Le projet de collège privé qu’un fournisseur de services d’éducation à but lucratif tente d’implanter sur le campus de l’Université de Windsor fait face à une vive opposition.
Au terme d’un débat de quatre heures qui s’est tenu la semaine dernière autour du projet de coentreprise avec
Study Group International (SGI), le sénat de l’université a voté contre une partie du
projet de création du « programme pathways » pour les étudiants étrangers.
Le vote porte un coup aux efforts déployés par SGI pour accroître sa présence au Canada, mais constitue une victoire pour les membres du personnel académique et les étudiants qui ont fait campagne contre ce qu’ils dénoncent comme l’« externalisation » de l’éducation.
Dans un
article éditorial publié dans le
Windsor Star, le professeur James Winter soutient que le projet risque de porter atteinte à la qualité et à la réputation de l’université. Il prévient que le désir de celle-ci d’exploiter de nouvelles sources de revenus « ne doit pas nous conduire à renoncer à l’intégrité académique ».
Mais le projet de SGI, malgré son rejet par le sénat, n’est pas pour autant enterré. Le vote de la semaine dernière portait uniquement sur la création d’une coentreprise avec l’école de commerce. La mise aux voix de trois autres motions concernant des projets d’entente entre SGI et les facultés d’informatique, des sciences et des arts et sciences sociales a été reportée jusqu’en mars.
Le président de l’association du personnel académique de l’Université de Windsor (WUFA), Brian E. Brown, a indiqué que son syndicat faisait campagne contre le projet et qu’il intensifierait son action en ce sens dans les prochaines semaines afin de sensibiliser pleinement les membres de chacune des facultés touchées aux conséquences négatives que pourraient entraîner de telles ententes.
Entre-temps, l’association du personnel académique de l’Université Dalhousie (DFA) demande à la direction de l’établissement de mettre fin à un partenariat public-privé conclu avec Navitas, un concurrent de SGI.
La société Navitas, qui a déjà établi des collèges au sein de deux écoles canadiennes –
le Fraser International College à l’
Université Simon Fraser et l’
International College Manitoba à l'
Université du Manitoba – souhaite implanter un collège privé à but lucratif pour les étudiants étrangers sur le campus de Dalhousie.
Dans une
lettre ouverte à la communauté universitaire, l’association du personnel académique appelle à l’abandon du projet de partenariat. Elle souligne que la direction devrait plutôt consulter le corps professoral et les étudiants sur la mise en œuvre d’une stratégie interne qui permettrait de recruter et d’encadrer une population étudiante plus diversifiée.
« Au lieu de mettre notre réputation entre les mains d’une société motivée par le profit comme Navitas, nous devrions travailler ensemble à l’élaboration de programmes internes solides dont l’enseignement serait dispensé par nos professeurs en conformité avec nos normes », recommandent les auteurs de la lettre.
L’opposition suscitée par SGI ou Navitas n’est rien de nouveau pour ces sociétés. À l’instar de leurs concurrents INTO et Kaplan, elles cherchent énergiquement à conclure des partenariats avec des universités d’autres pays. Et elles se heurtent en général à la résistance des syndicats.
L’ACPPU, tout comme d’autres syndicats représentant les professionnels de l’éducation, a adhéré au
Réseau Éducation et Solidarité, qui partage des ressources destinées à lutter contre les menaces posées par des initiatives de ce genre.
Le site web du réseau propose de nombreuses ressources utiles, dont un
guide produit par le syndicat britannique University and College Union pour aider ses sections locales à faire obstacle à des projets semblables.