Association canadienne des professeures et professeurs d'université

 

Enjeux et campagnes
Taux de chômage sans précédent, hausse des droits de scolarité et réduction de l’aide financière : une situation catastrophique pour la population étudiante

(Le 26 août 2009) Aux prises avec des taux de chômage records, une augmentation des droits de scolarité dans les six plus grandes provinces et une diminution du soutien financier, les étudiantes et étudiants demeurent parmi les membres de la société les plus durement touchés par la récession.

Statistique Canada révèle que le taux de chômage chez les personnes aux études âgées de 15 à 24 ans a atteint un sommet historique de 21 p. 100. En comparaison avec l’année dernière, 152 000 étudiantes et étudiants de moins ont pu trouver un emploi en juillet 2009.

« Les étudiantes et étudiants qui n’ont pas réussi à obtenir du travail cet été seront contraints de s’endetter davantage et pourraient ne pas avoir les moyens de retourner aux études cet automne, explique Katherine Giroux-Bougard, présidente nationale de la Fédération canadienne des étudiantes et des étudiants. Les emplois d’été ne sont pas un luxe : ils servent à payer les factures. »

Un sondage Ipsos-Reid mené à la mi août révèle que le tiers de la population étudiante collégiale et universitaire s’inquiète d’être à court d’argent avant la fin du trimestre d’automne.

« Les étudiantes et étudiants sont dans une situation alarmante, affirme Mme Giroux-Bougard. Bon nombre d’entre eux ne pourront joindre les deux bouts. »

Selon le sondage, 80 p. 100 des personnes aux études comptent travailler au cours de l’année. Près des trois quarts des gens sondés affirment qu’il leur faudra trouver un emploi pour pouvoir poursuivre leurs études, et la même proportion soutiennent que leur travail aura un effet néfaste sur celles ci.

Les droits de scolarité, qui atteignent en moyenne près de 5000 $ par année, constituent la dépense la plus élevée pour la plupart des étudiantes et étudiants de collège et d’université. En outre, selon la présidente, les six plus grandes provinces augmenteront leurs droits de scolarité cet automne, ce qui aggrave les choses.

Mme Giroux Bougard estime que les gouvernements fédéral et provinciaux abandonnent la population étudiante.

« En augmentant les droits de scolarité en période de crise économique, les gouvernements provinciaux laissent tomber les étudiantes et les étudiants, déclare t elle. Malgré la récession et la morosité du marché de l’emploi, le gouvernement fédéral n’ait pas accru l’aide financière pour les études ni pris les mesures nécessaires pour réduire ces droits. »

« Le gouvernement néglige un élément essentiel à la relance économique en refusant de freiner l’endettement de sa population étudiante », a ajouté la présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et des étudiants.

La situation à l’échelle nationale

Étudiantes et étudiants autochtones – La hausse des droits de scolarité a alourdi le fardeau de tous les Autochtones aux études, situation aggravée par le fait que les fonds accordés pour eux par le gouvernement aux conseils de bande dans le cadre du Programme d'aide aux étudiants de niveau postsecondaire (PAENP) sont demeurés limités à une croissance annuelle maximale de 2 p. 100 à peine. Un accroissement si faible ne suit pas le rythme de l’inflation, et encore moins l’augmentation de la population étudiante autochtone et la montée en flèche des droits de scolarité.

Colombie Britannique – Cet été, le gouvernement de la Colombie Britannique a réduit de 16 millions de dollars, soit de presque 14 %, l’aide financière à sa population étudiante, ce qui signifie que les personnes incapables de travailler en raison d’une invalidité ou de rembourser leurs dettes d’études ne pourront plus bénéficier d’une radiation de ces dernières. La disposition du Programme de prêts aux étudiants applicable aux personnes ayant une invalidité permanente, la réduction de la dette en cours de remboursement, l’allègement de la dette pour les aides soignantes et aides soignants en établissement, les programmes pour les aides de maintien à domicile et la bourse d’études en soins de la santé ont également pris fin. Le programme provincial de prêts pour les éducatrices et éducateurs de la petite enfance fait actuellement l’objet d’un réexamen et l’aide au remboursement est reportée. En outre, le gouvernement cesse de remettre les prix d’excellence du premier ministre, qui consistaient en bourses octroyées aux diplômées et diplômés du secondaire ayant un dossier scolaire remarquable. Il a aussi refusé de geler les droits de scolarité, dont il a toutefois limité l’augmentation à 2 p. 100.

Alberta – Les autorités de la province signalent qu’un nombre record d’étudiantes et d’étudiants ont recours aux prêts, aux subventions et aux bourses pour financer leurs études collégiales et universitaires cet automne. Le gouvernement a refusé d’imposer un gel des droits de scolarité, préférant lier l’augmentation de ceux ci au taux d’inflation, ce qui signifie une hausse de 4,1 p. 100 pour la prochaine année scolaire.

Saskatchewan – Après un gel des droits de scolarité de cinq ans, le gouvernement de la province a annoncé, au printemps dernier, que les universités pourraient augmenter leurs droits de 3 p. 100.

Manitoba – Au printemps dernier, la Province a communiqué son intention de mettre fin à un gel de 10 ans des droits de scolarité et d’autoriser les universités à augmenter leurs frais de 4,5 p. 100 et les collèges, de 100 $.

Ontario – Les droits de scolarité peuvent être haussés de 4,5 p. 100 pour les étudiantes et étudiants de première année et de 4 p. 100 pour celles et ceux des années subséquentes. Quant aux droits applicables aux programmes d’études supérieures et de formation professionnelle, ils pourraient subir une hausse allant jusqu’à 8 p. 100 pour la première année d’études et à 4 p. 100 pour les suivantes.

Québec – En 2007, le gouvernement a mis fin à un gel des droits de scolarité qui durait depuis douze ans et les a augmenté de 50 $ par trimestre, ou de 100 $ par année. Ce sont cependant les étudiantes et étudiants étrangers qui sont les plus durement touchés par cette mesure : en 2008, le gouvernement a déréglementé les droits de scolarité pour ceux inscrits en affaires, en génie, en médecine, en sciences, en mathématiques et en informatique. Les fédérations étudiantes craignent que ce dégel ne s’étende à la population étudiante étrangère de toutes les disciplines.

Nouveau Brunswick – Les droits de scolarité sont gelés, mais les frais accessoires ont triplé depuis l’année dernière à l’Université du Nouveau Brunswick.

Nouvelle Écosse – Bien que le gel des droits de scolarité soit toujours en vigueur, la moyenne des frais, soit 6500 $ par année pour un programme de premier cycle, demeure la plus élevée au pays.

Île du Prince Édouard – Les droits de scolarité ont augmenté de 4 p. 100 pour la population étudiante canadienne et de 9 p. 100 pour celle venant de l’étranger.

Terre Neuve-et-Labrador – Le gouvernement provincial a maintenu le gel des frais de scolarité, réduit à zéro les taux d’intérêt pour les prêts étudiants et augmenté le financement sous forme de bourses immédiates pour l’année 2009 2010.