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Comment aurait-il pu en être autrement? Il est tout à fait inacceptable d'attendre des agentes et agents de bord qu'ils consacrent gratuitement des heures de leur vie à leur employeur avant le décollage et après l'atterrissage.

Combien de Canadiennes et Canadiens savent que de nombreux membres du personnel académique se trouvent dans une situation similaire? Les membres du personnel académique contractuel à temps partiel et sous contrat à durée déterminée travaillent souvent pour mettre en place des cours avant que leur rémunération ne commence et à nouveau après la fin de celle-ci, alors qu'ils restent des mentors essentiels pour les étudiantes et étudiants. Ils peuvent fournir des services et mener des recherches qui profitent à leur établissement et à la société en général, mais à moins que ce travail ne soit inclus dans les modalités de leur contrat, il n'est pas rémunéré non plus.

Par ailleurs, l'insécurité d'emploi réduit la liberté académique, supprimant les protections procédurales liées à la titularisation ou à d'autres formes de permanence d’emploi. Contrairement à la sagesse néolibérale, c'est la sécurité, et non la précarité, qui favorise la prise de risques nécessaire à l'innovation et à la créativité.

Dans le cadre du travail à la tâche, les employeurs peuvent attendre des membres du personnel académique contractuel qu'ils fournissent les ressources nécessaires à leur travail, sans même leur attribuer de bureau sur le campus. Les membres du personnel académique contractuel qui cumulent des emplois à temps partiel dans plusieurs établissements, parfois dans différentes villes, consacrent des heures supplémentaires à leurs déplacements, tandis que l'incertitude quant à leur avenir professionnel complique les décisions importantes de leur vie.

En bref, les conditions précaires transfèrent les coûts des employeurs aux travailleuses et travailleurs. Elles sont en contradiction avec les caractéristiques du travail décent, telles que définies par l'Organisation internationale du travail (OIT) :

Le travail décent résume les aspirations des êtres humains au travail. Il regroupe l’accès à un travail productif et convenablement rémunéré, la sécurité sur le lieu de travail et la protection sociale pour les familles, de meilleures perspectives de développement personnel et d'intégration sociale, la liberté pour les personnes d'exprimer leurs revendications, de s'organiser et de participer aux décisions qui affectent leur vie, ainsi que l'égalité des chances et de traitement pour tous, hommes et femmes.

Avant tout, l'emploi atypique externalise les risques, permettant aux établissements gérés comme des entreprises d'embaucher et de mettre à pied « rapidement » des travailleuses et travailleurs, sans avoir à passer par les formalités fastidieuses des mises à pied officielles. Mais comme l'a demandé la Commission du droit du Canada dans son rapport intitulé « Travailler, oui mais… » publié en 2004, pourquoi penserions-nous que les travailleuses et travailleurs vulnérables sont en mesure de supporter les coûts que les employeurs et l'État ne sont pas disposés à assumer?

Ces coûts sont bien sûr plus élevés pour les personnes directement touchées. Mais ils ne s'arrêtent pas là. Sur le plan organisationnel, les employeurs tenteront toujours d'exploiter les différences entre les travailleuses et travailleurs, en les utilisant pour affaiblir la solidarité au sein des syndicats et entre eux. Sur nos campus, les étudiantes et étudiants sont perdants lorsque la professeure ou le professeur qui les a inspirés n'enseigne plus dans leur programme ou n'est plus en mesure de superviser leur thèse. Le personnel académique permanent est perdant lorsque les atouts et les spécialités de ses collègues membres du personnel académique contractuel ne peuvent pas être intégrés dans la planification et l'élaboration des programmes. Le recours croissant aux contrats à temps partiel et à durée déterminée réduit le nombre de membres du personnel académique permanent disponibles pour assumer la charge de travail croissante liée à la gestion des programmes. Et c'est toute la société qui est perdante lorsque les universitaires ne sont pas soutenus dans la recherche et les études pour lesquelles ils ont été formés.

Déterminées à lutter contre ces pertes et ces inégalités, les associations membres de l’ACPPU ont donné la priorité à l'amélioration des conditions de travail du personnel académique contractuel dans les négociations. Ces efforts doivent se poursuivre dans le climat actuel de restrictions budgétaires.

Mais dans un contexte d'austérité, nous ne gagnerons pas cette bataille uniquement à la table des négociations. Il faudra une organisation politique soutenue visant à rétablir un financement stable pour l'enseignement postsecondaire public, combinée à une refonte de nos collèges et universités afin de les éloigner du modèle entrepreneurial et de les orienter vers le bien commun.

Bien que j'écrive en octobre, la Semaine de l’équité d’emploi – au cours de laquelle les membres de l'ACPPU attirent l'attention sur la précarité dans notre secteur – sera bien terminée au moment où cette chronique paraîtra. C’est peut-être tout à fait approprié. En 1944, l’OIT a réaffirmé ses principes fondamentaux dans la Déclaration de Philadelphie. Ceux-ci commencent par « le travail n'est pas une marchandise », suivi de « la liberté d'expression et d'association est une condition indispensable d’un progrès soutenu ». Le troisième est « la pauvreté, où qu'elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous ».