Dans le numéro de novembre-décembre 2025 du Bulletin de l’ACPPU, Ozayr Saloojee et Michael Faciejew ont rédigé un commentaire intitulé « La censure palestinienne secoue la communauté architecturale ». Ils dénoncent un cas de censure au sein du Journal of Architectural Education, publié par l’Association of Collegiate Schools of Architecture (ACSA).
En 2024, le comité de rédaction du Journal of Architectural Education avait approuvé à l’unanimité l’appel à contributions pour le prochain numéro 79.2 de la revue, consacré à la Palestine. L’ACSA a décidé d’annuler cet appel à contributions en raison des pressions exercées par les autorités publiques visant à réduire son financement et des risques potentiels liés à sa diffusion. Cette justification s’apparente à un renoncement à la liberté académique.
Mais les auteurs de ce commentaire ont omis de mentionner les propos problématiques contenus dans l’appel à contributions, qui s’apparente davantage à un pamphlet militant qu’à une invitation scientifique à débattre de ces questions dans le contexte de la guerre à Gaza.
Outre le fait qu’il utilise des arguments bien connus contre Israël (génocide, apartheid, colonialisme de peuplement), l’appel à contributions omet de mentionner le massacre perpétré par le Hamas et le Jihad islamique en Israël le 7 octobre 2023, ainsi que le fait que 1 200 Israéliens ont été tués lors de cette attaque et que 250 personnes ont été prises en otage par les milices palestiniennes.
Le langage pamphlétaire de l’appel à contributions reprend les thèmes chers aux militants pro-Hamas. Exemple : « Le Jourdain et la mer Méditerranée délimitent les imaginaires aquatiques de la souveraineté. » Cela signifie qu’il n’y a pas de place pour Israël. Ou encore ceci : « Les rives de cette dernière constituent à la fois un havre de répit pour les citoyens de Gaza et les berges d’eaux désormais fortement polluées, utilisées comme arme par Israël dans le cadre de ses efforts de contre-insurrection contre la résistance militaire palestinienne [c’est moi qui souligne] … » La « résistance militaire palestinienne » désigne également les meurtres et les enlèvements de civils israéliens par des terroristes. L’appel à contributions justifie le réseau de tunnels construit par le Hamas, ces mêmes tunnels utilisés pour se cacher, détenir des otages et stocker des armes, mais pas pour protéger la population civile de Gaza.
Si l'on croit en la liberté académique, il est difficile de justifier la décision de l'ACSA. Ce qui est encore plus difficile à comprendre, c'est comment le comité de rédaction d'une revue scientifique a pu approuver à l'unanimité un tel pamphlet déguisé en appel à contributions.
Isaac Nahon-Serfaty Professeur, Département de communication, Université d’Ottawa