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Tribune libre

La liberté académique à l’Université de l’Alberta à la suite du décès de Charlie Kirk

Par Florence Ashley

L’Université de l’Alberta a adopté l’une des politiques les plus strictes en matière de liberté d’expression de toutes les universités canadiennes, et la convention collective des membres de son personnel académique protège leur droit de s’exprimer franchement sur des questions d’intérêt public dans le cadre de leur liberté académique. Pourquoi céderait-elle aux pressions antidémocratiques en suspendant une professeure sans que cette dernière en fasse la demande, y consente ou participe à la décision? Qu’une université agisse de la sorte dépasse l’entendement et soulève de vives préoccupations pour l’avenir de la liberté académique au Canada.

L’Université de l’Alberta a tergiversé quant à la raison de ma suspension, soulignant des questions de sécurité tout en faisant allusion à des « préoccupations » concernant des messages que j’ai publiés dans les médias sociaux. Ces messages ont été publiés à la suite de l’assassinat de Charlie Kirk, qui a suscité de nombreux articles dans les médias et des discussions dans les médias sociaux sur les réactions appropriées à sa mort. Dans ce contexte, j’ai publié un message sur Bluesky critiquant un titre du New York Times qui indiquait que Charlie Kirk pratiquait la politique de la bonne façon, et commentant que personne ne doit en fait jamais céder aux nazis et que je me moque éperdument des « vertus » que certains peuvent leur trouver.

Ce commentaire faisait allusion à un mème bien connu, établissant une analogie entre l’éloge funèbre de Charlie Kirk et les personnes qui insistent pour souligner que les nazis ont fait quelque chose de bien, malgré les malheurs qu’ils ont causés. S’il était mal d’assassiner Charlie Kirk, ce que j’ai d’ailleurs explicitement déclaré dans un message publié à l’époque, mon message reflète ma conviction selon laquelle les tentatives visant à blanchir son héritage sont inappropriées. J’ai également souligné à quel point il est troublant de constater que Charlie Kirk et Yitzhak Rabin ont tous deux été assassinés peu après avoir été publiquement condamnés.

Que les choses soient claires : aucun de mes commentaires dans les médias sociaux n’entre dans la catégorie des expressions susceptibles d’être restreintes selon la déclaration sur la liberté d’expression à l’Université de l’Alberta, c’est-à-dire « toute expression qui enfreint la loi, amène l’université à enfreindre la loi, enfreint les politiques, les procédures ou les conventions collectives applicables de l’université, diffame faussement, constitue une menace ou du harcèlement réel, ou viole de manière injustifiée la vie privée ou la confidentialité ». Le message en question dans les médias sociaux se résume à affirmer que l’abominable assassinat de Charlie Kirk ne nous oblige pas à aseptiser son héritage haineux. Les gens peuvent certainement être d’accord ou pas avec mes commentaires, mais mon message n’était pas violent, haineux, harcelant, discriminatoire ou illégal ni d’une autre manière quelconque en dehors du champ de la liberté académique.

De retour sur le campus, je ne peux pas m’empêcher de penser que l’imposition d’un congé forcé était un moyen de me punir et de m’avertir que je pourrais subir des répercussions pour avoir exercé ma liberté académique et ma liberté d’expression. En me suspendant, l’université a implicitement cautionné et soutenu le harcèlement ciblé des universitaires progressistes aux États-Unis et au Canada qui ont exprimé un large éventail d’opinions critiques à l’égard de Charlie Kirk dans le cadre d’une campagne à grande échelle visant à les faire congédier. En se ralliant à cette campagne de harcèlement, l’université fait écho à la dérive du gouvernement américain vers le maccarthysme et les comportements dignes des nazis. Il ne faut pas non plus oublier que cette campagne de harcèlement semble avoir été déclenchée par les propos indignés d’un chroniqueur du National Post.

Outre le stress inutile et l’atteinte à ma réputation professionnelle découlant de ma suspension, la situation envoie un message troublant aux membres de la communauté universitaire, y compris mes collègues professeures et professeurs, le personnel et les étudiantes et étudiants, qui peuvent désormais se sentir contraints de censurer leurs propos pourtant protégés par la liberté d’expression. En tant que professeure de droit activement engagée dans la promotion des droits de la personne, je suis profondément préoccupée.

Les faits sont incompatibles avec l’affirmation de l’administration voulant que le congé non disciplinaire soit uniquement motivé par des enjeux de sécurité. Le congé non disciplinaire m’a été imposé à mon insu et sans que je sois consultée. Personne ne m’a questionnée sur la nature des menaces que j’ai reçues ni leur nombre avant de m’imposer cette sanction. L’université ne m’a pas proposé d’enseigner à distance pendant la résolution de ces enjeux de sécurité, jusqu’à ce que je le suggère quelques jours plus tard. Si l’université s’était véritablement souciée de la sécurité et de rien d’autre, elle aurait dû me consulter, indiquer clairement dans ses communications que mes commentaires relevaient clairement de ma liberté académique et de ma liberté d’expression, dénoncer les attaques contre mes propos protégés par la liberté d’expression, et s’efforcer d’atténuer les impacts négatifs sur ma réputation.

Les observatrices et observateurs ont plutôt eu l’impression que j’avais fait quelque chose de mal et que l’université m’avait punie, une impression tout à fait raisonnable compte tenu des mesures prises par l’université. Aussi, j’estime que les mesures prises par l’administration de l’université ont mis en danger ma sécurité à long terme en envoyant le message voulant que le harcèlement et l’intimidation soient des moyens efficaces pour suspendre une professeure ou un professeur.

Si nous voulons préserver l’engagement des universités canadiennes en faveur de la liberté académique et de la liberté d’expression, un comportement aussi scandaleux ne peut pas être toléré. Je suis reconnaissante du soutien que m’ont offert mes amis, mes connaissances, mes pairs, mes collègues professeures et professeurs et la direction de la faculté pendant cette période stressante.

J’espère que d’autres, notamment les membres du gouvernement et de la société civile, exprimeront publiquement leur opposition aux mesures de censure prises par l’Université de l’Alberta et que cette dernière présentera ses excuses, réitérera son engagement en faveur de la liberté académique et de la liberté d’expression, et entreprendra un examen de ses politiques et de la conduite de son administration afin de garantir la pleine protection de la liberté académique à l’avenir.