, notre gouvernement, notamment une subvention spéciale pour le programme des sciences infirmières, il y a la pénurie d'infirmières et d'infirmiers partout dans le monde je pense, donc c'est très contre intuitif de penser à une coupure, d'un financement accru.

C'était justement pour augmenter le nombre de places et le commentaire du recteur Couturier à l'époque, c'était j'en ai parlé à mon homologue de UNB, et à UNB on a dit : « On ne fait pas de pression, on tient seulement Ontario auprès du gouvernement, on ne va pas plus loin, on ne revendique rien. » Ma question est la suivante, je n'ai pas de la connaissance, je ne suis pas au fait de ce qui se passe ailleurs au pays trop, mais on voit qu'il n'y a pas de collaboration sur un enjeu qui n'est pas linguistique et sans infirmières pour faire front commun auprès du gouvernement.

Dans cette volonté d'une mobilisation plus large, la plus large possible d'un océan à l'autre, est-ce qu'on a le soutien des grandes universités ? Est-ce qu'on a le soutien aussi des universités anglophones ? Parce que je pense que c'est essentiel d'avoir ce soutien-là. Si on ne l'a pas, qu'est-ce qu'il est l'option ? Si on l'a ou si on ne l'a pas, qu'est-ce qu'on peut faire pour l'avoir ? Si c'est impossible de l'avoir que nous est-il permis d'espérer ? Comment on s'y prend pour arriver à nos fins ? Ça, c'est ma question.

Yves: Question simple [rit] s'il y en avait une. Bien franchement je ne sais pas. Vous soulevez un point qui est très important. Je pense qu'on devrait tous y penser. C'est tout ce que je peux vous répondre à ce stade-ci, mes collègues ont probablement plus de lumière à apporter.

Karl: Stéphanie.

Stéphanie: Merci Mathieu, je t'inviterai à écrire au Sénateur pour lui faire part de tes commentaires. Je pense qu'il serait réceptif. Malheureusement, je pense que les grandes institutions ont tendance à fonctionner, un, sur un mode de fonctionnement corporatiste, et deux, de façon plutôt égoïste. Je ne nommerai pas de noms, je pense que je n'ai pas besoin, mais en Ontario, il y a des institutions qui ne travaillent pas toujours dans le sens de la communauté, qui sont plus intéressées par leur petit nombril que par ce que souhaiterait la communauté et donc il y a du contreproductif dans ces discussions-là.

Pour ce qui est des institutions anglophones, je pense que c'est une possibilité de faire front commun puisque je pense que la question des sciences infirmières au Nouveau Brunswick ça serait un excellent exemple d'une possibilité de collaboration. Encore faut-il qu'il y ait un intérêt de part et d'autre et à certains égards parce qu'en francophonie on a beaucoup tendance à parler entre nous, parce qu'on a plusieurs enjeux qui sont plus similaires entre nous qu'avec nos homologues provinciaux. Ces courantes discussions-là ne sont pas toujours très bien déblayées, mais je pense que c'est une bonne intuition que tu as.

Jean-Charles: Il y a un aspect qu'on n'a pas mentionné, je ne sais pas qui est au courant mieux que moi du CNFS qui est le consortium national de formation en santé. D'après ce que je comprends, le CNFS est un programme fédéral qui finance une partie de la formation en santé dont j'ai l'impression qu'il y a quand même des communautés d'intérêts via ce genre de programme et je me demandais justement tout à l'heure quand quelqu'un parlait de la possibilité d'avoir, je crois que c'est madame Chouinard qui parlait de la possibilité d'une nouvelle loi qui serait à l'étude au bureau de madame Joly.

Je me demandais si cette expérience CNFS d'abord est souhaitable et fonctionne bien et deuxièmement, si oui, est-ce qu'il y aurait intérêt à avoir des initiatives similaires à l'intérieur de cette nouvelle loi?

Karl: Merci Jean-Charles Cachon. On a une dernière question, envoyez rapidement parce qu'on commence à perdre des participants. Marcel Martel a vous la parole.

Marcel Martel: Oui. Marcel Martel, Université York à Toronto. Merci pour nous avoir fourni la chance non seulement de se parler, mais de s'écouter. Je remercie les trois, la conférencière et les deux conférenciers. Ma question, c'est pour Stéphanie, je suis bien content d'apprendre que l'article 23 va être testé et on verra ce qui va arriver dans le cas du campus la faculté Saint-Jean, ma question, c'est concernant la loi 8. Dans quelle mesure la loi 8 peut aider nos collègues à Laurentienne à préserver les programmes en français?

Comme on sait, il y a une partie du financement que ce soit l'universitaire à Ottawa, l'Université York ou à l'Université de la Laurentienne qui provient du gouvernement fédéral, dans quelle mesure ce financement provenant du gouvernement fédéral peut être rappelé aux dirigeants d'université de la Laurentienne qui ne peuvent pas la sabrer yeux fermée dans les programmes francophones ? Ceci étant dit, j'avoue que je suis toujours non seulement scandalisé, mais d'apprendre que nos collègues de la Laurentienne n'ont plus accès aux fonds provenant du crèche et les deux autres conseils, je me demande où étaient ces gens-là.

C'est quand même scandaleux non seulement que la direction de la Laurentienne ait permis cette situation, mais que nos conseils subventionnaires ne posent pas de questions. Pour revenir, ma question est pour Stéphanie, dans quelle mesure la loi 8 peut aider nos collègues à la Laurentienne à rappeler non seulement au bureau des gouverneurs, mais surtout à la direction de cette université qu'on ne peut pas rêver d'une nouvelle université Laurentienne qui pourrait se résumer à peut-être deux-trois cours en français, j'exagère, mais qui sait. Tout le reste va être en anglais.

Stéphanie: Merci Marcel ça fait longtemps, un plaisir de te voir et je pense qu'il y a une bonne partie de ta question qui devrait plutôt être répondue par monsieur Cachon qui en sait probablement plus qu'à moi sur cet enjeu-là. La désignation sous la Loi sur les services en français va certainement servir d'argumentaire pour protéger les programmes francophones. Par contre, à ma connaissance, dans le domaine du postsecondaire, cette limite-là, la force du rempart de la désignation en vertu de la loi n'a jamais été testée.

On aura peut-être certaines réponses à cet effet-là. Dans la mesure où la ministre Mulroney que ça l'intéresse, que c'est une possibilité la modernisation de la Loi sur les services en français, ça nous donnera peut-être un élément de plus à mettre sur notre liste d'épicerie en tant que Franco-Ontarien dans ce processus de modernisation-là. Pour ce qui est du financement du fédéral qui a été octroyé à l'Université Laurentienne pour justement soutenir la programmation en français, je ne suis pas certaine si le gouvernement fédéral a demandé d'être partie prenante dans le litige, je ne préfère pas trop m'avancer là-dessus.

Si monsieur Cachon veut sauter sur l'occasion pour compléter, je vais lui laisser la parole.

Cachon: Oui, merci madame Chouinard. Effectivement, le fédéral est représenté devant cette cour LACC, les trois conseils je crois ont une représentation. L'autre chose, c'est que le regroupement des professeurs francophones de l'Université Laurentienne a identifié le fait qu'il y a 12 millions de financements qui arrivent du fédéral et qui sont destinés aux programmes en français. Ils ont émis il y a deux jours un communiqué qui, justement était à cet effet-là. D'ailleurs, j'ai préparé un petit document qui pourra être envoyé à tous les participants qui contient notamment le communiqué du regroupement.

Enfin, je ne sais plus si je réponds à la question de monsieur Martel, mais en ce qui a trait à la loi 8, ce que je sais de la désignation, j'ai moi-même conduit quand j'étais directeur de mon département il y a quelques années, une transformation des programmes de gestion de l'Université Laurentienne. Or, personne ne m'a jamais mentionné le fait que l'ancien programme était mentionné dans la loi 8 et qu'il faudrait probablement faire faire des changements par un ministère quelconque pour la désignation des nouveaux programmes.

En ce moment, le programme qui est désigné sous la loi 8 pour la Laurentienne n'existe plus et a été remplacé par des programmes plus spécialisés qui portent un autre nom. Je me suis rendu compte de ça il y a quelques jours

Karl: Jean Cachon, merci. Yves Frenette, peut-être un mot de la fin.

Yves: Marcel a amené une question importante. Ce n’est pas seulement face à la Laurentienne. Il fût un temps, je me souviens quand Dyane Adam était commissaire aux langues officielles, on avait participé avec des chercheurs francophones de l'extérieur du Québec pour voir justement si la Loi sur les langues officielles pourrait s'appliquer à la recherche à l'extérieur du Québec. À ma connaissance, ça n'a rien donné. Je vois Stéphanie qui fait signe que non. Peut-être un mot d'encouragement, c'est que juste pendant la pandémie, le CRSH, je ne sais pas pour les deux autres conseils, mais j'imagine c'est la même chose, a fait montre d'énormément de flexibilité parce que naturellement, on ne peut pas rencontrer nos échéances. Il y a des chercheurs qui sont complétement bloqués. Dans un projet de recherche que je dirige, on nous a encouragé à faire la demande pour des fonds supplémentaires, pour aller à nos assistants étudiants qui ont été bloqués dans leurs recherches. C’est le genre d'initiative dont on a besoin.

Encore une fois, je pense qu'on doit travailler ensemble le plus possible. Ça fait longtemps que je ne suis plus mêlé à ce qui se passe avec l’Association des collèges et des universités francophones, mais, il y est très important qu'on ait des fronts communs syndicaux, mais qu’on ait des fronts communs aussi au niveau des institutions francophones. Je pense que c’est la seule façon dont on va s'en sortir. Là, je ne parle pas seulement de la pandémie, à moyen terme et à long terme.

Karl: C’est sur ces paroles très sages que nous allons compléter ce forum de l’actu. Yves Frenette, Jean-Charles Cachon, Stéphanie Chouinard, merci infiniment d'avoir partagé avec nous vos réflexions, vos pensées, vos analyses sur la situation actuelle concernant l’offre d’éducation postsecondaire en pensant au contexte minoritaire au Canada. Je remercie tous les participants qui se sont joints à nous cet après-midi.

Merci également à Serge Jolicœur et au Comité des francophones de l’actu pour avoir pris cette initiative. Merci spécial à Marcel Roy pour son soutien technique. Je vous rappelle que cette séance a été enregistrée et sera diffusée sur la chaîne YouTube de l’ACPPU et sera disponible bientôt en ligne. Merci à tout le monde. Là-dessus, je vous souhaite une bonne fin de semaine. À bientôt.

Yves: Merci.

Jean-Charles: Merci, au revoir.

 

 

 

 

 

 

                                 

 

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