(Ottawa - Le 19 mai 2010) L’annonce de l’attribution de 19 chaires d’excellence en recherche du Canada (CERC) remet en lumière les lacunes qui persistent dans la vision qu’a le gouvernement canadien de la recherche scientifique. Comme organisme représentant la majorité des chercheurs au pays, qui sont d’ailleurs nombreux à devoir composer avec les contraintes dues à l’insuffisance de fonds, l’ACPPU remet en question l’utilité d’un programme qui impose de nouveaux frais aux établissements et détourne les ressources, ne résout aucunement les problèmes de longue date d’égalité entre les sexes et constitue la dernière d’une série de tentatives de l’État d’orienter la recherche scientifique.
L’annonce arrive au moment où le financement offert à la majorité des chercheurs universitaires chute et où beaucoup d’universités et de collèges doivent effectuer des compressions dans les programmes et le personnel. Le dernier budget fédéral prévoyait seulement une hausse modeste pour les conseils subventionnaires, laquelle équivalait à peine à l’inflation et ne compensait certainement pas les réductions de près de 148 millions de dollars annoncées l’an dernier. De même, le fait que le gouvernement n’a pas su consentir de nouveaux investissements à long terme aux organismes comme la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère et Génome Canada laisse nombre de nos grands scientifiques et leurs travaux dans l’incertitude.
Le Programme des CERC impose de nouveaux frais aux établissements et détourne leurs ressources internes. L’Université Dalhousie, par exemple, devra trouver 24 millions de dollars sur sept ans pour appuyer sa nouvelle CERC sur la science et la technologie des océans, ce qui représente plus du double des 10 millions de dollars accordés par le gouvernement fédéral. L’Université de la Saskatchewan débourse 10 millions de dollars pour aider à payer sa CERC sur la sécurité de l’eau, et la Province offre des fonds de contrepartie en même temps qu’elle réduit le financement de la Saskatchewan Health Research Foundation. En réalité, le Programme des CERC finance une poignée de « vedettes » tandis que le financement d’autres chercheurs est épuisé, que des laboratoires sont fermés, que le personnel se voit imposer des réductions et que des cours sont supprimés.
En outre, l’égalité entre les sexes n’est absolument pas respectée parmi les titulaires des chaires. Il est inadmissible qu’il n’y ait aucune femme parmi les 19 titulaires. Des préoccupations semblables au sujet du Programme des chaires de recherche du Canada ont donné lieu à une plainte concernant les droits de la personne et à un règlement qui exigeait du gouvernement qu’il respecte ses obligations en matière d’égalité entre les sexes dans ses programmes. Le Programme des CERC va à l’encontre de ce règlement et des responsabilités du gouvernement.
Enfin, dans le milieu de la recherche, beaucoup s’inquiètent des priorités plutôt limitées du Programme des CERC, lesquelles correspondent à quatre secteurs cernés par le gouvernement fédéral : l’environnement, les ressources naturelles et l’énergie, les sciences de la santé ainsi que les technologies de l'information et des communications. Bien qu’il s’agisse d’importants domaines d’études, l’ACPPU estime inapproprié le fait que le gouvernement oriente la recherche. Il est préférable de laisser les chercheurs, et non les gouvernements ou les personnes politiques, juger du bien-fondé de la recherche scientifique. De plus, mettre l’accent sur seulement quatre priorités exclut non seulement la majorité des chercheurs en sciences naturelles, mais aussi ceux en sciences humaines, qui représentent plus de la moitié des chercheurs et des étudiants aux cycles supérieurs au Canada.
Le Programme des CERC montre qu’il n’y a pas de vision d’ensemble pour la recherche scientifique au Canada. Les sciences prospéreront dans notre pays lorsque les universités et les collèges recevront un financement adéquat, que l’investissement de base en recherche attribué par les trois organismes subventionnaires suffira à financer dans toutes les disciplines des projets dont la validité scientifique est reconnue et que les décisions relatives au financement seront fondées sur le jugement de la communauté scientifique.