| Conférence de la Fondation Harry-Crowe — Protection de l’intégrité du travail académique |
| (Le 7 novembre 2007)
- Alors que l’objectivité de la recherche érudite est menacée comme elle ne l’a jamais été auparavant par la commercialisation de la recherche et l’afflux des grasses subventions octroyées par les sociétés, les solutions demeurent insaisissables, et cela peut être, pour certains, une pilule difficile à avaler. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les quelque 90 chercheurs, enseignants et étudiants qui ont participé à la deuxième conférence de la Fondation Harry-Crowe, coparrainée par l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU). Le conférencier principal Sheldon Krimsky, professeur d’urbanisme et de gestion de l’environnement à l’Université de Tufts et auteur de Science in the Private Interest: Has the Lure of Profits Corrupted Biomedical Research? paru en 2003, a fait observer qu’avant les années 1980, les termes « chercheur » et « conflit d’intérêts » n’avaient jamais été accolés dans la même phrase, mais qu’il n’en était plus de même aujourd’hui. Il a demandé aux participants s’il estimaient que la recherche subventionnée par les entreprises portait atteinte à la santé publique ou la mettait en danger. « La création de nouvelles sources de revenu pour le milieu universitaire se fait au détriment de l’intégrité, de l’autonomie et de l’échange libre et ouvert des savoirs », a constaté par ailleurs le professeur Krimsky. Généralement d’accord sur les facteurs menaçant l’intégrité du travail académique, les participants à la conférence ont eu du mal à trouver des solutions réalisables et ont débattu diverses mesures possibles allant de l’exclusion totale du financement versé par le secteur privé au resserrement de la réglementation des commanditaires privés. Le directeur général de l’ACPPU, James Turk, a fait valoir que l’exclusion totale, si elle peut être souhaitable, est néanmoins irréaliste. « Puisque le financement provenant de sources extérieures telles que les fondations et les sociétés permet de mener à bien des projets de recherche nécessaires, nous devons mettre en place une série de mesures qui puissent aider à protéger l’intégrité de la recherche. » À cet égard, indique M. Turk, les universités devraient notamment refuser d’accepter des fonds de tous les organismes qui cherchent à restreindre la liberté des chercheurs de publier leurs conclusions. Elles pourraient également exiger que les chercheurs bénéficient d’un libre accès à toutes les données recueillies et qu’ils soient les seuls autorisés à les analyser. D’autre part, Seth Shulman, auteur de Undermining Science: Suppressions and Distortion in the Bush Administration, a averti les participants que, parce que les universités ont dû compter de plus en plus sur le financement des entreprises à mesure que les gouvernements pratiquaient des coupures dans leurs subventions, « on se gardera bien de revenir à une période encore sans tache de l’histoire ». Seth Shulman, journaliste et auteur principal du rapport Smoke, Mirrors & Hot Air: How ExxonMobil Uses Big Tobacco’s Tactics to Manufacture Uncertainty on Climate Science, publié en 2007 par l’Union of Concerned Scientists (un groupe important de scientifiques mobilisés sur les questions environnementales), préconise au contraire de « repenser » les modalités de collaboration entre les universités et les entreprises subventionnaires. « Ne croyez pas que tout est perdu. Mettez-vous en position de force pour soutenir et préserver la communauté universitaire, représentez-la comme un foyer de connaissances et employez-vous à bien montrer comment il est indispensable, dans le cadre d’interaction entre les entreprises et les universités, de protéger les principes sous-jacents à la recherche fondamentale et objective. » |
Retour à la page principale des nouvelles |