Skip to main content

Gouvernance, un sujet toujours de mise?

Entre l’utilisation parfois abusive d’organes de gouvernance afin de favoriser la mise en place de suspensions et de compressions dans les programmes académiques et les efforts du personnel académique pour contrer ces initiatives en collégialité, la gouvernance est un sujet brûlant. Mais il n’est pas nouveau.

Nombreux sont celles et ceux qui connaissent le rapport Duff-Berdahl (1966), intitulé « University Government in Canada ». Cette étude découlait d’une tension qui montait depuis plusieurs années.  En effet, le numéro d’octobre 1960 du Bulletin contenait un article de 25 pages sur la réforme de la gouvernance.

Voici deux autres exemples :  parallèlement à une « vigilance constante » et à « un code de permanence adéquat » de l’ACPPU, l’analyse du cas Harry Crowe par le président Clarence Barber en octobre 1959 demandait « un nouvel examen de l’ensemble de la structure de direction des universités au Canada avec la perspective d’accroître la participation et le contrôle du corps professoral ».

Un éditorial publié au printemps 1958 observait que les membres du corps professoral au Canada avaient peu de contrôle sur les politiques qu’ils étaient censés administrer, ce qui faisait d’eux, plutôt que des « citoyens », des « fonctionnaires » des établissements universitaires, incarnant une hiérarchie de contrôle semblable à celle d’une « entreprise privée ou d’un ministère ». Le résultat « est que les universités ont tout à gagner du fait que ceux qui connaissent le plus intimement leur direction puissent y participer plus activement ».

Cette observation demeure d’actualité, même malgré le changement profond du contexte, non seulement à cause de la modernisation qui a suivi la publication du rapport de 1966, mais aussi parce que la syndicalisation du personnel académique est devenue un pilier essentiel de la collégialité.

Le syndicalisme pour l’équité

L’actuelle réaction indésirable envers l’équité, la diversité et l’inclusion se manifeste entre autres par des tentatives de législation dans certaines provinces et l’allégation que l’équité nuit à la reconnaissance du mérite. Il pourrait être utile de rappeler le rôle historique vital joué par les syndicats dans la défense des droits fondamentaux — grâce à la négociation, à l’organisation interne et à une action politique plus étendue. 

Avant même que les associations membres aient entamé l'accréditation syndicale, le numéro de décembre 1959 du Bulletin contenait un rapport sur les « salaires et les qualifications des femmes qui enseignent dans les universités et les collèges au Canada ». Après avoir étudié certaines explications possibles telles que l’obtention d’un diplôme de niveau inférieur, l’article concluait que pour chaque niveau de qualification et d’échelon, « les salaires médians des hommes étaient plus élevés que ceux des femmes ».

En décembre 1961, le secrétaire général de l’ACPPU, J.H. Stewart Reid, annonçait que 23 des 35 associations membres avaient appuyé par écrit une politique visant à « assurer l’égalité des chances aux femmes du corps professoral », à la suite de l'adoption d'une résolution lors d’une assemblée du Conseil en juin.

Le travail s’est poursuivi.  L'accréditation syndicale lui a donné plus de mordant.

Dans le Bulletin d’avril 1986, on pouvait lire qu’un atelier sur le statut des femmes organisé plus tôt pendant l’hiver par l’ACPPU avait traité de l’importance de l’équité en matière de négociations dans les conventions collectives pour rendre les dispositions exécutoires. Élément révélateur, une association a rencontré de la résistance de la part de l’administration sur la base du fait que des gains en matière d’équité pour le corps professoral s’étendraient rapidement à d’autres membres du personnel.

Un quart de siècle plus tard, dans son message de la présidente de février 2011, Penni Stewart a demandé avec insistance aux membres de faire pression afin que la législation fédérale protégeant les droits de la personne soit élargie pour englober l’identité et l’expression de genre. Elle ne s’est pas arrêtée là.  Parce que « nos conventions collectives constituent la première ligne de défense », elle a fait valoir l’importance d’utiliser dans le cadre de négociations une formulation qui dépasse les normes et les exigences juridiques actuelles, avec l’appui des syndicats mobilisés dans une intervention structurée.

Se tenir debout ensemble ou s’effondrer

Je boucle ainsi la boucle et reviens au tout premier numéro du Bulletin, un polycopié de six pages publié en janvier 1953, dans lequel le président de l’ACPPU F.S. Howes raconte que sa propre association avait osé présenter aux membres de l’administration « des recommandations assez spécifiques » à propos des salaires. « Je ne crois pas que nous avons pleinement réalisé ce que nous avons fait […] en tant qu’intellectuels respectables issus de la classe moyenne que nous sommes. »

F.S. Howes a également traité du rôle de l’ACPPU à l’échelle nationale, ainsi que d’une nouvelle détermination à faire pression pour obtenir des changements positifs : « En tant qu’individus, nous avons toujours le choix de vendre notre âme ou de la garder. […] En tant que membres d’un groupe, toutefois, plus nous conservons notre intégrité, plus la force du groupe augmente et plus grande est la probabilité que ses exigences légitimes soient satisfaites. »

Le contexte de la solidarité a changé. En 1953, l’ACPPU comptait 13 associations bénévoles représentant quelque 1200 membres du personnel académique,  tous dans des universités. Actuellement, les membres issus de différents secteurs sont beaucoup plus nombreux, ils sont pour la plupart syndiqués, et l’ACPPU estime appartenir de plus en plus au mouvement syndical dans son ensemble.

Alors que nous devons faire face à d’importantes menaces sectorielles – et ce n’est pas la première fois – l’opinion de Howes demeure d’actualité : nous puisons notre véritable force dans notre détermination à demeurer unis pour que soient satisfaites nos demandes légitimes.