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Rejetant les principes fondamentaux de la science de l’évolution, Trofim Lyssenko affirmait que les rendements agricoles pouvaient être améliorés d'une génération à l'autre simplement en exposant les plantes à différents environnements où elles acquerraient de nouvelles caractéristiques qui seraient ensuite transmises à la génération suivante. La mise en œuvre du « lyssenkisme » fut désastreuse, contribuant directement aux famines qui tuèrent des millions de personnes en URSS, puis en Chine, où les théories de Trofim Lyssenko furent également adoptées.

C'est une leçon profonde et tragique sur les dangers de laisser le dogme politique dicter la science et la recherche. Pourtant, près de 80 ans après l'adoption malheureuse du lyssenkisme, les actes politiques flagrants visant à rejeter, orienter et contrôler la science sont à nouveau en hausse.

Aux États-Unis, une enquête menée l'année dernière par l'Associated Press a recensé plus de 420 projets de loi antiscientifiques présentés dans les assemblées législatives des États. Collectivement, ces projets de loi supprimeraient toute une série de mesures de protection de la santé publique scientifiquement prouvées, telles que les vaccins, la pasteurisation du lait et la fluoration de l'eau potable.

Plus près de chez nous, des dizaines de scientifiques, de médecins et de chercheuses et chercheurs de l'Alberta ont demandé au gouvernement provincial de rejeter les recommandations contenues dans son rapport sur la réponse à la pandémie publié l'année dernière. Le groupe de travail s'est écarté du consensus scientifique en recommandant que les enfants et les adolescents en bonne santé ne reçoivent pas le vaccin contre la COVID-19 et que la vaccination du reste de la population ne se fasse qu'après « divulgation complète » des risques présumés mais non prouvés. La première ministre Danielle Smith a défendu les affirmations non scientifiques contenues dans le rapport, se réjouissant de voir s'exprimer des « points de vue diversifiés ». Mais les points de vue ne sont pas nécessairement des faits.

Pourquoi le mouvement antiscience devient-il de plus en plus courant et ouvertement adopté par les gouvernements du monde entier? Une partie de la réponse réside probablement dans la montée générale du populisme autoritaire, alimenté par l'insécurité économique, les niveaux obscènes d'inégalité des revenus et des richesses, et la méfiance et l'hostilité qui en découlent à l'égard des institutions libérales établies, y compris les universités et les collèges. Ce n'est un secret pour personne que les autoritaires tirent leur force de la remise en cause de l'expertise.

Une autre raison est bien connue : les puissants intérêts – qu'ils soient religieux, politiques ou économiques – cherchent à supprimer les connaissances qui les dérangent ou menacent leur pouvoir. Ceux qui, comme l'actuel président américain, qualifient le changement climatique de « canular » ne font que répéter sans vergogne les arguments des entreprises de combustibles fossiles et des États pétroliers.

Il n'est pas facile de lutter contre ce mouvement antiscience. Il existe des facteurs économiques et politiques profonds dont nous devons absolument tenir compte. Il y a toutefois certaines mesures immédiates qui peuvent être prises. Tout d'abord, nous devons mettre en place des mécanismes plus solides pour protéger la science contre les ingérences politiques. Au niveau fédéral au Canada, interdire explicitement toute ingérence politique dans les organismes subventionnaires serait un bon début.

Au niveau institutionnel, il est essentiel de mettre en place des mesures solides pour protéger la liberté académique. Les universités et les collèges doivent reconnaître qu'ils ont l'obligation active de protéger la liberté académique, notamment en soutenant activement et publiquement les scientifiques et les chercheuses et chercheurs qui font l'objet de pressions et de harcèlement politiques.

Enfin, nous avons besoin d'un meilleur financement public de la recherche et de règles plus strictes et mieux appliquées en matière de conflits d'intérêts. La triste réalité est que la science universitaire a parfois été détournée par les intérêts industriels et d'autres formes de corruption qui n'ont fait qu'alimenter la méfiance du public.