Cette collection grandement louangée de 15 essais inspirés par la conférence de 2023 ayant pour thème la vocation des universités (« What Are Universities For? ») organisée à l’Université de Regina regroupe un large éventail de réflexions sur l’état actuel de l’enseignement supérieur à l’échelle mondiale, bien que celles-ci soient en grande partie concentrées sur la situation au Canada et aux États-Unis. Depuis de vastes historicisations des universités à partir de l’Égypte ancienne jusqu’à des actes de résistance concernant les différentes voies d’avenir qui se dessinent pour l’intelligence artificielle, Knowledge Under Siege se révèle un important jalon dans la lutte pour la nécessité de l’enseignement supérieur dans une ère néolibérale qui semble bien déterminée à le mettre en pièces.
Le livre se divise en quatre sections : (I) L’université et ses rôles, (II) Études critiques de l’université, (III) Repenser l’université à l’écoute, et (IV) Imaginer notre avenir collectif ainsi que celui des universités. Chacune de ces sections est structurée en fonction de ses propres thèmes ou principes.
La section I est orientée vers la réaffirmation de la valeur de ce que représentent les universités, ainsi que sur les mesures qu’elles devront prendre pour les futures générations : encourager la pensée critique en tant que condition indispensable pour des démocraties saines, relier la pensée critique aux perspectives globales et préserver le bien commun.
La section II se penche sur l’historicité de l’université à caractère gestionnaire, en examinant comment le pouvoir s’exerce par rapport à la production de connaissances. Cela se manifeste, par exemple, par des questionnements relatifs à la justice ainsi qu’aux établissements d’enseignement dans des contextes latino-américains. Dans cette section, les lectrices et lecteurs sont invités à rechercher une « cohérence » politique au-delà de l’affiliation partisane, afin de trouver le terrain commun nécessaire au sein de l’activité universitaire elle-même, dans le but de résister au gestionnariat et à son effet dévastateur sur l’enseignement supérieur.
La section III porte sur la nécessité de démocratiser la gouvernance universitaire, ainsi que sur la force avec laquelle l’université a fait taire les voix dissidentes ou dépossédées. À cet égard, une attention particulière est apportée aux voix autochtones dans cette section, tout comme plus loin dans la collection. Peut-être aurait-il été intéressant d’explorer davantage le niveau de complicité avec lequel l’université fait taire les voix autochtones et d’autres voix marginalisées.
La section IV invite à garder l’espoir malgré les ravages de l’idéologie néolibérale et met en relief qu’ici et maintenant, l’université demeure un lieu de résistance de la plus haute importance et probablement la dernière institution sociale en Occident au sein de laquelle une véritable dissidence peut encore s’exprimer.
Il y a cependant un « angle mort » dans la collection : le texte dans son ensemble ne pose pas fermement la question touchant la vocation d’une université (bien que certaines réponses soient proposées). Selon moi, une élaboration approfondie sur cette question est nécessaire afin de pouvoir réfléchir à la mission d’une université.
Mais j’imagine que les éditeurs répondraient très simplement que la nature des universités ainsi que leur objectif sont des questions connexes et profondément interreliées. En effet, dans son ensemble, ce texte est à la recherche d’espoir : qu’il s’agisse de la révolution provoquée par l’intelligence artificielle incapable de s’émouvoir, de vivre un deuil ou d’aimer; ou de la culture du contrôle (également incapable de s’émouvoir, de vivre un deuil ou d’aimer) alors qu’une protestation de masse pourrait — si nous trouvons la volonté de nous mobiliser — préserver le dernier bastion institutionnel de la pensée critique, du potentiel démocratique et de la liberté académique.
Cette collection est une lecture essentielle pour celles et ceux qui s’intéressent au passé et à l’avenir de l’enseignement supérieur ainsi qu’à la nature et à la portée des attaques visant l’enseignement supérieur. Il s’agit également d’une lecture essentielle pour celles et ceux qui sont à la recherche d’espoir en ce moment, en cette sombre époque où la pensée critique et la liberté académique ne sont plus simplement mises à mal — elles sont en grand danger. Comme il est clairement établi dans la collection en fonction de nombreux facteurs, que vous apparteniez à la gauche ou à la droite, il est dans l’intérêt de tous de contester la gestion néolibérale. Le nivellement du questionnement intellectuel à l’instigation des forces du marché est un fait établi pour toutes les institutions sociales y compris les universités. Malgré tout, l’enseignement supérieur constitue peut-être le plus efficace et l’ultime espace de résistance possible.
Alors, quelle est la vocation des universités? Spooner et McNinch ont constitué un superbe recueil d’essais qui nous donne un aperçu de réponse à cette épineuse question. Les universités existent pour leur capacité de résistance; elles sont là pour l’avenir. Et dans un monde de plus en plus autoritaire, elles existent pour apporter de l’espoir.Dennis Desroches est directeur intérimaire du département des études autochtones et président désigné de la Faculty Association of the University of St. Thomas (FAUST) à Fredericton.