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Un scientifique de renom prévient que l’absence d’un financement stable de la recherche climatologique aura de sérieuses conséquences pour le Canada

L’un des plus éminents scientifiques canadiens prévient le gouvernement fédéral que son refus d’assurer un financement stable à long terme de la recherche environnementale et climatologique dans les universités canadiennes aura des conséquences sérieuses à long terme pour le pays.

Selon le climatologue Andrew Weaver de l’Université de Victoria, lauréat d’un prix Nobel, ces conséquences seront particulièrement lourdes parce que le Canada est un pays nordique et qu’il sera touché par les changements climatiques beaucoup plus que la majorité des pays.

L’hiver dernier, la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère (FCSCA) a fait savoir qu’il lui fallait 25 millions de dollars en financement annuel sur dix ans pour pouvoir continuer à remplir son mandat.

On a appris cette semaine que le gouvernement conservateur, qui n’a accordé aucun financement à la FCSCA depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a quatre ans, a convenu de prolonger le mandat de la fondation d’un an jusqu’en mars 2012 sans toutefois lui attribuer aucun nouveau crédit.

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, le ministre de l’Environnement Jim Prentice a indiqué que le financement consenti par le gouvernement libéral précédent se poursuivrait jusqu’en mars 2011 et que le gouvernement conservateur ne pouvait pas prendre de décisions de financement aussi longtemps à l’avance.

« Cela sonne pratiquement le glas de la recherche climatologique et atmosphérique au Canada », constate Andrew Weaver. « Le gouvernement est en train de détruire en quelques mois la réputation que le Canada s’est bâtie comme chef de file international dans ce domaine en près de deux décennies. »

Le gouvernement ne semble pas comprendre, observe-t-il, que les subventions de recherche servent à payer les salaires des jeunes scientifiques en formation qui seront les innovateurs de demain.

« Il faut mettre des années pour trouver le personnel compétent et mettre en place des laboratoires, et seulement quelques mois d’incertitude… pour voir tout cela partir. »

Le gouvernement Harper affirme investir dans la recherche par le biais de son Programme d’infrastructure du savoir, mais le professeur Weaver soutient qu’au-delà des séances de photo, ce financement n’apportera aucune aide.

« Hélas, pour faire fonctionner une infrastructure, il faut pouvoir payer le personnel technique », note-t-il. « D’énormes éléphants blancs financés par l’État prennent racine dans les laboratoires des universités partout au pays alors qu’il est devenu impossible de payer des techniciens pour exploiter les infrastructures. »

Selon une analyse que l’ACPPU a réalisée sur les annonces de financement du gouvernement fédéral, moins de la moitié des fonds que le gouvernement prétend investir dans les infrastructures de recherche des universités et des collèges vont en fait à d’autres types de projets.

« À mon avis, le gouvernement canadien actuel est hostile à la science », soutient Andrew Weaver. « Au lieu de renforcer la capacité de la science à orienter les politiques comme cela se fait dans le reste du monde industrialisé, le gouvernement Harper assimile la science à une autre contrariété qu’il lui faut proroger pour l’empêcher de faire obstacle à son programme idéologique. »