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Les universités et collèges publics du Canada ont plus que jamais besoin de championnes et champions, et de personnes pour les défendre. De Terre-Neuve-et-Labrador à la Colombie-Britannique, l’éducation postsecondaire a fait les manchettes à maintes reprises ces derniers temps, rarement pour de bonnes raisons. Les déficits organisationnels, la suspension des inscriptions, la suppression de programmes, la fusion d’unités académiques, les gels d’embauches et les licenciements, parfois à grande échelle, sont monnaie courante.

Comme toujours, les membres du personnel académique contractuel sont dans la position la plus inéquitable. Partout au pays, on demande à presque tout le monde d’en faire plus avec moins de ressources : enseigner à des classes plus grosses, combiner les séminaires de premier et de deuxième cycle, participer à davantage de comités et effectuer davantage de tâches administratives routinières.

Vu d’un autre angle, en faire plus avec moins de ressources signifie en faire moins avec moins de ressources : moins de temps passé avec les étudiantes et étudiants et moins de cours proposés. Dans les pires cas, des unités académiques entières, voire des campus complets, sont menacés.

Il s’agit de pertes importantes pour nos populations étudiantes et nos collectivités. Encore là, les inégalités aggravent les inégalités, car la perte de possibilités touche le plus durement les personnes qui, en raison de leur situation sociale ou économique, ne peuvent pas profiter de programmes qui ne sont pas offerts localement.

En bref — bien que le sachent déjà les lectrices et lecteurs du Bulletin — les choses ne tournent pas rond. On pourrait même parler de crise. Mais si le sentiment d’urgence qui accompagne ce mot peut avoir un effet galvanisant, nous devrions faire preuve de prudence dans notre choix de discours. Comme nous l’avons vu durant la pandémie de COVID-19 et comme nous le voyons actuellement avec les mesures d’austérité, les administrations évoquent parfois l’état de crise pour masquer leur désir de contourner les processus collégiaux.

Le fait de parler de « crise » peut également donner à penser une aggravation soudaine de la situation. On laisse entendre que si la situation revenait simplement à la normale (si, par exemple, le gouvernement fédéral cessait son plafonnement des visas d’étudiantes et d’étudiants étrangers) tout irait bien. Mais nos problèmes actuels ne sont pas le résultat d’une catastrophe isolée. Ils sont plutôt le fruit d’un statu quo conçu pour implanter un ensemble de modalités qui deviennent progressivement la norme : la réduction constante du soutien gouvernemental à l’enseignement postsecondaire public, accompagnée d’une subordination croissante du financement réduit offert aux programmes politiques du moment.

Dans son message du président d’avril, Peter McInnis a diagnostiqué le désengagement systématique de l’État dans l’enseignement postsecondaire et ses effets néolibéralisateurs. Dans plusieurs provinces, l’effet obtenu, soit la dépendance accrue des établissements envers les revenus de source privée comme les droits de scolarité et les dons, lesquels peuvent maintenant dépasser les subventions gouvernementales, soulève des questions quant à la pertinence de qualifier aujourd’hui de public le système d’enseignement postsecondaire canadien.

Il y a beaucoup plus à dire sur la nécessité de cesser de penser en termes de crise, en soi une tactique néolibérale déterminante, notamment parce que le réflexe d’urgence est souvent défensif. Il consiste à se replier sur soi et à espérer figurer parmi les personnes qui survivent. La réduction et la politisation du financement encourage alors un esprit d’entreprenariat en milieu postsecondaire qui se répercute sur le travail et les relations. Nos collègues deviennent des rivaux ou des retardataires dans la plus récente lutte pour les ressources limitées.

De telles réactions font le jeu de nos ennemis en affaiblissant non seulement les associations de personnel académique, mais aussi nos universités et collèges publics. Un problème collectif, structurel et politique exige une stratégie adaptée.

Heureusement, cette stratégie n’a rien de mystérieuse. Nous devons nous concentrer sur nos intérêts communs et miser sur la mobilisation pour accroître notre pouvoir. Ce travail nécessite du temps et des efforts systématiques qui n’ont rien de magique. Les compétences requises peuvent s’acquérir et se développent le mieux par la pratique quotidienne.

Les personnes qui souhaitent contribuer davantage peuvent consulter les nombreuses ressources de l’ACPPU, qui vont des boîtes à outils et conférences téléphonique mensuelles à des cours en ligne et écoles d’organisation syndicale régionales. En prime, la participation à nos cours et à nos écoles permet aux membres de nouer des relations et de renforcer leurs capacités.